L’œil qui écoute, la main qui parle

La journée Energie Soins, forum des soignants de l’Assistance Publique des Hôpitaux de Marseille se tient chaque année à l’Hôpital de la Timone. Pour cette édition du 19 octobre 2017, l’unité ambulatoire Surdité et Santé mentale Méditerranée du pôle psychiatrie Centre a présenté son activité. Les intervenants ont exposé les difficultés des patients, leur ambition de créer du lien et ont plébiscité le langage des signes.

Les professionnels de l’unité ambulatoire Surdité et Santé mentale Méditerranée placent la communication avec les patients au cœur de leurs préoccupations. Le forum Energie Soins du 19 octobre 2017 fut l’occasion de les rencontrer et de partager leur quotidien.

Au service d’une population isolée

L’équipe, au complet lors de cette présentation, est constituée d’un médecin, d’une psychologue, d’une ergothérapeute et d’une infirmière interprètes ou initiés à la langue des signes. L’unité, dont l’activité ne cesse d’augmenter, a été créée en 2003 afin d’assurer des consultations de médecine générale et de psychiatrie. Un interprète de l’unité et/ou un inter médiateur sourd peuvent également se déplacer à la demande des services de l’APHM. Par la présentation d’une vidéo, l’équipe a exposé les difficultés des patients lors d’une consultation avec un professionnel de santé non formé à la langue des signes. En effet, 80% de la population sourde est illettrée. La lecture labiale permet seulement 30% de compréhension. La parole du patient malentendant ou sourd est biaisée car la famille ne peut pas rapporter fidèlement ce que ressent la personne et risque de privilégier son propre ressenti. Cette posture peut être infantilisante. Se pose également le problème du secret professionnel.

Plus qu’un soin, un projet

Au-delà des consultations, cette équipe dynamique nous a exposé son projet de soins dont l’objectif est de créer du lien et de sortir les patients de l’isolement. Initiation informatique, échanges, activités diverses et ateliers entre personnes sourdes et entendantes de l’entourage proche sont au programme. Le fil rouge de ce projet est la création d’une vidéo. Ce rendez-vous régulier a pour ambition de traduire un poème en langage des signes. L’aboutissement de ce travail nous a été présenté et a suscité beaucoup d’émotion dans l’assistance. L’équipe et les patients sont réellement fédérés autour de ce projet qui crée une cohésion palpable. L’équipe insiste sur le fait que beaucoup de patients accueillis connaissent la structure par « le bouche à oreille ou plutôt le bouche à main ».

En route vers la reconnaissance

Pourtant, ce n’est qu’en 2005 que le langage des signes fut reconnu comme langue à part entière par la loi du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation à la citoyenneté des personnes handicapées. Cette loi a également imposé aux services publics de fournir un accès en langue des signes à tout usager sourd à sa demande. Une circulaire de la DHOS de 2007 a, d’autre part, défini les missions et l’organisation des unités d’accueil et de soins pour les malentendants. Il existe un parcours universitaire, jusqu’au master 2, permettant d’obtenir le titre d’interprète langage des signes français. D’autre part, l’APHM propose une formation à l’accueil des patients malentendants en 2 niveaux.

L’intervention de l’équipe de l’unité ambulatoire Surdité et Santé mentale Méditerranée a sensibilisé l’assemblée à la prise en charge des patients sourds et malentendants et questionne sur les moyens existants dans nos établissements de soins et de fait, sur les difficultés de ces personnes au quotidien.

Rebecca Erudel, Virginie Diassinous, Bastien Deguillame
Étudiants IFCS Marseille


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