Budget des hôpitaux : redonner la priorité aux soins...

lundi 18 novembre 2013, par Bruno Benque

Au nom de l’amélioration de l’environnement des structures hospitalières en faveur d’un meilleur accompagnement psychologique des malades, le CHRU de Montpellier a défrayé la chronique avec un investissement qui, par l’ampleur des sommes engagées, peut être considéré comme du gaspillage d’argent public. Dans une conjoncture économique contrainte, notamment dans le champ sanitaire, cet épisode montre une nouvelle fois que certaines décisions s’avèrent arbitraires, sinon dangereuses pour le système de santé.

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L’acquisition de trois œuvres d’art par le CHRU de Montpellier a été l’objet de commentaires contrastés cette semaine. Le 9 novembre 2013, a été inaugurée l’exposition, au sein du département d’hématologie de l’hôpital St-Éloi, de « Rosace de mai », « Jardin métaphysique » et Tracés communs », trois créations réalisées par deux enseignants de l’école Supérieure des Beaux-Arts de Montpellier, et ayant fait l’objet d’une commande publique en bonne et due forme.

L’ampleur des sommes engagées fait monter la polémique

Jusque là, pas de quoi crier au loup. Sauf que cette commande a coûté au contribuable quelques 340 000 €, répartis à raison de 80 000 € pour le CHRU, 40 000 € pour la ville de Montpellier, et 220 000 € pour l’État. L’affaire suscite donc débats et polémiques, qui se sont tout d’abord manifestés le jour de l’inauguration, où les personnels soignants présents regrettaient qu’une telle dépense ait été consentie, alors que le « CHRU de Montpellier est déficitaire et que les services de soins ont des difficultés matérielles ». La polémique enfle, si bien qu’une page Facebook intitulée « Remboursement des œuvres d’art du CHRU de Montpellier » a été approuvée par plus de 2 000 personnes en une semaine.

Un investissement indépendant des frais de fonctionnement

Pour les défenseurs de ce type de projet, il n’y a pas de quoi s’indigner outre mesure. Leurs arguments de ceux-ci font état du soutien psychologique qu’apporte l’art au sein des structures de soins. Ils louent les initiatives favorisant l’embellissement de l’environnement des patients, qui, associées à la qualité de l’hôtellerie et au savoir être du personnel soignant, donnent une valeur ajoutée aux prestations purement médicales et les aident à surmonter l’épreuve de la maladie. D’autres observateurs précisent que les sommes engagées dans l’achat d’œuvres d’art ne font pas partie des frais de fonctionnement, mais participent des budgets d’investissement, et ne sont donc pas imputables aux insuffisances d’approvisionnement en médicaments ou en matériels.

Un nouvel exemple de gaspillage à l’hôpital

Ces arguments sont tout à fait recevables et sont empreints de bon sens. Mais on peut s’interroger quant à l’ampleur des sommes engagées dans le projet montpelliérain, qui ne profitera qu’à une seule unité de soins. On n’ose pas imaginer à combien s’élèverait la facture si tous les services du CHRU étaient dotés d’œuvres comparables. Et on ne peut pas s’empêcher de penser que les 340 000 € auraient pu être consacrés à des objets unitairement moins onéreux, et donc plus nombreux afin de ventiler cet investissement sur toute la structure. Cet événement est assurément à ranger dans la catégorie du gaspillage des deniers publics à l’hôpital, au même titre que les projets immobiliers pharaoniques, les formations inopportunes, ou la montée exponentielle du nombre de personnels administratifs dans les hôpitaux, alors que les effectifs soignants sont de plus en plus restreints.

L’épisode de l’unité d’hématologie du CHRU de Montpellier illustre deux dysfonctionnements majeurs dans l’organisation de nos institutions. Tout d’abord, il met une nouvelle fois en exergue l’inertie qui règne dans la prise de décision, avec un projet initié en 2008, où l’environnement économique était moins pesant, et inauguré en 2013, alors que les priorités budgétaires ont changé. Ensuite, il nous montre que certains des décideurs font preuve d’un manque de discernement, de peu de considération vis-à-vis des professionnels de santé et du contribuable, dans une période très instable. Il serait peut-être temps que nos gouvernants redonnent leurs faveurs aux moyens alloués aux soins et à la prise en charge des patients, avant que le système sanitaire ne se mette en danger.

Bruno BENQUE
Rédacteur en chef adjoint cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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