Chevaliers blancs des temps modernes

lundi 4 mai 2020, par Bruno Benque

À la faveur de la crise sanitaire, les soignants sont apparus, aux yeux du grand public, comme les chevaliers blancs des temps modernes. Mais une fois que la pandémie sera passée, ces derniers seront-ils aussi généreux envers ceux qui évoluent dans un environnement éprouvant pour le physique et le moral et qui, de surcroît, ne perçoivent pas la rémunération que leur niveau de compétences et de responsabilités mérite ? Rien n’est moins sûr...

La pandémie de COVID-19 qui frappe l’ensemble des terres habitées depuis plusieurs semaines a fait des personnels soignants leurs nouveaux héros. Partout les populations font preuve de reconnaissance envers ces professionnels impliqués au quotidien à la prise en charge de patients hautement contagieux, pour certains.

Le grand public en soutien des chevaliers blancs des temps modernes

Le grand public découvre donc ces chevaliers blancs des temps modernes– recouverts du bleu de la surblouse depuis quelque temps – et leur communique leur soutien à grands coups de banderoles ou d’applaudissements synchrones. Sauf que ce sont les mêmes qui leur prodiguent les soins tout au long de l’année et qu’ils sont payés pour cela – mal payés certes, nous y reviendrons -. Faut-il en déduire que, puisqu’ils sont au contact de patients contagieux, la population se doit de les remercier de faire leur travail ? Mais alors, il faudrait applaudir et soutenir de façon permanente ceux qui exercent au quotidien dans les services d‘infectiologie ou de réanimation, des unités qui n’ont pas attendu le COVID-19 pour assurer une gestion du risque de contagion efficace et qui sont confrontés à ce problème de manière perpétuelle.

Un environnement déjà très éprouvant au jour le jour

Faut-il en conclure ensuite que les soignants sont considérés, en situation normale, comme des chanceux exerçant une profession somme toute facile et sont représentés comme faisant partie des meubles hospitaliers ? Les personnes qui pensent cela sont loin de s’imaginer qu’ils ont affaire à des professionnels en souffrance dans la plupart des établissements, du fait d’une charge de travail en constante augmentation dans un environnement très contraint, où les moyens matériels et humains sont insuffisants et où les patients et leur entourage, ceux-là même qui les applaudissent aujourd’hui, exercent sur ces professionnels une pression quelquefois à la limite du supportable.

Un niveau de rémunération difficile à accepter

Faut-il, enfin, que les soignants se contentent de cette notoriété nouvelle - qui devrait d’ailleurs s’estomper progressivement lorsque la crise sanitaire ne sera qu’un mauvais souvenir - ? Rien n’est moins sûr. Car il faudra bien que le grand public prenne la mesure, notamment, de l’inadéquation entre le niveau de compétence et de responsabilités qui font l’apanage des personnels paramédicaux et le niveau de rémunération qui est le leur en France. Car oui, les chevaliers blancs des temps modernes ne roulent pas sur l’or, loin s’en faut, eux qui voient la plupart de leurs collègues européens percevoir des salaires largement supérieurs et qui s’en plaignent régulièrement auprès des cabinets ministériels. Mais ces derniers restent sourds à leur appel, réduisant d’autant l’attractivité des métiers paramédicaux.

Quid des évolutions après la crise ?

Lorsque la crise sera passée et que chacun reprendra sa place dans le trafic, comme le disait Cabrel, qu’adviendra-t-il de la popularité des chevaliers blancs des temps modernes ? Un lointain souvenir d’une période confinée où chacun devait s’occuper comme il le pouvait, notamment par quelques minutes d’applaudissements. L’environnement des soignants sera-t-il amélioré ? Nous en doutons, le mode de gouvernance des établissements de Santé n’ayant pas, c’est bien compréhensible, fait l’objet d’une quelconque remise en cause durant cette période. Quant à leurs salaires, même si le Gouvernement assure se pencher sérieusement sur le problème, nous craignons qu’ils n’augmentent que dans des proportions très limitées. Car il faudra bien, alors, faire appel à la solidarité nationale, via un petit coup de pouce fiscal par exemple. Ce qui ne sera pas bien sûr du goût du grand public.

Ainsi va la vie de nos sociétés. On veut bien partager quelques applaudissements pour passer le temps, mais lorsqu’il s’agit de toucher au portefeuille, c’est une autre histoire…

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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