Mal-être des étudiants infirmiers : quelles(s) réponse(s) ?

lundi 10 septembre 2018, par André Roche

Le mal être des étudiants en soins infirmiers a été démontré lors d’une enquête publiée par la FNESI (Fédération Nationale des Etudiants en Soins Infirmiers) en septembre 2017. Pour répondre à une partie du problème, les professionnels hospitaliers, même si l’environnement actuel n’est pas propice à la détente, pourraient agir en faisant preuve d’un peu plus de bienveillance à leur égard lorsqu’ils sont en période de stage.

Epuisés, stressés, angoissés : c’est un bilan de santé catastrophique qu’a révélé la FNESI avec la publication de son enquête sur le bien-être des étudiants infirmiers. Au total plus de 14 000 étudiants infirmiers issus de dix-huit régions métropolitaines et d’outre-mer ont répondu à un questionnaire en ligne, en février et mars de l’année dernière, soit 15 % de la population des étudiants infirmiers. Cet échantillon semble donc suffisamment représentatif pour permettre une analyse constructive.

Les résultats effrayants d’une enquête sur les étudiants en santé

Plus de la moitié d’entre eux déclare que leur santé psychologique s’est dégradée depuis leur entrée en formation ; 78,2 % des étudiants se déclarent tout le temps ou souvent stressés, alors qu’ils n’étaient que 40,8 % en 2011. D’autre part, 61,8 % se déclarent souvent ou tout le temps épuisés psychologiquement, un état qui s’accroît au fur et à mesure de l’avancée dans la formation (85,9 % pour les étudiants de troisième année contre 66,2 % en première année). En lien avec ces données, 27,3 % indiquent avoir déjà consommé un ou plusieurs médicaments psychotropes durant leurs études (le taux atteint 36 % pour les étudiants de troisième année). La fédération étudiante indique recevoir chaque jour des demandes d’aide des étudiants. Mal-être, stress, harcèlement, violence…

En corollaire, la santé physique des étudiants se dégrade, elle aussi : 18,8 % des étudiants infirmiers se sentent même en mauvaise santé. De plus, les comportements à risques sont fréquents chez 31,5 % d’entre eux depuis leur entrée en formation. Il s’agit de consommation de drogues (21,7 %), de rapports sexuels non protégés (10,2 %), de conduite en état d’ivresse (5,3 %) ou de consommation d’alcool jusqu’à l’ivresse (21,9 %). Comment améliorer ces statistiques ? Ce mal-être est-il en lien avec la formation infirmière, avec le recrutement de ces étudiants, avec les caractéristiques du public accueilli en formation ou avec la crise que traverse actuellement le système hospitalier français ?

Les raisons du mal-être

Certains affirment que les raisons de ce stress sont connues et récurrentes : détérioration des conditions de travail dans le milieu médical, harcèlement des soignants, déshumanisation des rapports sociaux, sentiment d’exploitation, etc. Ludivine Gauthier, de la FNESI, juge que le mal-être des étudiants infirmiers est un symptôme. L’étude est un bon indicateur de l’état du milieu médical. Une maltraitance également au cœur du livre Omerta à l’hôpital : le livre noir des maltraitances faites aux étudiants en santé (Michalon éditeur), de Valérie Auslender, médecin généraliste attachée à Sciences Po qui avait recueilli les témoignages d’une centaine d’élèves infirmiers, aides-soignants ou internes en médecine.

Avec un peu de recul, il nous faut admettre que tout ne repose pas sur le système de santé. Soyons certains que des soignants sont encore bienveillants avec les étudiants dans les services. Il est également à noter que des étudiants jeunes, sortant du lycée, doivent changer leur manière de travailler, de vivre, de raisonner. Ils doivent aussi adapter leur manière d’entrer en relation avec l’autre, d’accepter la frustration.

Les réponses aux résultats de l’enquête

Le bilan de la première promotion des IDE issus du référentiel de formation de 2009, a engendré notamment la parution de l’arrêté du 26 septembre 2014, qui a réformé certains points de la formation, dont l’évaluation des étudiants lors des stages. Chaque structure qui accueille des étudiants doit construire une politique de stage concertée et présentée, pour avis, au conseil pédagogique de l’IFSI.

La Haute Autorité de Santé (HAS) a noté, en mai 2017, que les professionnels de santé en activité ou en formation sont exposés au risque d’épuisement professionnel, étant donné la pénibilité de leur travail, que ce soit pour des causes intrinsèques liées à la nature même de l’activité médicale (confrontation avec la souffrance et la mort, prises en charge impliquant l’entrée dans l’intimité des patients, etc.) ou relatives à la charge et à l’organisation du travail notamment. La psychiatre Donata Marra, missionnée pour la réalisation d’un rapport interministériel, affirme qu’il existe un problème spécifique de mal-être des étudiants en santé. La formation infirmière est mieux protégée que d’autres, qui serait un modèle à suivre, tout comme l’absence de concours classant. Par contre, le programme académique y est surchargé et les étudiants en soins infirmiers sont particulièrement concernés dès le début de leur formation par des stages émotionnellement difficiles avec peu ou pas d’encadrement.

La reconnaissance des professionnels hospitaliers passe aussi par celle des étudiants

La situation est grave et le gouvernement a relevé la nécessité d’une réaction rapide : « Il faut que les études de santé restent, ou parfois redeviennent, ce moment d’accomplissement de soi, de fierté et d’apprentissage de métiers magnifiques ». 15 mesures ont été annoncées pour améliorer la situation : des mesures immédiates de soutien et d’intervention (structures d’accompagnement dans les facultés, évaluation systématique des lieux de stage par les étudiants, introduction d’un module transversal concernant les risques psycho-sociaux et l’amélioration des conditions de travail en stage) auxquelles s’ajoutent à distance une transformation globale des études de santé et une coordination régionale et nationale pour mesurer, repérer et partager les bonnes pratiques.

L’accueil des étudiants en milieu hospitalier est, sans doute, aussi à repenser. Mais le chantier est gigantesque car l’environnement de crise hospitalière n’est notamment pas propice à la détente et la reconnaissance des professionnels hospitaliers passe aussi par celle des étudiants.

André Roche
Cadre de santé formateur
IFSI Hôpital du Gier, St-Chamond (42)
Master 2 Management des organisation de Santé
a.roche@hopitaldugier.fr


Partager cet article