Temps collectifs, temps individuels, quelles réalités ?

Dans le cadre de la semaine de l’encadrement 2017 qui s’est déroulée à l’Hôpital Ste-Musse de Toulon sous l’égide de l’Hôpital Renée Sabran, plusieurs acteurs du milieu de la santé sont intervenus sur le thème de la gestion du temps par le cadre. En s’appuyant sur son expérience de militaire, le Directeur de soins Benoit Ducret a abordé les réalités entre temps collectifs et temps individuels.

Le 9 octobre 2017, a eu lieu la journée Renée Sabran organisée par les Hospices Civils de Lyon. Benoit Ducret, directeur des soins / coordonnateur général des soins de l’Hôpital des Instructions des Armées Ste-Anne - a abordé notre rapport au temps dans notre exercice professionnel.

Du temps mythologique au temps militaire
En tant que militaire, il a interpellé l’auditoire en parlant de nos rapport avec notre milieu : « s’il pleut demain, alors nous défilerons demain après-midi ; s’il pleut demain après-midi, alors nous défilerons demain matin. » C’est le temps qu’il fait, qui se mêle au temps qui passe et bouscule toute logique. Il a rappelé d’une manière novatrice que la valeur du temps est subjective, et mêle le temps présent (temps court et du zapping) à celui des temps anciens.

Il a conté l’histoire de Kronos, dieu du temps, et d’Hygie, déesse de la santé, tenant un emblème représentant deux vertus pour le cadre : prudence et vigilance. Hygie interpelle Kronos, père de 24 filles, les heures, personnification de 12 pour le jour, 12 pour la nuit, plus une 25ème dénommée Chaos. Hygie constate que, face à l’augmentation des maladies, les hommes s’organisent et luttent en équipe afin de mettre en place les traitements. Ces équipes sont animées et encadrées par certains d’entre eux dont la mission est SACRÉMENT complexe. Ils sont placés au carrefour des malades, des prêtres, des chirurgiens, des guérisseurs et des scribes qui veulent tout formaliser par des protocoles et des procédures : le temps souvent leur manque. Kronos lui répond alors en trois temps : le temps du malade, celui de l’organisation que doit garantir le cadre, et celui des individus qui œuvrent en son sein.

Comment le cadre articule le temps du malade, le temps de l’organisation et celui des soignants
Le temps du malade (futur patient) est très relatif : celui d’un patient en soins palliatifs n’est pas égal à celui d’un jeune s’étant rompu les os. Il convient que chaque patient, que chaque soignant, en prenne bien conscience. C’est pourquoi les organisations soignantes doivent nécessairement adapter leur fonctionnement, leur temporalité à celles du malade. « Les temporalités institutionnelles sont parfois en conflit avec celles du soin, a-t-il précisé. Elles font appel au collectif que le cadre de santé doit animer, coordonner et synchroniser souvent entre le temps du médecin et celui de son auxiliaire par exemple. » Le bon soin c’est celui qu’on dispense au bon moment bien sûr dans le contexte de l’urgence, mais aussi du réglé. Il faut que chacun mesure le temps dont il dispose et celui dont disposent les autres qu’il convient de respecter. Il existe néanmoins des voleurs de temps, qui, par leurs faits, leurs actions et leurs incapacités à prioriser, perturbent le temps collectif.

« Le cadre de santé est cœur de l’action : dès très tôt - ou pas - le matin, jusqu’à tard - ou pas - le soir », a déclaré le Colonel Ducret. On mesure et on évalue l’action du cadre de santé seulement à l’ombre du temps qu’il passe l’hôpital. Faut-il à tout prix vouloir gagner du temps pour ne pas en perdre afin de respecter les échéances fixées ? La continuité de l’offre de soins repose sur l’organisation du temps soignant : le planning. Le cadre de santé passe son temps à tricoter et à détricoter ce dernier, mais ainsi que le disait St-Exupéry « C’est le temps que tu as perdu pour ta rose qui fait ta rose si importante » (Le Petit Prince).

La nouvelle génération et son rapport au temps
La nouvelle génération, issue des années 90, que tout attire et rien ne retient, dont on dit qu’elle souhaite s’accomplir avant de réussir et ne veut pas perdre sa vie à la gagner. Le temps prend alors une dimension nouvelle et le cadre de santé devra agir auprès d’elle avec agilité. Benoit Ducret a conclu, en citant le Général De Villiers qui a adressé ces mots aux jeunes engagés : « Soyez ouverts aux compromis mais hermétiquement fermés à toutes formes de compromissions. Tenez la position en souplesse mais debout ».

Pour conclure sa présentation comme il l’a commencée, il a comparé le cadre de santé à un félin : souple et manœuvrier afin de saisir le moment opportun. « Etre agile, c’est donc savoir gérer aussi le temps long que l’immédiateté, c’est marier l’extrême patience avec la plus grande vivacité. »

Julie Capel, Véronique Frigière, Mélanie Martinon, Jérôme Fournil
Étudiants IFCS Marseille


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