Comment la psychiatrie s’est adaptée à la pandémie de COVID-19

mercredi 23 décembre 2020, par Association hospitalière Sante-Marie

La pandémie de COVID-19 a contraint les organisations hospitalières - ou leur a permis selon le cas - à innover pour s’adapter à une situation nouvelle. Afin d’évaluer ces changements dans les institutions psychiatriques, l’Association Hospitalière Sainte-Marie a lancé une enquête auprès de nombre d’entre elles et a recueilli les résultats dans un rapport de synthèse. Si les organisations ont fait preuve d’adaptabilité et d’ingéniosité, certains manques ont été relevés, notamment en hygiène hospitalière. Explications...

Face à la crise épidémique de la Covid-19, et comme l’ensemble des établissements en psychiatrie, l’Association Hospitalière Sainte-Marie (AHSM), acteur majeur de la santé mentale sur le territoire français avec 5 hôpitaux, 3 cliniques psychiatriques, 72 Centres Médico-Psychiatriques, 69 hôpitaux de jour et 21 Centres d’Accueil Thérapeutiques à Temps Partiel, a dû adapter de manière générale l’organisation de ses établissements, en se basant sur des recommandations et référentiels ayant évolué rapidement en mars et avril 2020 jusqu’au pic épidémique.

Un état des lieux des organisations mises en place en psychiatrie pendant la pandémie

Chaque établissement en santé mentale a ainsi dû développer des initiatives organisationnelles adaptées à ses problématiques de prise en charge et à son territoire, ce qui a généré, sur cette première phase de l’épidémie, une multiplicité d’expériences et d’approches organisationnelles pour lesquels une capitalisation étendue est à construire. Dans ce contexte, l’objectif de l’étude Evolu’Psy Covid-19, dont l’instigateur est Guillaume Legrand, Médecin-Chef au CHSM Clermont-Ferrand, est de faire l’état des lieux des mesures mises en place en établissements psychiatriques au cours de l’épidémie, et d’en évaluer la pertinence perçue. Il s’agit, avec le RETEX de la crise COVID-19 dans le secteur de la santé mentale édité par le Ministère de la Santé, la seule étude nationale en France métropolitaine sur les démarches d’évolutions organisationnelles menées par les opérateurs en santé mentale, publics, privés non lucratifs et privés lucratifs.

Une nécessaire adaptation à plusieurs niveaux qu’il faut analyser en profondeur

L’étude repose sur une volonté de capitaliser sur les mesures et enseignements de l’adaptation organisationnelle des établissements, à la fois en analysant la littérature qui a pu les concerner et les guider dans cette adaptation, mais aussi en enquêtant directement sur l’expérience et les enseignements se dégageant de cette adaptation auprès d’un échantillon représentatif des différentes situations vécues selon la région et le statut des établissements. L’étude s’intéresse particulièrement aux adaptations et enseignements relatifs à l’hygiène, la prise en charge médicale, la prise en soin et l’encadrement des soins, ainsi que les fonctions supports, notamment la gestion des ressources humaines et des dimensions financières.

Un travail basé sur la littérature et un questionnaire des acteurs de terrain

Après une analyse bibliographique, ce travail a pris la forme d’une enquête téléphonique auprès d’un échantillon randomisé d’établissements, établi en utilisant la répartition régionale comme principal critère de représentativité. Cet échantillonnage a permis de souligner les différences expérientielles éventuelles liées à l’implantation dans une région plus ou moins sévèrement touchée par la COVID-19, selon une grille combinant des sections quantitatives et qualitatives semi-directives, dans le but d’identifier les mesures mises en place et à en analyser la pertinence. Les résultats de ce travail sont rassemblés dans une publication dans laquelle sont mises en lumière les différentes approches organisationnelles identifiées dans ce cadre en psychiatrie, l’évaluation de leur pertinence par les sondés, et les bonnes pratiques et enseignements sur lesquels capitaliser.

Des gestes barrières difficiles à faire appliquer à des patients de psychiatrie

Dans les établissements interrogés, 1987 patients ont été atteints par la COVID, contre 881 personnels. Il apparaît donc que les patients ont été plus exposés que les personnels, par exemple à cause de la pénurie en équipement de protection, mais la fourniture en matériel ne relevait pas que des établissements seuls, contrairement à l’éducation des patients aux gestes barrières. Le respect des distanciations sociales et autres mesures barrières sont apparus comme un challenge pour les services hospitaliers de psychiatrie. En effet, les patients pris en charge dans les services présentent des vulnérabilités cognitives et comportementales ainsi que des difficultés d’apprentissage pouvant limiter l’application de ces mesures. La crise met ainsi en exergue les difficultés de la psychiatrie à être suffisamment vigilante par rapport à la santé des patients alors même qu’ils en ont le plus grand besoin.

Une ouverture vers un travail à faire en hygiène hospitalière en psychiatrie

Si les établissements n’ont pas suffisamment mis en place de mesures pour repérer les patients à risque, le suivi du risque infectieux chez les professionnels a été effectué dans près de 90% des établissements, et plus de 80% d’entre eux ont mis en place des formations spécifiques à destination du personnel sur les précautions complémentaires d’hygiène. Ces constats ouvrent un chantier très important à notre sens, la promotion de l’hygiène hospitalière en psychiatrie n’ayant, à ce jour, que très peu fourni de données dans la littérature. De façon générale, les établissements ont su développer des stratégies d’adaptation rapides voire innovantes pour imaginer des configurations de soins visiblement bénéfiques aux patients, allant vers des organisations souvent plus individuelles.

Enfin, les établissements psychiatriques français se sont réorganisés de façon très efficace pour ce qui est de la prise en charge des patients et de leur famille et ce quel que soit le mode d’activité. D’autre part, le contexte de restrictions de liberté induit par le confinement relance ici la question fondamentale du droit des patients hospitalisés en psychiatrie, trop peu considérée selon les résultats de l’enquête, même si elle est plmus le fait de la justice que des établissements eux-mêmes.

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