Maîtres et tuteurs de stage : clinique de leur agir professionnel

lundi 11 juin 2018, par Marjorie Plessis

Infirmière depuis 7 ans et étudiante cadre de santé, je me suis interrogée, dans mon travail de fin d’études en IFCS, sur la clinique de l’agir professionnel des tuteurs et maîtres de stage, auprès des étudiants infirmiers. Je suis partie du constat que la réforme de 2009 a impacté les étudiants et leur prise en charge durant leur stage, illustrée par l’incompréhension des agents sur l’approche par compétences.

L’approche de la clinique de l’agir professionnel, ainsi que son outil d’évaluation, le portfolio, reste encore aujourd’hui, après 9 années, inaccessible pour les professionnels. Certains sont en demande de formation, d’autres non, et la motivation à l’encadrement des étudiants est discutable. A travers mon mémoire de recherche, je me suis demandée en quoi les représentations de la réforme de 2009 pouvaient impacter les étudiants en soins infirmiers durant leur stage. Mon objectif, durant cette recherche, consiste à démontrer l’importance de la collaboration entre les acteurs intervenant dans le processus de professionnalisation des étudiants en soins infirmiers. À travers une méthode clinique de l’agir professionnel, j’ai interrogé tuteurs et maîtres de stage, et ainsi, réalisé une étude comparative.

Un management dans une visée tutorale

L’analyse des entretiens des maîtres de stage révèle que leur rôle dans l’encadrement des étudiants se réalise à deux niveaux : tout d’abord auprès des tuteurs d’un point de vue organisationnel et à d’autres moments, directement auprès des étudiants. L’essentiel de leur activité tutorale semble se faire d’une manière indirecte, rappelant la notion de « travail invisible » selon Bourret (2006) [1]. Le maître de stage va ainsi insuffler dans le service une dynamique d’encadrement qui correspond à sa vision de la fonction tutorale.

Alternant des postures d’accompagnement et de contrôle, on retrouve dans la description de son activité tutorale les notions de « guide, conduite et escorte » telles que développées par Paul [2], à travers son tryptique de l’accompagnement. Il réalise alors cette mission en alternant un rôle de médiateur, de coordonnateur entre les différents acteurs, et de guide auprès de son équipe. La création de nouveaux projets, tels que l’organisation des réunions tutorales et de nouveaux supports d’évaluation des étudiants permettra alors aux agents de mieux cerner les attendus de l’encadrement. En effet, il semble essentiel, pour les sept maîtres de stage interrogés, de créer un livret d’encadrement, reprenant les différentes compétences du portfolio, en lien direct avec la spécificité de leur service de soin. Les résultats réveèlent ainsi que ce dernier influait principalement l’encadrement de l’étudiant de par l’organisation qu’il met en place.

Les postures du tuteur

Le tuteur est un professionnel ayant une expérience dans le milieu du soin, qui lui a permis de développer des « capacités et des compétences spécifiques ainsi que de l’intérêt pour l’encadrement de l’étudiant » (Gonzales-Mange, 2009 [3]). L’encadrement des étudiants passerait alors par la nécessité d’être volontaire à occuper cette fonction, notion que l’on retrouve à travers la totalité de nos entretiens. J’ai questionné les tuteurs afin d’appréhender leur ressenti concernant leur formation, et les conséquences sur leurs pratiques. Le constat était que la formation tuteur permettait de cibler les attendus du portfolio, de la fonction, et de leur structure.

C’est dans cet objectif de compréhension que la création d’outils annexes au portfolio fut réalisée, afin d’aider l’ensemble des acteurs à s’approprier la pratique d’encadrement. Il est alors intéressant de noter que les tuteurs ne sont pas unanimes dans la définition de leur fonction. Pour certains, il est un passeur, pour d’autre il centralise les informations. Cela peut interroger l’harmonisation des formations tutorales, et la façon dont cela impacte la qualité de l’encadrement. Selon Paul (2004) [4], l’image du tuteur serait passé d’un « modèle » à un « facilitateur ». Les tuteurs sont définis par le MDS principalement dans une posture d’accompagnement. Nous retrouvons cette même définition chez les tuteurs lorsqu’ils évoquent leur fonction. L’accompagnement serait un support pour favoriser la réflexivité chez l’apprenant.

La double posture d’accompagnant et d’encadrant semble cependant nécessaire pour certains tuteurs afin de favoriser la transmission des savoirs et la réflexivité, laissant une posture de contrôle au maitre de stage, l’organisation du service étant un élément essentiel à prendre en compte. Ces éléments semblent conforter la nécessaire collaboration du tuteur et du maitre de stage.

Les difficultés des acteurs

Les difficultés rencontrées par les différents acteurs de terrain semblent principalement liées à un trop grand nombre d’étudiants en même temps pendant le stage. Le nombre aurait une incidence sur la qualité de l’encadrement, mais aussi sur la fatigue de l’équipe. L’organisation définie par le maitre de stage, en concertation avec les IFSI serait donc fondamentale. Nous avons vu que la qualité de la communication entre les acteurs du terrain du soin et de la formation, ainsi que d’une bonne compréhension des dispositifs de formation par les différents acteurs, sont des éléments essentiels du bon déroulement du stage. La qualité de cette communication impacte la gestion des difficultés rencontrées avec les étudiants, par un travail en lien et en cohérence. Ces éléments renforcent le rôle du maître de stage qui, de par sa fonction d’interface entre les acteurs et les structures, concourt au bon déroulement de l’ensemble du dispositif de formation.

Les inattendus de l’enquête

Il existe une différence de posture entre les tuteurs de stages et les professionnels de proximité, comme cela a été mentionné lors d’un entretien, les tuteurs ayant plus un rôle de coordinateur et n’encadrant pas toujours les étudiants durant leur stage. Aussi, le rôle des professionnels de proximité serait biaisé par l’affect. En effet, ils auraient tendance à adopter une posture amicale et non professionnelle. De ce fait, les compétences ainsi que le stage seraient plus aisément validées. Pour Barbier, la dimension relationnelle est présente au sein de la fonction tutorale, décrivant cette relation tuteur/tutoré comme une charge « affective », qui est une « composante essentielle du tutorat ». Ainsi, nous pouvons supposer que le tuteur peut se retrouver en difficultés face à la transmission des savoirs, en tenant compte des affects.

Conclusion

La formation infirmière a changé de paradigme en passant d’une logique formative à une logique formatrice. Ce changement a engendré des difficultés pour les professionnels, notions abordées tout au long de ce travail de recherche. L’étude de l’agir professionnel a ainsi rendu possible la prise de conscience de l’importance du tuteur de stage dans l’organisation du parcours du stage. Elle a objectivé également son rôle de centralisation des informations, qui lui permet d’être qualifié d’interlocuteur privilégié avec le maître de stage. La poursuite de ce travail en doctorat permettra de mieux comprendre comment les modèles d’organisation, à travers une étude dans divers services, peuvent influer sur la qualité de l’encadrement.

Lire le mémoire de Marjorie Plessis dans son intégralité.

Marjorie Plessis
Étudiante IFCS
Groupement de Coopération du Pays d’Aix - Aix Marseille Université
Centre Hospitalier Montperrin – Aix en Provence
plessis.lafont.marjorie@laposte.net


[1Bourret, P. (2006). Les cadres de santé à l’hôpital : un travail de lien invisible. Paris : Seli Arlan.

[2Paul, M. (2004) L’accompagnement : une posture professionnelle spécifique. Paris : le Harmattan.

[3Gonzales-Mange, C.(2009, 11). Nouveau programme de formation et tutorat. Objectifs soins. 180, pp.24-26.

[4Paul, M. (2004) L’accompagnement : une posture professionnelle spécifique. Paris : le Harmattan.


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