L’euthanasie en France et ailleurs, une question de vie ou de mort

vendredi 23 avril 2021, par Christophe Pacific

On meurt mal en France ! Le débat s’enflamme à l’Assemblée Nationale sur la question de l’euthanasie. Curieusement, il semble qu’elle soit devenue davantage un clivage politique droite/gauche plutôt qu’un vrai débat de société. Un blocus de pas moins 2 800 amendements venant des bancs de droite ont empêché le vote de la proposition de loi menée par le député Olivier Falorni (PRG) pour une fin de vie choisie.

Le 19 mars, le Parlement espagnol a définitivement adopté la loi autorisant l’euthanasie. Quelques jours avant, le 15 mars, le Tribunal Constitutionnel portugais censure une loi similaire précédemment approuvée en janvier de cette même année. La France sera bientôt frontalière de quatre pays (Belgique – Suisse – Espagne – Luxembourg) autorisant l’euthanasie ou l’une de ses variantes. Jamais un thème sociétal n’a fait autant l’objet d’un emballement, voire d’une contamination juridique. Comment y voir clair, comment se positionner en tant que citoyen et en tant que soignant ?

Point historique juridique sur la fin de vie en France
9 juin 1999 : loi visant à garantir le droit aux soins palliatifs
4 mars 2002 : loi Kouchner relative aux droits des malades
22 avril 2005 : la loi Léonetti relative aux droits des malades et à la fin de vie
18 décembre 2012 : rapport « penser solidairement la fin de vie »
3 décembre 2015 : plan national pour le développement des soins palliatifs et l’accompagnement à la fin de vie
5 janvier 2016 : création du centre national des soins palliatifs et de la fin de vie
2 février 2016 : loi Claeys-Léonetti créant de nouveaux droits en faveur des malades et des personnes en fin de vie (sédation profonde et continue jusqu’au décès, les directives anticipées deviennent contraignantes pour le médecin)

Dans la proposition de loi N°131 portée par Olivier Falorni (Article 1er), l’article L. 1110-5 du code de la santé publique est ainsi modifié :
Ce droit comprend celui de bénéficier de l’aide active à mourir dans les conditions prévues au présent code et entendue comme :
1° Soit le suicide assisté, qui est la prescription à une personne par un médecin, à la demande expresse de cette personne, d’un produit létal et l’assistance à l’administration de ce produit par un médecin ou une personne agréée ;
2° Soit l’euthanasie, qui est le fait par un médecin de mettre fin intentionnellement à la vie d’une personne, à la demande expresse de celle-ci.

Progression vs. régression

Nous voyons dans cette chronologie que la thématique est suivie et enrichie régulièrement dans notre pays. La mécanique juridique progresse régulièrement pour augmenter le droit des patients en fin de vie. Cette progression juridique est vécue comme insuffisante pour les partisans d’une euthanasie plus « active » qui signerait l’avènement de la liberté ultime de l’individu, celle de finir sa vie quand il le souhaite. Ces partisans sont pour la plupart sur les bancs gauche à l’Assemblée. Le camp adverse, dont les rangs sont formés historiquement par la droite conservatrice, freine des quatre fers en prônant l’accompagnement de la vie jusqu’au bout et le développement des soins palliatifs. Une loi en faveur de l’euthanasie ne serait pas vécue comme un progrès pour ces derniers mais comme une régression sociétale. L’euthanasie se pose bien au-delà d’une question clivante droite/gauche, car dans chaque camp, des voix s’élèvent contre le courant défendu.
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Christophe Pacific
Cadre supérieur de santé
Docteur en philosophie
christophe.pacific@orange.fr


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