Un nouveau positionnement pour les infirmiers du voyageur

Lors du colloque « énergie soins » du 19 Octobre 2017 à l’hôpital de la Timone, les membres de l’équipe d’infectiologie nous ont présenté leur retours d’expériences sur un protocole de transfert des compétences. Celui-ci a permis d’optimiser les délais de prise en charge des patients en permettant aux infirmiers de réaliser des consultations et par la même occasion de prescrire en collaboration avec le médecin.

A l’occasion du Forum Soignant de l’AP-HM « Énergie soins », Sylvie ALVES, Martine BARRE, Maurin GOSS, D.Philippe GAUTRET, et la cadre de santé Alexandra KOTOVTCHIKHINE, de l’équipe d’infectiologie du centre de santé du voyageur de l’IHU, ont témoigné de leurs expériences du transfert des compétences.

Parcours de soins des patients amélioré et meilleure efficience du système de santé

En effet, depuis le 22 aout 2017, le service a validé au plan national le protocole de coopération permettant aux soignants de développer des compétences et leur expertise dans leur domaine. Depuis la loi HPST 2009, le protocole de coopération est défini comme le transfert d’activités, d’actes de soins, de réorganisation de l’intervention auprès du patient entre une équipe paramédicale et le médecin. Ce protocole, considéré comme un partenariat avec une initiative locale, s’organise nominativement entre un déléguant et un délégué. L’objectif est d’améliorer le parcours de soins des patients et de participer à la prise en charge des maladies chroniques, prépondérante dans notre système de santé. Il s’agit en outre d’adapter démographiquement les professions de santé pour une meilleure efficience du système de santé.

Le pourquoi du transfert des compétences dans le service d’infectiologie

Face à l’augmentation du nombre de consultations - 5000 consultations depuis janvier 2017 -, le service s’est retrouvé confronté à des difficultés relatives aux délais de prise en charge des patients. Pour pallier à cette problématique, le service d’infectiologie a décidé de mettre en œuvre un transfert de compétences entre le médecin et l’infirmier, protocole national validé par l’AP-HP. L’objectif est d’optimiser la prise en charge des patients et le délai des consultations, libérer du temps médical pour l’investir davantage sur des activités de recherche clinique et de veille sanitaire. Les patients entrant dans le protocole sont ceux qui n’ont pas de pathologies. Pour cela, le service est doté de trois infirmiers ayant une formation initiale universitaire « prévention des maladies du voyageur ». Par ailleurs, il est nécessaire de se tenir informer - participation au staff hebdomadaire -, actualiser ses connaissances et être en alerte de façon régulière sur la veille documentaire.

Prescription sous contrôle

Le transfert d’activités entre médecins et infirmiers nécessite un partenariat qui implique une juxtaposition des compétences complémentaires associé à des temps de réflexion collectifs. L’infirmier explique, lors du premier entretien, le déroulement de la consultation, fait un bilan des vaccinations effectuées, prescrit des sérologies de contrôle. En fonction des résultats, ils mettent à jour les vaccinations et délivrent le carnet de vaccination. Le volet vaccination étant fait, il détermine avec le patient son projet de voyage puis l’informe sur les conditions sanitaires du pays - moustique, hygiène alimentaire etc. -. Il finit l’entretien par la prescription des vaccins nécessaires et obligatoires, des traitements anti paludéens. C’est ainsi que l’infirmier s’approprie le rôle de prescripteur dans un cadre bien défini.

Au-delà du rôle propre

« Ce nouveau positionnement est une posture difficile à acquérir, affirme l’un des infirmiers présents, du fait de la relation duelle avec le patient qui peut entrainer un glissement de rôle. Aux yeux du patient, celui-ci peut prendre l’infirmier pour un médecin et le solliciter pour une prescription hors protocole ou pour la notion de responsabilité par rapport à la prescription. » Néanmoins, le protocole de coopération a permis de valoriser les compétences des professionnels de santé et leur reconnaissance, d’élargir leur champ intellectuel, d’harmoniser les pratiques et de favoriser leur autonomie.

Pour conclure, Le Docteur GAUTRET Philippe a affirmé : « cela a permis un changement dans les rapports infirmier/médecin qui n’est plus un rapport de hiérarchie mais de collaboration et d’échange qui induit une remise une question permanente. »

Pascaline DUBREIL, Virginie CIRIO, Gérald SERRET
Étudiants IFCS Marseille


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