Attestation temporaire aide-soignant : une solution incohérente à la pénurie de soignants !

vendredi 16 octobre 2020, par Bruno Benque

Alors que la deuxième vague de l’épidémie de COVID-19 commence à déferler sur le territoire, les effectifs de soignants semblent très limités en nombre. La DGOS n’a trouvé mieux que de proposer la formation d’aide-soignant en 15 jours pour toute personne non-soignante qui le désirerait. Une incohérence majeure que le CEFIEC et les organisations professionnelles n’ont pas tardé à dénoncer.

À l’occasion des Rencontres RH de la Santé qui se déroulaient les 12 et 13 octobre 2020, la DGOS a lancé une idée de solution au manque d’effectifs dans les services de soins en cas de forte montée de patients atteints du COVID, solution qui ne plait pas du tout aux acteurs de la formation d’aides-soignants.

Le CEFIEC toutes voiles dehors contre la formation AS en 15 jours

L’objet du délit est la volonté de la DGOS, d’après Hospimedia et APM, de mettre en place une « autorisation temporaire d’exercice aide-soignant pour des non aides-soignants », moyennant une formation de seulement 15 jours. Cette décision est jugée inacceptable pour le CEFIEC, qui s’interroge sur les répercussions d’une telle évolution, notamment pour la qualité des soins aux patients. Dans le cadre du « Plan Santé 2022 », le Ministère des Solidarités de la Santé prévoyait une réingénierie des référentiels d’activités des Aides-Soignants (AS) pour faire monter en compétence leurs missions des et rendre leur métier attractif. On peut dès lors s’interroger sur la remise en cause de ce travail de réingénierie pour lequel le CEFIEC et d’autres organisations professionnelles travaillent depuis quatre ans.

Des compétences spécifiques ignorée des décideurs

Les responsables du CEFIEC doutent en effet de « la réelle connaissance des décideurs des métiers des soignants et par conséquent de celui des aides-soignants. Cette décision s’apparente à un véritable mépris du métier. » Réduire à 15 jours une formation un cursus qui se déroule sur 10 mois et faire l’impasse sur le module 3 de la formation, qui encadre « les bases du métier » et comprend 8 semaines de stage encadrés et 5 semaines de cours dispensés par des formateurs semble incohérent avec une bonne prise en charge des patients. « Comment garantir une acquisition efficiente de ces compétences, délivrée aujourd’hui à travers 13 semaines de formation par un apprentissage de 15 jours ? » demandent-ils.

De multiples interrogations liées à la bonne prise en charge des patients

D’autres interrogations ont émergé des rangs du CEFIEC. Quels seraient les profils des candidats à cette formation de 15 jours ? Comment garantir la qualité, la sécurité des soins et la prise en charge des patients ? Qui se chargerait de la formation de ces personnes qui seraient confrontés à des situations complexes ? Quel accompagnement serait proposé sur le terrain à ces « nouveaux soignants » qui intégreraient des services en tension avec des personnels épuisés ? Comment garantir en 15 jours le statut vaccinal de ces candidats alors que 3 mois minimum sont nécessaires habituellement aux étudiants/élèves intégrant les stages ? Autant de questions auxquelles le Ministère devra répondre si le projet de la DGOS est réellement mis à l’étude.

"15 jours pour transmettre la pluralité des savoirs aides-soignants, c’est indubitablement réduire le métier A.S à une triste qualité d’"accessoire du soin". Alors que s’annonce la ré-ingénierie du D.E.A.S, brodé sur la toile de son attractivité qui lui fait défaut, que penser de cette facilité offerte à tout à chacun d’acquérir des compétences, ô combien spécifiques et sensibles, que sont celles de pénétrer l’intimité physique et psychique de nos patients ? Que penser de cette braderie de l’humanisme à ciel ouvert à l’heure où cela devrait être au cœur même de nos préoccupations dans le contexte contraint et anxiogène que nous connaissons tous ? Voulons-nous vraiment endosser la responsabilité morale de confier la vie de nos aînés, de nos malades, de nos proches tout simplement, à des mains non expertes, à des cœurs non éprouvés, à des esprits non aiguisés à toutes les subtilités du soin (et elles sont nombreuses !) ? En soi, nier l’importance d’un recrutement adéquat, d’une formation adaptée et de qualité pour les aides-soignants, n’est-ce pas ici retrouver nos vieux travers de "l’avant COVID19" où subsistait encore l’idée qu’une bonne volonté suffit à soigner... Ouvrir la possibilité de former des A.S en 15 jours c’est ouvrir une double boîte de Pandore, celle de la faute professionnelle, pouvant aller jusqu’à la mort, par défaut de formation et, in fine, de la culpabilité mortifère pour celui qui la commettra. D’une deuxième vague prévue, n’en cherchons pas à en accentuer les roulis et les tubes car le ressac n’en saura que plus amer pour notre "prendre soin" à la française..."
Alexis Bataille, Aide-soignant, étudiant en soins infirmiers (2019 - 2022).

« Accompagner les élèves et non les utiliser pour palier au manque de personnel »

Pour les organisations professionnelles, la pilule ne passe pas non plus. Guillaume Gontard, Président de la Fédération Nationale des Associations d’Aides-Soignants (FNAAS) que nous avons rencontré, « rejette l’idée de former des élèves aides-soignants en quinze jours. Ce n’est pas aux élèves de pallier le manque de personnels. Nous devons accompagner les élèves et non les utiliser. Ils méritent davantage de reconnaissance et non de les mettre en danger. »

On comprend bien le désir des organismes de tutelle d’aller vite alors que la deuxième vague de l’épidémie commence à déferler et que les effectifs de soignants semblent insuffisants pour la gérer. Mais une telle décision, si elle devait être prise serait bien entendu contre-productive. Cela tombe sous le sens.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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