En finir avec la confusion créée par les pratiques avancées

lundi 31 mai 2021, par Bruno Benque

Les pratiques avancées sont l’apanage, en France, du statut des IPA. Mais dans le giron paramédical, une confusion s’est installée ente ce statut et la reconnaissance de la montée en compétence des professionnels paramédicaux. Olivier Véran s’en est inquiété lors d’une récente visio-conférence au cours de laquelle il recevait des représentants des IADE. Il faudrait dès lors trouver un terme français pour remplacer l’Advance practice nursing utilisé à l’international pour dissiper les malentendus.

À l’heure où l’ensemble des professions paramédicales aspirent à étendre leurs prérogatives, sous l’effet conjugué des progrès technologiques appliqués à la prise en charge des patients et de la montée en compétences de l’ensemble de ces métiers, la notion de « pratiques avancées » est utilisée à toutes les sauces et fait l’objet parfois d’interprétations malheureuses.

Le Ministre organise une visio-conférence avec les représentants des IADE

Nous en avons eu un exemple flagrant à l’occasion d’une visio-conférence organisée le 27 mai 2021 par le Ministre des Solidarités et de la Santé Olivier Véran, qui recevait les principaux représentants des infirmiers anesthésistes. Ces derniers, nous nous en souvenons, avaient organisé un mouvement de contestation visant à faire reconnaître leurs compétences montantes et à acquérir, éventuellement un nouveau statut. Cette réunion faisait suite, d’autre part, à la publication par l’International Council of Nurses (ICN) – Conseil International des Infirmières (CII) - d’un document éditant des guidelines pour les pratiques avancées des infirmiers anesthésistes, le 25 mai 2021, Journée mondiale de la chirurgie.

L’ICN édite des guidelines internationales pour les pratiques avancées IADE

Ces dispositions, élaborées en coopération avec l’International Federation of Nurse Anesthetists, s’appuient sur la résolution de 2015 de l’Assemblée mondiale de la Santé - WHA68.15 - visant à « renforcer les soins chirurgicaux d’urgence et l’anesthésie en tant qu’élément de la couverture sanitaire universelle et à faire en sorte que, d’ici 2030, cinq milliards de personnes puissent accéder en toute sécurité et en toute sécurité à des soins chirurgicaux et d’anesthésie abordables dans le monde entier ». Ces guidelines couvrent ainsi le champ d’exercice de l’infirmier anesthésiste, décrivent les exigences en matière de formation pour le poste et évoquent la mise en place d’une norme professionnelle dédiée à cette spécialité. Ils couvrent également les contributions des infirmières anesthésistes aux services de santé et décrivent la pratique sécuritaire de l’anesthésie.

Différencier la montée en compétences du statut d’IPA

Pour étayer le contenu de ce document, la présidente de l’ICN, Annette Kennedy, faisait remarquer que « ces directives visent à clarifier le rôle et la pratique des infirmières anesthésistes et à garantir que le rôle continue d’évoluer pour soutenir des soins anesthésiques sûrs et abordables… » Il s’agit donc de prendre en compte un champ d’exercice, un éventail de compétences à acquérir et à mettre en pratique, un panel d’actes thérapeutiques, qui autrefois étaient dévolus aux personnels médicaux et auxquels les paramédicaux pourraient, à l’avenir, se voir confier la tâche. Il s’agit également de couvrir par la Loi des missions qui sont quelquefois réalisés par les IADE alors qu’ils n’en ont pas réglementairement la possibilité. Et cela crée une confusion avec le statut d’Infirmier de Pratique Avancée (IPA) qui existe en France depuis quelques années.

Un Ministre éclairé qui met en garde contre toute confusion

Le Ministre l’a d’ailleurs souligné lors de la visio-conférence du 27 mai. Il s’est montré attaché à la coopération, au développement de nouvelles compétences pour les professionnels paramédicaux, mais a tenu à les distinguer du statut d’IPA qui couvre des domaines pathologiques bien précis. « À mon sens, vous êtes des infirmiers spécialisés, de même niveau master 2 et je ne vois aucune gradation, en termes de responsabilités, entre vous, les IADE et les IPA, a-t-il lancé aux représentants des infirmiers anesthésistes présents. La réflexion sur vos compétences en autonomie est sur la table et je suis d’accord pour dire qu’il y a un écart entre ce qui est inscrit sur le papier et les responsabilités réelles qui sont les vôtres. » Sur ce thème, il a d’ailleurs annoncé le lancement d’une mission IGAS sur les protocoles de coopération IADE et sur une éventuelle profession intermédiaire, terme qui est largement rejeté par l’ensemble des professionnels soignants, pour septembre 2021.

La nécessité d’inventer un terme pour traduire l’Advance practice nursing

Il a pris soin de dissiper les incompréhensions que peut créer la notion de pratiques avancées. « Qu’est-ce-que les pratiques avancées, a-t-il ajouté. L’IADE autonome n’en a pas besoin. S’agit-il d’une notion de statut ? de missions ? d’appellation ? Non, je crois qu’il s’agit plutôt de reconnaître des compétences nouvelles à acquérir, jusqu’à la prescription... » Dès lors, il faudrait pouvoir inventer un terme qui remplace les Advance practice nursing reconnues à l’international, une notion qui doit rester l’apanage des IPA en langage français. Nous pourrions parler alors de compétences augmentées, de spécialités paramédicales, voire de missions intermédiaires.

Peut-être avez-vous des idées pour les définir ? N’hésitez pas à les exprimer sur notre profil Twitter ou Facebook. Peut-être contribuerez-vous à éclairer le débat et à sortir de cette confusion qui attise les tensions et les corporatismes.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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