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Les premiers pas d’un cadre de santé (PART II)

mardi 22 septembre 2015, par Yannick Moszyk

La réalité professionnelle du faisant fonction cadre diffère de celle du cadre de santé diplômé. Pour relier les deux, Yannick Moszyk témoigne de ce cheminement de transformation complexe, fruit d’une maturation réflexive intégrant nouvelles compétences et nouveaux savoirs. Après avoir décrit les méandres de la phase d’apprentissage, il décrit la difficile période de sa prise de fonction.

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Concernant ma sortie d’école de cadre, les attendus étaient conséquents et émanaient tant de la Direction des Soins qui avait choisi de m’envoyer en formation un an auparavant, que de moi-même, soucieux de me montrer le plus efficace possible.

L’appréhension, malgré les savoirs acquis

J’avais, certes, des savoirs théoriques qui s’axaient notamment sur le management, la communication, la supervision, ou encore la qualité et la formation. J’avais certes pratiqué dans des domaines professionnels comme l’organisation, la planification, la coordination par le biais d’actions diverses telles qu’accompagner, contrôler, ou anticiper.
J’étais certes plus sensibilisé à un savoir-être adapté autour du relationnel et de l’écoute, de la pédagogie, de l’analyse, de l’explication, ou encore de la conduite de changement.
Je disposais, certes, d’une boîte à outils professionnels bien fournie comprenant des solutions et méthodes de gestion et d’évaluation ou de benchmarking, cela dans de nombreux domaines tels les ressources humaines, la gestion des risques, ou encore la qualité.
Il n’en demeure quand même que j’appréhendais cette prise de fonction. De plus, l’année passée en formation m’avait fait mieux comprendre tant l’organisation hospitalière (au niveau budgétaire, législatif, juridique,…) que l’évolution, l’efficience, l’efficacité, ou les nécessités de développement et d’optimisation que générait le système de santé. Il n’en demeurait tout de même pas moins que j’avais du mal à comprendre comment j’allais articuler tout cela.

La première expérience

Les situations journalières rencontrées m’ont aidé. Ainsi, elles ont permit, au fil du temps, de travailler et renforcer mes positionnements et postures professionnels. J’ai, chaque jour, continué d’apprendre des situations et des personnes qui m’accompagnaient pour pouvoir adapter, retranscrire, créer voir améliorer. J’ai aussi, au quotidien, fait cet effort de mobilisation des apports de formation. L’opérationnalisation s’est continuée sur ce même double lien théorico-pratique. Au travers du quotidien de travail, j’ai implémenté du raisonnement théorique. Partir du concept d’élaboration psychique m’a apparu comme primordial : m’interroger, à mon niveau, sur ma manière de penser contextuellement a nécessité des efforts pour mieux organiser mon raisonnement. J’étais, jusqu’ici, plutôt centré sur la tâche. Je ne m’interrogeais pas forcement sur les processus psychiques à développer dans le cadre de mes actions. Mais les analyses personnelles de pratiques et de retours sur expérience m’ont permis de conscientiser les opérations cognitives mises en œuvre dans mes activités professionnelles quotidiennes. Cela m’a permis de raisonner de façon plus efficace et mes réponses s’en trouvent désormais modifiées.

Continuer à actualiser mes connaissances

Inclure des notions d’épistémologie à complété cet apprentissage. Par le biais de notions de savoirs sur le schéma opératoire (focalisation, problématisation, extension, argumentation, opérationnalisation, …), je suis ainsi passé à une action optimisée, c’est-à-dire plus pertinente, faisable et robuste. Mon positionnement s’en est trouvé affirmé par ma nouvelle capacité à mieux argumenter et à étayer mes propos par des matériaux de recherches mieux réfléchis. Actualiser mes connaissances dans les multiples domaines que sont la santé publique, la politique de santé, la micro-économie de la santé, l’environnement juridique, ou encore le système d’information m’ont permis de mieux aborder mon nouvel environnement professionnel. Je comprends encore mieux à présent, d’un point de vue local, les logiques et stratégies internes d’organisation et d’évolution de mon établissement. Je sais répondre de façon plus adaptée aux situations, en mobilisant mes connaissances acquises et en développant une analyse plus sensible, plus étayée et spécialisée. Je dispose ainsi de plus de matière pour anticiper certaines évolutions et mieux accompagner le changement. En effet, j’aborde dorénavant mon environnement de travail en me sachant acteur d’un système qui aurait des composantes tant fonctionnelles que politiques ou culturelles.

Implémenter les savoirs aux actions quotidiennes

Ayant pu étudier plus particulièrement la sociologie des organisations, mon inscription au sein du système de travail est moins naïve mais plus subtile. Le jeu des acteurs et leurs logiques de pouvoirs m’apparaissent plus clairement, et je m’en sers pour pouvoir anticiper les situations, comme par exemple dans la conduite de projet ou dans les processus d’amélioration. À ce titre, l’ensemble des enseignements reçus en formation autour de la qualité, de la gestion des ressources humaines, de l’analyse comptable et financière ou encore de l’innovation nourrissent aujourd’hui ma pratique. En les implémentant à mes actions au quotidien, je fais évoluer mes interventions sur le fond, comme sur la forme. Que ce soit pour gérer des plannings ou m’inscrire dans des démarches institutionnelles, je sais utiliser désormais les outils adaptés. J’ai ainsi gagné en rapidité et en efficacité.

Des postures plus professionnelles

Nous parlons désormais, avec mes pairs, un langage commun et nous avons les mêmes bases d’actions et les mêmes approches (par processus notamment). La mise en place, le suivi et l’évaluation des actions s’en trouvent également facilités. J’ai, au travers de tout cela, gagné en initiative, en interactivité, et donc en responsabilité. J’ai pu mûrir professionnellement en expérimentant. L’opérationnalisation est aussi là. Mes postures sont désormais plus soutenues et plus professionnelles. Je me sens plus légitime dans l’exercice de mes fonctions et plus sûr de moi. J’ai gagné en confiance, ce qui s’en ressent pour mes collègues et ce qui permet à leur tour d’avoir confiance dans leur exercice quotidien face à la complexité des situations.

Une maturation en douceur

Depuis maintenant plus d’un an, mon être professionnel s’opérationnalise toujours tout en continuant de se nourrir des valeurs humanistes. Ma personnalité ne change pas mais j’évolue au fil des mois. Peu à peu, je vais vers la confiance et l’assurance. J’aborde désormais l’implication, la motivation du personnel, tout comme la gestion et la prévision des moyens et compétences, avec plus de sérénité face aux équipes. J’ai certes changé d’établissement, pour des raisons de confort et de qualité de vie, mais le contexte reste favorable pour me permettre d’optimiser mes mes compétences autour du métier.
Je continue à approfondir ma réflexion sur mes positionnements de cadre et sur les stratégies à mettre en place pour pouvoir optimiser les résultats attendus. Ce travail d’approfondissement participe là encore d’un processus d’opérationnalisation en développant ma pratique managériale. Il est également source d’enrichissement culturel et de développement personnel.
Ma construction professionnelle continue donc et je peux ainsi mesurer la transformation identitaire qui s’est effectuée en un an. De faisant fonction à cadre de santé, j’ai mûri en formalisant des développements de compétences et de savoirs. Mes nouvelles missions professionnelles viennent en compléter d’autres qui m’avaient été confiées auparavant. La différence réside dans la distanciation qui m’a fait passer d’un désir de bien faire, trop préoccupé par les méthodes et trop dans l’application en action (« la tête dans le guidon » pourrait-on dire pour résumer) à une personnalisation méthodologique réfléchie.

Qu’en est-il aujourd’hui ?

Ce retour n’est pour autant pas celui d’un naïf. J’ai vécu comme tous mes collègues, des situations complexes et tendues. Il y a eu des moments où me conformer à des modèles n’a été d’aucun secours. Les possibilités d’amélioration restaient limitées face aux réalités des situations. Je me suis, certes, servi de ce que j’avais appris pour pouvoir approcher le degré d’expertise lié à mes expériences passées. Il n’empêche que j’ai surtout pris conscience qu’être cadre de santé impliquait une certaine forme d’humilité mis au service du collectif.
Je croîs en mon métier et à ce qu’il peut apporter, je fais confiance aux temps qui se charge d’apporter, au travers de situations, des touches d’expériences qui peu à peu viennent colorer mon être professionnel de sérénité et de qualité. Les réalités professionnelles étant sans cesse en mouvement, qui peut dire de quoi demain sera fait ? Je continue constamment de tenter de m’améliorer grâce aux gens qui m’entourent et grâce aux mobilisations utiles. Je fais parfois usage de serendipité et de rigueur pour déconstruire mes représentations et reconstruire de nouveaux savoirs.
Quoi qu’il en soit, j’effectue ce mouvement dynamique vers l’avant. Je peux encore vaciller, mais je ne peux plus tomber car j’ai appris, par l’élaboration d’un cadre structurant, à marcher d’un pas certain et confiant vers plus de professionnalisme. Ici encore, le concept de professionnalisation a son importance.

Une opérationnalisation désormais légitimée

Même si j’attends ma titularisation, je fais partie d’un nouveau corps social et suis reconnu par mes pairs dans mes nouvelles fonctions. La professionnalisation serait donc aussi ce processus social donnant une place et une reconnaissance au sein d’un corps donné, mais également donnant des devoirs comme par exemple le respect de la réglementation liée à ce corps ou la conformité à une culture cadre dominante.
Quelle que soit mon évolution professionnelle, il sera toujours question d’attendus en matière d’adaptabilité ou de développement de compétences. Néanmoins, par cette expérience fondatrice, j’ai pu légitimer mon opérationnalisation en produisant de l’intelligible autour de ce concept.

J’ai surtout pu poser les bases d’une schématisation, somme toute personnelle, du développement professionnel qui me sera constamment utile durant toute ma carrière.

Yannick Moszyk
Cadre de santé au CH Théophile Roussel de Montesson
yannick.moszyk@hotmail.fr


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