De la nécessité de créer un choc d’attractivité pour les métiers soignants

vendredi 15 avril 2022, par Bruno Benque

Pour répondre à la crise du système de Santé qui sévit depuis plusieurs années, il faut créer un choc d’attractivité, en se penchant sérieusement sur la formation continue des professionnels de Santé ou en créant les conditions pour réduire leurs contraintes, notamment. C’est en substance le message que des membres du Think tank LISA souhaite diffuser dans une note publiée récemment. Parmi leurs propositions concrètes, des IPA mieux répartis sur le territoire, des aides-soignants mieux formés en gériatrie ou la décentralisation des responsabilités à l’hôpital public.

Nos métiers paramédicaux, comme les professions médicales d’ailleurs depuis quelques années, souffrent d’un manque de reconnaissance et d’attractivité criant, comme nous le relatons régulièrement dans nos colonnes.

Créer un choc d’attractivité pour atténuer la crise du système de Santé

Ce problème, conjugué à d’autres facteurs comme la formation, les modes de recrutement ou les rémunérations, a favorisé la pénurie de professionnels de Santé, à l’hôpital comme en ville, alimentant une crise du système sanitaire qui semble s’être installée durablement. Il est dès lors urgent de trouver les moyens de repeupler le secteur soignant au moment où les besoins des populations sont plus importants que jamais et tendent à croître encore à moyen terme.

Dans une note élaborée pour le think tank LISA, Jean-Marc Coursier, Christophe Lannelongue, Stéphane Le Bouler et Patrick Pessaux nous font part de leurs réflexions quant aux actions à mener pour créer un choc d’attractivité, dans un domaine soumis à des contraintes fortes et des niveaux de rémunération insuffisantes, tout en redonnant du sens aux individus et des valeurs aux équipes. Car, comme le disent les auteurs, « l’hôpital n’est pas une organisation comme une autre : s’y ajoutent le sens de l’humain, les relations aux malades et aux familles, le rapport à la maladie et à la mort… »

Des propositions liées à la formation continue et aux contraintes horaires des professionnels de Santé

Ils citent notamment comme exemples à suivre, la remise à plat des plannings réalisée au Royaume-Uni, au travers d’un système de coopération initié pour des contraintes plus équitablement partagées. Ils évoquent également la mobilité professionnelle comme levier d’amélioration de l’attractivité des métiers soignants, illustrée par des activités mixtes publiques/privées, « en ouvrant véritablement le chantier des champs de compétences des métiers de la santé et donc en acceptant de répartir différemment ces activités au travers de plus de professionnels, pour ainsi montrer un chemin d’évolutions de carrière larges et diversifiées… »

Mais au-delà des constats et des observations qui parfois peuvent apparaître comme distantes des problématiques de terrain, ils agrémentent ce texte de propositions relatives à la formation continue des professionnels de Santé ainsi qu’à la réduction des contraintes liées aux horaires de travail particuliers qui, pour la plupart peu originales, s’inscrivent dans une pensée pragmatique et vont dans le sens de l’Histoire.

Plus d’IPA sur le territoire et plus d’aides-soignants formés à la gériatrie

En pratique, ils souhaitent développer les passerelles interdisciplinaires et interprofessionnelles, permettre aux aides-soignants, d’une part de renforcer leurs compétences en gérontologie et, d’autre part, d’accéder plus rapidement et plus facilement aux IFSI, surmultiplier le rythme de formation d’infirmiers en pratique avancée (IPA) en assurant la prise en charge des rémunérations durant la formation et en répartissant équitablement leur implantation à une échéance de 10 ans et valoriser fortement les postes qui comportent des contraintes de travail de nuit ou le week-end, tout en organisant une meilleure répartition de ces postes au sein de l’hôpital et avec les professionnels libéraux.

Déconcentrer les responsabilités à l’hôpital public

D’autres propositions concernent, en particulier pour le corps médical, l’accès facilité à des exercices mixtes public/privé ou à des fonctions mieux valorisées de management, d’enseignement et de formation, ou l’assouplissement du cadre juridique et économique de l’organisation médicale pour une meilleure répartition des prises en charge. Les auteurs de cette note souhaitent enfin développer fortement les responsabilités à tous au sein de l’hôpital et les déconcentrer selon le modèle du privé à but non lucratif. Ce dernier item, au périmètre très large selon nous, mérite d’être éclairci. Poursuit-il une volonté de réduire le carcan administratif qui sclérose l’hôpital public ? Prévoit-il de donner plus de prérogatives de gouvernance de l’hôpital au corps médical ? Ou s’agit-il d’un désaveu des mégastructures virtuelles représentées par les GHT ? Peit-être tout à la fois…

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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