Changement idéologique dans la Fonction Publique Hospitalière

lundi 18 janvier 2016, par Bruno Benque

Alors qu’ils sont historiquement de gauche, les agents de la Fonction Publique Hospitalière dont les activités sont en lien avec le public seraient de plus en plus enclins à partager les idées du Front National d’après une enquête du Centre de recherches politiques de Science Po. Les soignants sont donc en première ligne et les valeurs universelles qu’ils sont sensés véhiculer semblent ainsi s’étioler...

Il semble que les influences idéologiques soient en tain de changer chez les agents de la Fonction Publique Hospitalière. C’est en effet ce qui ressort d’une étude récente du Centre de recherche politique de Science Po (CEVIPOF).

Le FN gagne du terrain dans la FHP

Les chercheurs de cette institution ont été invités à enquêter sur les résultats du premier tour des dernières élections régionales de novembre 2015, aux moyens d’une enquête réalisée entre le 20 et le 29 novembre 2015. Ils ont interrogé 23 061 personnes, parmi lesquelles 3 368 fonctionnaires de l’État, 1 334 fonctionnaires de la fonction publique territoriale (FPT), 796 fonctionnaires de la FPH et 1 846 agents des entreprises publiques. Les réponses recueillies à cette occasion montrent que le vote du Front national (FN), qui s’était déjà renforcé au sein des trois fonctions publiques lors de l’élection présidentielle de 2012, a encore gagné du terrain de manière significative, particulièrement chez les hospitaliers.

Un changement apparemment durable

Ces derniers formant, historiquement, un « univers socioprofessionnel qui était traditionnellement hostile au FN », sont l’objet d’un changement apparemment durable dans leurs opinions politiques. « Cet investissement des fonctionnaires dans le vote FN doit se comprendre au regard des déceptions sur le long terme enregistrées autant auprès des gouvernements de droite que des gouvernements de gauche, même si la gauche socialiste garde encore une position électorale assez forte. », souligne le rapport du CEVIPOF. On y apprend notamment que 50% des sondés pensent que l’Islam constitue une menace pour l’Occident avec, dans la FPH, un taux de 45% pour les personnels de catégorie A et de 61% pour la catégorie C.

Une offre politique qui défend désormais les services publics

On observe ainsi des lignes d’une fracture sociale qui sépare les cadres des agents d’exécution. En effet, l’étude montre que « 20% de ceux qui ont un diplôme d’études supérieures préfèrent le FN contre 43% de ceux qui ont le niveau baccalauréat. » Comment peut-on interpréter ces résultats ? Au niveau macroscopique, le contexte de crise économique endémique que les partis dits « républicains » ne peuvent pas endiguer et la proximité des attentats du 13 novembre sont évidemment à mettre au premier plan. Si l’on centre sur la population des fonctionnaires le rapport évoque ensuite une évolution de « l’offre politique du FN qui défend désormais les services publics » qui serait susceptible d’attirer les agents de la FPH.

L’influence de la proximité avec le public

Mais comment expliquer, au sein de cette communauté, les différences importantes des résultats entre la catégorie A et la catégorie C ? D’aucuns y verront le déficit socioculturel des agents de situation modeste qui les rendrait moins résistants aux sirènes extrémistes. Mais cet argument ne nous semble pas recevable en l’état. Le rapport indique que les professionnels « les plus exposés aux usagers dans leur travail quotidien ont la plus forte probabilité de voter FN ». On peut dès lors transposer cette observation à l’hôpital, où les épisodes de maltraitance de certains patients envers le personnel soignant se multiplient, avec quelquefois leur lot de violence physique. Le rapport indique d’autre part, - n’y voyez pas un lien automatique avec le point précédent - qu’une grande partie des fonctionnaires souffre du décalage entre les discours sur la République et la laïcité et les pratiques du terrain où les demandes communautaires se multiplient. »

Les valeurs soignantes universelles sont-elles alors en train de disparaître ? Et où sont passées les qualités de générosité et d’empathie inconditionnelles qui ont été développées depuis des décennies au sein de la communauté soignante ? Elles ne résistent pas, semble-t-il, à la conjoncture morose que nous traversons, ce qui complique un peu plus la tâche des cadres de terrain…

Bruno Benque
Rédacteur en chef cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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