Propositions concrètes pour la convergence du public et du privé

mardi 23 juin 2020, par Bruno Benque

Les secteurs public et privé de la Santé ont souvent des modes de fonctionnement très éloignés, notamment dans les usages de l’outil numérique. dans un entretien accordé au Think tank LISA, le Dr Madeleine Calvet revient sur la période pandémique que nous venons de traverser et sur les apports de la télémédecine pour le diagnostic et le suivi épidémiologique du COVID-19. Elle en tire des enseignements sur la manière d’appréhender cet outil dans ces deux environnements et fait quelques propositions pour faire converger les pratiques et les organisations.

L’hôpital et la médecine de ville doivent se rapprocher de façon rapide et significative afin d’améliorer les parcours de Santé. C’est la volonté, tant des professionnels que des tutelles, mais on est encore loin de voir s’homogénéiser les pratiques organisationnelles ou médico-économiques.

Une visibilité macroscopique de l’évolution du COVID-19 grâce au numérique

Les Groupements Hospitaliers de Territoires (GHT) tentent bien, chacun selon leurs moyens et le volontarisme de leurs gouvernants, de faire en sorte que la prise en charge des patients soit mieux coordonnée. Et la télémédecine est un outil de choix pour pouvoir rapprocher les deux mondes. C’est ce qu’a confirmé la Dr Madeleine Cavet, Directrice médicale de la Compagnie de télémédecine (CTM), dans une interview accordée au Think Tank LISA le 17 juin 2020 où elle revient sur les moments forts de la pandémie de COVID-19 et des apports de l’outil numérique dans l’évaluation macroscopique de la montée en puissance du virus. « Nous avons eu une visibilité nationale sur les données d’activité dans nos filières de télémédecine en temps réel, dit-elle. On a donc vu le nombre des cas de Covid-19 augmenter à l’Est d’un facteur 2, 5, 10, 20, puis démarrer de façon différée mais exponentielle en Île-de-France, et grimper parallèlement partout sur le territoire. »

La téléradiologie pour le diagnostic et le suivi épidémiologique

C’est maintenant de notoriété publique, le scanner thoracique s’est avéré l’examen de première intention pour identifier les maladies pulmonaires dues au COVID-19 et ainsi dépister de manière la plus rapide le virus sur des patients en présentant les symptômes. Et la TCM, comme l’ensemble des structures de téléradiologie, étaient aux premières loges pour mesurer l’ampleur des dégâts, mais aussi pour prendre les mesures adéquates pour faire face à l’afflux massif de patients se présentant dans les centres de radiologie afin de se faire dépister. « Sur le plan médico organisationnel, il a été possible d’anticiper la réorganisation de l’ensemble de notre activité extrêmement rapidement grâce à la visibilité sur le Grand-Est, poursuit-elle. Les éléments de cette analyse médico-organisationnelle ont pu être intégrés au système d’information et automatisés. » Le compte rendu structuré créé par la Société d’Imagerie Thoracique et mis à disposition des radiologues est l’exemple type des solutions qui ont permis aux radiologues de gérer le pic de l’épidémie, mais également de pouvoir participer à des projets de suivi épidémiologiques nationaux comme FIDAC.

Deux manières d’appréhender le numérique

Mais le Dr Cavet regrette que de nouvelles filières de télémédecine n’aient pu se développer dans le secteur public pendant la crise. « Le secteur public n’a pas eu le temps de développer d’autres modes d’organisation car il a été pris de vitesse par la crise et avait en priorité à gérer la réanimation massive et subite d’un grand nombre de patients », explique-t-elle. Elle évoque également un certain nombre de lourdeurs dans l’écosystème du sanitaire et du médico-social publics, ainsi que des outils numériques pas toujours adaptés aux pratiques des professionnels. À l’inverse, elle souligne que la levée de certaines contraintes réglementaires autour de la télémédecine aient favorisé l’utilisation de solutions, pourtant recommandées par l’Assurance maladie, mais pas forcément estampillées RGPD ou Hébergement de Données de Santé (HDS) ou dont les finalités n’étaient pas dédiées à la Santé notamment.

Des propositions concrètes pour rapprocher les secteurs public et privé

Pour rapprocher les deux mondes, elle préconise, d’une part, de favoriser les outils numériques comme des moyens de l’amélioration des pratiques professionnelles. Pour la téléconsultation, « il faut définir en amont des critères d’éligibilité, ou de conversion en présentiel. Il faut des cartographies des risques, une gestion des incidents, un suivi des projets avec des évaluations des pratiques, une formation continue des utilisateurs… » Du côté du secteur public, c’est l’innovation médico-organisationnelle qui est plébiscité par le Dr Calvet. « De nombreuses enveloppes d’équipements pour des projets de télémédecine se résument en fait à des objets connectés ou à un chariot de télémédecine qui traînent dans le couloir d’un EHPAD, remarque-t-elle. Nombreux sont les projets de télémédecine menés à grand frais qui périclitent, faute de suivi permettant d’adapter le projet à des besoins en mutation, ou parce que le porteur de projet finit par abandonner. »

Alors que, dans la mouvance du Ségur de la Santé, chaque institution, chaque filière et chaque spécialité y va de ses demandes souvent corporatistes pour améliorer le système de Santé, il est réconfortant d’entendre un tel discours favorisant la convergence des organisations et l’homogénéisation des pratiques, qui plus est sur une discipline innovante et pleine de promesses.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


Partager cet article

TOUT L’ÉQUIPEMENT DES CADRES DE SANTÉ

IDE Collection a regroupé tout le matériel nécessaire au management de vos équipes : livres, revues, fournitures, stylos, tenues, idées cadeaux...

Découvrir nos produits

Vous recrutez ?

Publiez vos annonces, et consultez la cvthèque du site EMPLOI Soignant : des milliers de profils de soignants partout en France.

En savoir plus