L’effet papillon - Première expérience d’encadrement

mercredi 17 juin 2020, par Juan MG Delgado

La vie de faisant fonction de cadre n’est pas toujours chose facile, surtout si les personnes qui entourent le service ne font pas preuve d’une attitude collaborative. C’est ce qui ressort du récit de Juan MG Delgado qui retrace son expérience momentanée à la tête d’un service de soins, qui débute par une période faste en tandem avec une cadre favorisant la collaboration, mais qui finit par un retour à la fonction d’IDE.

Tout a commencé par une réunion de travail pour la création d’une nouvelle salle d’extraction sanguine. J’avais un poste très bâtard, IDE, mais quand ma Cadre de santé était absente je prenais ses fonctions. Bâtard, voyez-vous ? Mais ça me plaisait bien et puis ça m’occupait le cerveau, je me sentais un peu rouillé mentalement.

Découverte d’un problème mineur lors d’une réunion de direction

Directeur de Machin, Direction du Truc Technique, Direction de Soins, Cadre du pôle, et puis moi, ma chef n’étant pas là. Le problème c’est qu’il fallait un agent pour que les patients ne se perdent pas en allant au laboratoire chercher leurs résultats ou quelconque document… Nous étions juste à côté de l’endroit où ça allait se passer et je voyais le chemin pour y aller. A un moment donné, je leur propose d’aller voir ça par nous-mêmes, en leur rappelant que le dispositif était destiné à des patients valides ambulatoires qui arrivaient sur leurs pieds. La salle à côté du couloir, en sortant à gauche, dix mètres plus loin, à la fin du muret à droite, tu passes la porte et tu y es ! Il faut vraiment quelqu’un pour ça ??? N’est-ce pas mieux, à la limite, de mettre trois panneaux et une ligne de couleur par terre ?

Un poste de FF de cadre de santé à pourvoir

Tout le monde paraît apprécier l’idée, et puis la réunion finit. Je pense qu’ils étaient prêts à faire durer la réunion durant des heures en réfléchissant, à deux mètres de là où ça allait se passer. Et quelques semaines plus tard, la Directrice de soins m’appelle dans son bureau. Première pensée logique : « qu’est-ce que j’ai encore fait ? » Et là, elle me sort qu’elle a pensé à moi pour le poste de faisant fonction de Cadre de Santé dans tel service, parce l’une des deux personnes en poste s’en va. Je savais, comme tout le monde à l’hôpital, qu’il y avait une épidémie de BMR en cours dans ce service alors je pose la question de la prise en charge de la situation. La directrice me raconte en quelques mots et je vois la vraie couleur de la proposition.

Débuts d’un tandem de cadres complémentaires

Le départ de la personne en question fait suite à une « incompatibilité de caractère » avec le chef de service, qui n’a jamais été nommé, mais il l’est tout de même. Il n’y a qu’une cadre qui sache apparemment vivre avec et elle devient ma copine, on travaille ensemble, on décide ensemble. Les agents savaient qu’il pouvaient s’adresser à elle pour le planning de travail et s’adresser à moi pour le planning de formation et la nouvelle réorganisation du service. Pour le reste des affaires, sa voix était la mienne et vice-versa. N’imaginez pas que l’on voulait dynamiter les lieux et tout reconstruire, loin de là. Globalement, ce que l’on aurait aimé faire - on a tout fait pour - était de :

  • Créer un outil informatique qui faciliterait les tâches journalières des cadres, des IDE et des AS dans le service, ce que l’on a presque touché du doigt, puisque les personnels étaient en phase de formation ;
  • Réduire le nombre de cas de BMR existants dans le service et fidéliser l’équipe pour empêcher la fuite de compétences, ce qui était simple puisqu’il n’y avait que deux les locaux et les soins à faire évoluer.

Le chaos s’installe suite à de petits changements

Des petits changements architecturaux font, par ailleurs, effet papillon et le chaos arrive vite, implacable. Le couloir prévu pour les visites devient un espace de stockage du matériel courant, le vestiaire du personnel, qui n’était pas mal, perd la salle de bain pour y mettre les filles et stocker encore du matériel sur les casiers, dans le couloir d’entrée des agents dans l’unité. La salle de préparation pour IDE étant devenu le bureau des cadres, ces dernières préparent leurs affaires sur des paillasses inadaptées, sur le chariot de soins ou autres. La chambre à pression négative, la seule dont le service, ainsi que le département dispose ne peut plus être utilisée comme telle parce quelqu’un a décidé de scier les rails par terre car ils empêchaient les lits d’y rentrer. Sérieux ? Je te le jure.

D’autre part, les visiteurs entrent par la porte du service, « s’habillent », et croisent les agents qui sont en train de travailler pour aller voir leur parent. Le couloir extérieur est devenu une zone de stockage. Par conséquent, les agents rentrent par la même porte, sans trop se coller aux murs remplis de trucs, se changent dans le vestiaire encombré et sale et passent encore par le même couloir que les visiteurs ou qu’une partie des livraisons. Enfin, des bouches d’air conditionné coule une poudre verte très suspecte.

Nous nous impliquons pour améliorer l’environnement du service

Notre mission première est donc de trouver un lieu de stockage et redistribuer les surfaces à leur première utilisation ce qui nous permettra de définir des circuits propres et sales, comme cela est recommandé. Et puis il faut s’occuper de la poudre verte et des rails de la porte, rapidement, ainsi que des cartons dans le vestiaire, car c’est immonde. Pour ce qui est de revoir la qualité de soins, nous organisons des séances aléatoires et des séances fixes d’Évaluation des Pratiques Professionnelles (EPP). Ceci nous permet d’adapter un plan de formation spécifique pour l’unité.

Un jour, nous rencontrons un problème de charnière de porte d’entrée dans le service. La solution du chef de service est d’enlever les charnières hydrauliques et de laisser les portes ouvertes. J’appelle les services techniques et, en même pas une demi-heure, la charnière est changée. Je vous promets, c’est tous les jours comme ça. Je prépare un plan de formation avec des séances régulières et des travaux en groupe pour les agents, avec des retours d’expérience entre les différents groupes de travail.

Fin du tandem de cadres

Au bout de quelques semaines ma collègue m’avoue qu’elle n’en peut plus et qu’elle part. Voilà un moment que l’on rigolait en se demandant laquelle des deux allait se faire virer en premier. On rigolait de la bile, mais on rigolait quand même. Nous avons bossé comme des tarées au point de laisser nos familles de côté, de continuer en rentrant à la maison, parce qu’on croyait que ce que l’on faisait commençait à être remarqué. Nous étions tellement fiers, mais je n’ai pas compris qu’elle avait plus de peur que moi. Je me retrouve donc tout seul, alors la Cadre du Pôle décide que le reste des Cadres des Services du Pôle vont me donner un coup de main, tout en me laissant la responsabilité de l’unité.

Petits arrangements entre amis

Le coup de main fut en fait un coup de poignard dans le dos au bout de quelques heures déjà. « Tu viens de fâcher quelqu’un de vieux dans l’hôpital, et un chef de service, rien que ça ! », me dit-on. Alors, tu parles avec ta Directrice de Soins, qui te rassure et qui te dit qu’elle va contrôler la Cadre Supérieure pour qu’elle ne se mêle plus de tes missions. Et puis tu as la preuve des échanges entre ce monsieur et cette dame, le ton utilisé, les critiques futiles, et j’en passe. Et puis je tombe malade, je me chope la grippe de l’année et pendant mes 5 jours d’arrêt j’apprends que le chef de service a convoqué une réunion pour demander à main levée aux membres de l’équipe soignante s’ils voulaient que je poursuive dans le poste. Apparemment, ils ont dit oui devant la Cadre du pôle et une autre Cadre de santé du pôle.

Et on vient de te raconter qu’une réunion est prévue avec lui, la DRH, la DSI et le Directeur Général. Là, il faut réagir, j’envoie donc un courriel à la Directrice des soins. Je présente un bilan de ma gestion du service et lui rappelle que, de toutes mes actions, les premiers informés étaient mon cadre de pôle et ma direction des soins.

Retour à la case départ

Au final, la poussière verte est restée parce que personne ne savait qui devait nettoyer la bouche d’aération, les rails de la porte ne furent jamais réparés parce que « ça coûte trop cher ». Et moi dans tout ça ? La Directrice des soins me dit : « il faut vous protéger, on va vous sortir de l’hôpital quelque temps ». Quelques mois plus tard, quelques services de psychiatrie - dont trois mois passés dans l’unité de psychiatrie carcérale -, j’ai repris mon poste d’infirmier bâtard à l’hôpital du jour.

Tout le monde dans l’établissement était au courant qu’un truc me concernant s’était passé mais personne n’en savait trop. Du coup, chaque fois que je croisais quelqu’un ou que je changeais de service, il fallait toujours répondre que non, je n’étais pas leur prochain cadre et que je n’étais pas une taupe de la direction et que ce qu’il se passe en réa, reste en réa. Là, il y a prescription déjà, et tout le monde doit être parti…

Juan MG Delgado
Iinfirmier


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