Suicides de soignants : Marisol Touraine s’exprime enfin !

mercredi 7 septembre 2016, par APM-International

Alors que la communauté soignante réclame depuis des mois une réaction des pouvoirs publics suite aux différents suicides commis par certains d’entre eux cet été, la Ministre des Affaires sociales et de la Santé Marisol Touraine est enfin sortie de son silence le 4 septembre 2016 devant les micros de RTL/Le Figaro/LCI.

La Ministre des Affaires sociales et de la Santé, Marisol Touraine, interrogée dimanche lors du Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI sur les récents suicides d’infirmiers, a promis un plan pour les professionnels de santé qui sera présenté à l’automne.

Les syndicats de soignants s’alarment depuis plusieurs mois

Depuis le mois de juin, des syndicats infirmiers se sont émus de suicides d’infirmiers sur leur lieu de travail ou mettant en cause leurs conditions de travail dans un établissement du CHU de Toulouse, au CH de Saint-Calais (Sarthe), à l’hôpital Monod du groupe hospitalier du Havre (GHH). Dans un communiqué daté du 23 août, le Syndicat national des professionnels infirmiers (SNPI, CFE-CGC) dénonce à la fois ces « drames humains causés par les restructurations sauvages de certaines directions d’établissements », mais aussi « un silence assourdissant du côté du ministère de la santé ! » Dès le 30 juin, l’ordre national infirmier assurait que « la communauté infirmière attend vivement de la part des responsables hospitaliers une prise en compte urgente de ces risques, de la nécessité de les anticiper et de mettre en oeuvre des mesures fortes de lutte. Comme elle attend aussi aujourd’hui de la part de la ministre chargée de la santé un témoignage d’humanité qui, dans ces moments de profonde tristesse apporterait un juste réconfort ».

Quel quota de décès pour obtenir une réaction des pouvoirs publics ?

Le président de l’ordre, Didier Borniche, expliquait dans une tribune publiée le 13 juillet 2016 être « d’autant plus déconcerté que la ministre de la santé ne s’exprime que rarement sur une profession qui joue un rôle essentiel dans le quotidien de tous les Français ». Deux autres infirmières du service médical interprofessionnel de la région de Reims se sont donné la mort à leur domicile, respectivement en juillet et en août, rapporte également la Coordination nationale infirmière (CNI) dans un communiqué du 31 août, où elle demande, elle aussi, « quel « quota » de décès chez le personnel soignant faut-il pour que les pouvoirs publics s’intéressent enfin au malaise des soignants ? »

La Ministre annonce un plan pour les professionnels de santé à l’automne

Interrogée à ce sujet dimanche, Marisol Touraine a estimé qu’ « il y a des suicides d’infirmières comme il y en a eu de médecins et ce sont des situations dramatiques ». Elle assure avoir « à chaque fois été en contact avec les communautés hospitalières, [avec] l’hôpital concerné ». « J’ai demandé qu’on travaille à de nouvelles mesures -l’Igas, l’Inspection générale des affaires sociales, y travaille également- et j’annoncerai un plan, pas seulement pour les infirmières, à l’automne, pour les professionnels de santé, parce que la culture du bien-être au travail, ça doit exister à l’hôpital aussi », a-t-elle assuré. « Que des hommes et des femmes qui doivent soigner et sauver des vies portent atteinte à leur vie, c’est évidemment extrêmement préoccupant », a-t-elle commenté.

Un travail d’ampleur effectué depuis 2012 par le Ministère

Pour rappel, Marisol Touraine a lancé en février 2016 une mission IGAS sur « la détection et la prévention des risques psycho-sociaux » dans les établissements hospitaliers, à la suite du suicide du Pr Jean-Louis Mégnien, médecin à l’Hôpital européen Georges Pompidou (HEGP, AP-HP, Paris), en décembre 2015. Dans un message transmis vendredi 2 septembre 2016 à l’APM par le ministère des affaires sociales et de la santé, Marisol Touraine assure que « ce plan sera l’aboutissement du travail de fond que j’ai souhaité engager sur cet enjeu qui nous concerne tous ». Elle fait valoir aussi « l’ampleur du travail accompli depuis 2012 pour faire progresser la culture de prévention des risques psychosociaux à l’hôpital et dans les établissements médico-sociaux. Ce n’est pas par hasard si aujourd’hui, presque neuf établissements de santé sur 10 ont déjà engagé des actions en la matière ».

Récompenses pour les bons élèves en prévention des risques psychosociaux

« Mes services ont inscrit la prévention des risques psychosociaux comme action de formation prioritaire pour les établissements, en accompagnant cette orientation d’un appel à projets national en partenariat avec l’Agence nationale d’amélioration des conditions de travail (Anact), permettant de récompenser à hauteur d’un million d’euros par an les meilleures initiatives en la matière », assure-t-elle aussi. « En 2014, une instruction spécifique était publiée par mes services sur la prévention des risques psychosociaux dans la fonction publique hospitalière, dont la mise en oeuvre a fait l’objet d’une grande enquête fin 2015, présentée aux partenaires sociaux début 2016. Les membres des comités d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) sont désormais obligatoirement formés à la gestion des risques psychosociaux, ce qui change considérablement le regard sur ces situations dans les établissements », explique-t-elle.

Un dossier qui sera suivi par les conférences territoriales de dialogue social

« Par ailleurs, la loi de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 prévoit que les conférences territoriales de dialogue social prévues dans le cadre des groupements hospitaliers de territoire (GHT) seront amenées à se pencher sur les organisations et les conditions de travail », ajoute-t-elle. « Plus généralement, les médecins généralistes et du travail sont au coeur de la prévention et de la prise en charge des risques psychosociaux. Leurs structures professionnelles ont proposé plusieurs orientations prioritaires pour le développement professionnel continu [DPC] que j’ai validées en décembre 2015 », poursuit-elle. La ministre cite « des actions visant la détection et la prise en charge des troubles anxiodépressifs par les généralistes, les risques et pathologies liées au travail, la prise en charge des risques psychosociaux par les médecins du travail et la coopération médecin traitant-médecin du travail pour accompagner les patients en arrêt de travail de longue durée ».


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