L’argument professionnel infirmier : utopie ou nécessité pour le cadre de santé ?

mardi 29 mai 2018, par Sophie Da Costa

Les transmissions écrites sont un élément de la qualité des soins. Mais à qui sont-elles destinées, pourquoi et avec quel objectif ? À l’occasion de mon mémoire de fin d’études à l’IFCS de Toulouse, j’ai souhaité interroger et analyser le risque de disparition des transmissions écrites par les IDE. J’ai identifié le double intérêt qu’elles peuvent avoir, notamment pour valoriser leurs pratiques. J’ai également remarqué qu’en l’absence de recommandation institutionnelle, la prise en compte de ces transmissions par les cadres de santé est personne dépendante. Il est essentiel aujourd’hui que ces mêmes cadres en fassent la promotion.

Les transmissions écrites sont-elles un simple outil concourant à la prise en charge du patient ? L’absence de transmissions écrites a-t-elle une signification et des conséquences ? Existe-t-il un risque de la disparition d’une parole professionnelle au travers du silence dans les écrits ?

Interroger et analyser le risque de disparition des transmissions écrites

Suite à l’étude et aux entretiens réalisés auprès des cadres de santé, l’intérêt managérial vis à vis de la qualité des écrits infirmiers ne semble pas être une actualité de terrain. Ce travail de recherche explore la valeur ajoutée de l’existence d’un argument professionnel écrit, de sa qualité, ainsi que le risque de son délitement voire de sa disparition. Moyen de communication et de coopération, les transmissions écrites ont subi de nombreuses évolutions (informatique, transmissions ciblées, réforme des études, loi du 4 mars 2002, etc.), tout comme la psychiatrie et la profession IDE.

L’ensemble de ces évolutions ont généré des changements culturels mais aussi de pratiques, ce qui semble avoir eu une incidence sur l’aspect qualitatif et quantitatif des transmissions écrites. L’intention de cette recherche est d’interroger et d’analyser le risque de disparition des transmissions écrites en psychiatrie. En se désintéressant de l’argument professionnel IDE, de ses spécificités de langage, ne risque-t-on pas en même temps de disperser, d’effriter, une culture professionnelle et de dissoudre une posture digne de ce nom par un regard nécessaire à la prise en soins holistique du patient ? Alors, pourquoi écrire ?

Le double intérêt de la transmission écrite par les IDE

Historiquement, l’écrit a longtemps été réservé au médecin dans la relation au patient mais aussi du fait de la culture de l’oralité dans la profession IDE. La professionnalisation, l’instauration du rôle propre et la création du dossier patient ont participé au développement de la pratique des transmissions écrites IDE. Au-delà de permettre la continuité, l’efficacité, la qualité et la sécurité des soins portés à la personne, ce travail quotidien a un double intérêt : faire exister le patient en tant que personne mais aussi valoriser le travail de soin IDE. La difficulté en psychiatrie est de mettre des mots sur le travail de relation aux patients, ce qui fait partie intégrante du soin et qui n’est pas forcément prescrit.

La responsabilité du cadre de santé dans la perte d’influence de l’argument professionnel

Lors de notre travail de recherche, nous avons pu constater que la lecture, ou non lecture, des transmissions par le cadre de santé pouvait influer sur la qualité de la production des écrits professionnels. Pour autant, cette activité ne semble pas être un axe prioritaire dans la mission quotidienne du cadre de santé. Néanmoins, lors de nos rencontres avec l’encadrement d’unités de soins, il nous a semblé percevoir une certaine forme de culpabilité dans le non accomplissement de ce travail. Ce qui nous a conduit à nous questionner sur la responsabilité du cadre de santé dans le délitement du langage et des transmissions IDE au sein des services de psychiatrie. Autour de ce questionnement nous souhaitions savoir si :

  • le cadre de santé était impliqué directement dans le délitement des écrits professionnels,
  • la qualité des transmissions écrites serait proportionnelle à la qualité argumentative professionnelle infirmière,
  • le délitement, la dégradation l’annihilation de l’argument professionnel infirmier dépendait de la responsabilité morale du cadre de santé en termes de priorité qu’il se donne pour l’accompagner ou pas.

Un investissement propre à chaque cadre en l’absence de formalisation institutionnelle

Le cadre de santé possède lui aussi une rhétorique qui se construit autour de son éthique, de son parcours professionnel, des relations avec autrui et de son management. Une facette de l’art de sa mission est de développer, de construire et faire vivre un argument rhétorique professionnel et responsable au service de la profession et in fine pour les patients. Par cet engagement au quotidien, le cadre de santé revêt de nombreux rôles permettant de garantir la qualité et la continuité des soins tout comme d’investir sa mission de proximité et de management opérationnel. De plus, en l’absence d’axe institutionnel spécifique sur le sujet, la valorisation de la parole et de l’écrit infirmier va dépendre de son propre investissement.

Comme dit précédemment, nous avons découvert que les cadres de santé interviewés avaient conscience de l’impact de leur action d’accompagnement autour de la lecture et de l’écoute des transmissions sur la qualité de ces dernières. Mais rares sont ceux qui le priorisent. Alors comment le cadre de santé peut-il concourir à la valorisation de l’argument professionnel IDE et cette parole soignante ?

Les pistes qui suivent se présentent comme un livre ouvert qu’il convient d’écrire ensemble et le cadre de santé porte une responsabilité dans la construction d’un discours professionnel responsable et éthique.

Un outil d’évaluation du niveau argumentatif de l’équipe

D’un point de vue opérationnel, l’utilisation d’outils de management et de professionnalisation touchent à la réalisation par tout nouvel arrivant d’un rapport d’étonnement concernant les transmissions écrites infirmières, à la création d’un groupe de travail afin de concevoir un lexique de sémiologie spécifique en lien avec les pathologies prévalentes de l’unité, à la réalisation d’audit dossier interne en collaboration avec les infirmiers, ou au coaching « croisé » entre des soignants ayant développé une expertise en psychiatrie et les nouveaux arrivants. Ces actions ont pour but de développer la démarche collaborative mais aussi de travailler l’esprit critique et l’auto-évaluation des soignants. En parallèle, la présence et la lecture des transmissions par le cadre de santé semble essentiel afin de pouvoir observer, analyser et repérer la qualité et le niveau argumentatif de son équipe.

En même temps, il est important d’inclure et de plaider auprès des instituts de formation, mais aussi des établissements de santé, afin de promouvoir et consolider un mécanisme de positionnement professionnel oral et écrit simple mais efficace. Par ailleurs, rien n’empêche le cadre de santé d’accompagner les IDE à participer à des recherches en soins infirmiers, à des publications d’articles pour encourager et valoriser cette pratique infirmière et ainsi promouvoir l’argument professionnel infirmier.

Consultez le mémoire dans son intégralité

Sophie Da Costa
Cadre de santé,
Fondation Bon Sauveur d’Alby


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