La fonction de cadre de santé à la croisée des chemins

lundi 28 septembre 2020, par Bruno Benque

La fonction de cadre de santé est à la croisée des chemins. Le métier change, tant sur le plan des compétences à développer que sur le niveau d’autonomie qu’il permet de garder. Les paramédicaux eux-mêmes en ont une image tronquée et le processus de formation doit s’adapter aux changements. C’est, en substance, ce qui ressort d’une session consacrée à cette thématique lors des Journées Nationales de la Kinésithérapie Salariée (JNKS).

À l’occasion des dernières JNKS, qui se sont tenues les 17 et 18 septembre 2020 en ligne, une session était consacrée à la fonction de cadre de santé et à son devenir à moyen terme.

Yves Cottret, Cadre supérieur Kinésithérapeute et Délégué Général du CNKS, a ouvert les hostilités évoquant les différentes étapes qui ont conduit aux textes législatifs de 1995, mais également des fondements de la réforme de la formation des cadres de santé. Il a, à ce titre, souligné que les IFCS pouvaient d’après ces textes, former également les cadres administratifs.

Une enquête qui en dit long sur l’image du cadre de santé au sein de son équipe

Olivier Santarelli est intervenu ensuite sur les représentations que se font les soignants à propos des cadres de santé. Il s’est appuyé pour cela sur une enquête qu’il a menée pour son mémoire et qui étudiait la question de savoir ce que signifie le cadre de santé aujourd’hui. Dans un contexte d’évolution de l’environnement impulsée par les réformes du système de santé, il a constaté qu’un nouveau management public est apparu, entraînant un décloisonnement des pratiques et des modifications dans les rapports avec les équipas, auxquelles s’ajoute une forte connotation économique. Le cadre de santé apparaît, dans ce travail, comme polyvalent, expert et ayant une légitimité technique ou managériale.

Son enquête, par questionnaire et par interview, a exploré le ressenti des paramédicaux, à majorité infirmière, sur le rôle et les missions du cadre de santé. Celui-ci apparaît comme un chef d’équipe et comme un pilote de l’activité pour la majorité d’entre eux. Mais il n’est pas considéré comme un expert pour toutes les filières paramédicales interrogées. Quant à au ressenti concernant la fonction de cadre de santé elle-même, nombreux sont ceux qui voient en lui un régulateur et un optimisateur de l’ambiance de travail. Il est étonnant de constater également que beaucoup de paramédicaux ne voient pas dans ce métier une mission d’évaluateur, alors que cette notion est à la base de l’activité d’un manager, en particulier dans le domaine de la Santé. Les avis sont moins tranchés, en revanche, lorsqu’on pose la question des compétences du cadre de santé. En effet le savoir-être est exprimé en premier avec ensuite des avis partagés sur le savoir-faire et le savoir devenir. Au final tous sont unanimes pour affirmer que le cadre de santé doit manager une équipe de la filière dont il est issu, ce qui va également à l’encontre de la tendance.

Des inégalités de formation qui s’amplifient

Une table ronde a ensuite été organisée pour tenter de définir le devenir de du métier de cadre de santé, les attendus de la formation, ainsi que les missions qui doivent lui être attribuées à moyen terme. En tant qu’enseignante-chercheuse, Sophie Divey a fait un focus sur la fabrication des cadres de santé à travers leur formation. Le programme institutionnel, dit-elle, a fait une ouverture vers les universités, le rapport Debeaupuy stipulant d’ailleurs que tous les IFC S proposent aujourd’hui, a minima un Master 1, voire un Master 2. Il y a, en fait, autant de dispositifs universitaires pour les cadres de santé que D’IFCS. Elle estime qu’il s’opère ainsi une dérégulation par le bas sur fond de laisser faire par le haut, c’est-à-dire par le ministère. Elle voit en effet dans le fractionnement des divers partenariats des différentes d’une part, des sciences enseignées – gestion, management, éducation, santé publique, sociologie, droit - une balkanisation de cette formation qui, de fait, entraîne des inégalités territoriales. Ces inégalités sont exacerbées par les contextes perturbés des hôpitaux, avec notamment le développement anarchique des faisant fonction de cadre. Cette formation sur le tas n’est pas, selon elle, en rapport avec la formation universitaire.

Une nécessaire adaptation de la fonction selon le degré d’autonomie

Et que dire du positionnement des formateurs aujourd’hui ? L’interaction avec les universitaires implique l’affrontement de deux logiques, formatrice et académique, sur fond de rapports sociaux et de pouvoir. Pour les étudiants cadres par contre, la mastérisation est une chance car elle ouvre des perspectives professionnelles, notamment vers les structures privées. Mais là aussi, a-t-elle conclu, les inégalités sont très présentes, particulièrement en termes économiques, avec des frais d’inscription très inhomogène.

Pour Chantal de Cingly, Directrice d’hôpital et célèbre pour « la Mission Cadres Hospitaliers » qu’elle a menée en 2009, la formation doit s’adapter et proposer un programme différent. Mais nous voyons, dit-elle, de plus en plus deux structures recruter des cadres sans diplôme, donnant l’exemple de l’institut Gustave Roussy. Elle pose également la question du métier en lui-même et des différences qu’il faut définir entre le cadre de proximité et le cadre supérieur. Il faut enfin, selon elle, définir à quel niveau se fera la délégation de gestion en sachant que, par exemple, dans le rapport Claris, une médicalisation du management hospitalier est appelée à se développer.

Dominique Combarnous a quant à elle pris le parti de traiter de la réingénierie de la formation de cadre de santé, qui traine depuis dix ans et qui doit obligatoirement conduire vers deux métiers différents. Elle souhaite enfin que ce soit reconnu le métier de cadre supérieur, car le management des cadres est bien différent du management des équipes paramédicales.

À travers ces prises de position, on sent bien que le métier de cadre de santé est à la croisée des chemins. Va-t-il évoluer vers plus d’autonomie ou, au contraire, se perdra-t-il sous la coupe du médecin chef de service redevenu omnipotent ? Le processus de formation pour ce métier devra, à n’en pas douter, à nouveau s’adapter à cette nouvelle orientation.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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