Recherche IBODE désespérément

jeudi 16 mai 2019, par André Roche

Le décret d’actes exclusifs relevant des compétences des IBODE pénalisera à court terme l’activité des blocs opératoires publics, mais surtout privés. Le Dr Philippe Ciq, Président de l’UCDF, tire la sonnette d’alarme sur ce problème qui n’a pas été anticipé par les tutelles.

Un décret de 2015, applicable le 1er juillet prochain, liste les actes « relevant de la compétence exclusive des infirmiers de bloc opératoire » ; Ce décret prévoit notamment de faire de trois actes (l’aide à l’exposition ou écarter, l’aspiration du sang, des sérosités… et l’électrocoagulation pour cautériser) des « compétences exclusives » aux IBODE (Infirmiers de Bloc Opératoire Diplômés d’Etat) alors qu’ils sont aujourd’hui pratiqués en majorité par des infirmiers diplômés d’État (IDE).

Un décret qui pénalise fortement les établissements privés

« Au 1er juillet, nous ne pourrons plus opérer », répète le Dr Philippe Cuq, président de l’UCDF (Union des Chirurgiens De France) et coprésident du BLOC (syndicat regroupant chirurgiens, anesthésistes réanimateurs et obstétriciens). A cette date, plus de 10 000 infirmiers DE qui réalisent chaque jour les trois actes bientôt réservés aux infirmiers spécialisés ne pourront plus travailler dans un bloc opératoire. Le chirurgien enchaîne : « Personne ne prendra le risque d’opérer dans ces conditions ».

La pénurie devrait toucher plus fortement les établissements privés bien moins fournis en IBODE que leurs collègues du public. En France, actuellement, il y a 5000 IBODE en exercice, alors qu’il en faudrait 18500. Les deux syndicats estiment à 2 000 le nombre d’IBODE qui exercent en établissements privés contre 7 000 dans le public.

Un problème qui n’a pas été anticipé par les tutelles

Un des paragraphes a déjà reporté le décret en question deux fois, dont une sur injonction du Conseil d’Etat qui a jugé le plan transitoire insuffisant pour permettre aux services de s’adapter. Pour les syndicats, les services ne sont toujours pas en mesure de s’adapter.

Le Dr Cuq proteste : « Ça fait quatre ans qu’on alerte ». Il dénonce une « incurie administrative » et réclame « une solution simple et efficace » pour que les 10 000 IDE travaillant dans les blocs opératoires « puissent continuer à faire ce qu’ils font depuis des années ». Il demandait déjà en janvier « un dispositif permettant de former et de qualifier en masse », effrayé par l’irresponsabilité de l’Etat car « le volume de formation n’est pas à la hauteur ». La formation est de 18 mois, mais depuis quatre ans, aucune augmentation des quotas en instituts de formation des infirmiers de bloc opératoire, même temporaire, n’a été décidée. Il faut signaler que ces instituts de formation sont bien souvent déjà saturés. La problématique n’a donc pas évolué.

Situation critique également dans le public

Zaynab Riet, la déléguée générale de la Fédération Hospitalière de France (FHF), explique « On n’est bien moins impactés que le secteur privé car nous comptons beaucoup plus d’IBODE. Néanmoins, nous allons devoir réduire le nombre des opérations pour être en conformité avec le décret ». Pour le secteur libéral, où le chirurgien est directement responsable en cas de problème, il en va autrement. Car avec seulement 5 % d’IBODE dans les blocs, impossible d’être en règle dans deux mois.

Conséquences sur l’activité des bloc opératoires

Des baisses ou arrêts d’activité sont à prévoir dans les hôpitaux et les cliniques, où, pour ces dernières, sont réalisées 50% des interventions chirurgicales. Fin mars dernier, le ministère a proposé d’accélérer la reconnaissance des acquis des IDE, en poste au bloc, depuis 20 ans pour certains. Mais les fédérations d’employeurs veulent des garanties. Les réunions vont s’enchainer dans les jours à venir pour trouver une solution, dans l’urgence.

André Roche
Cadre de santé formateur
IFSI Hôpital du Gier, St-Chamond (42)
Master 2 Management des organisation de Santé
a.roche@hopitaldugier.fr


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