Appliquer la résilience au quotidien

mercredi 30 juin 2021, par Bruno Benque

La notion de résilience est partout utilisée de nos jours, surtout dans le contexte de crise sanitaire. Appliquée initialement sur le champ pédiatrique, elle décrit comment construire un avenir meilleur à partir d’une situation précaire. Dans le contexte hospitalier, les managers sont appelés, souvent de façon non intentionnelle, à développer la résilience auprès des équipes soignantes en contre-balançant notamment les problèmes et les symptômes par une attitude positive et la mise en lumière des qualités des sujets. Une tâche difficile à réaliser mais des plus passionnantes...

Parmi les notions et expressions les plus utilisées dans l’actualité, le terme de résilience est de nos jours très populaire. Et la situation de crise sanitaire lui donne encore plus d’écho.

L’enfance, champ d’application initial de la résilience

Ce terme, emprunté au vocabulaire des chimistes pour décrire les caractéristiques des matériaux, décrit, en sciences humaines, la capacité des personnes à, d’une part, résister aux contraintes et aux accidents de la vie, mais également à repartir de plus belle afin de, dans l’idéal, établir une existence meilleure. Un texte élaboré il y a plus de dix ans par le Pr Michel Manciaux, Professeur de Pédiatrie et de Santé publique, dans la Revue de culture contemporaine « Études », nous permet de cerner les contours de cette notion très complexe si l’on s’y attarde et qui a, depuis près d’un demi-siècle, fait l’objet de nombreuses recherches en psychologie sociale. Et le premier champ d’exploration est bien sûr l’enfance, qui a occupé une grande partie de la vie professionnelle de l’auteur.

Construire un avenir meilleur à partir d’une situation précaire

Il cite notamment les travaux de la psychologue américaine Emmie Werner qui décrit les enfants comme « vulnérables, mais invincibles« . Elle a étudié le comportement de sujets issus de familles en situation précaire et donc considérés comme susceptibles de développer des troubles du comportement. Elle a observé qu’une partie significative de cette population s’en est sortie sans intervention thérapeutique particulière et a évolué en »de jeunes adultes compétents et bien intégrés". La résilience leur permet, ainsi qu’à des enfants handicapés, maltraités ou malades chroniques, de rebondir et de tendre vers un avenir meilleur. Ces sujets sont toutefois dotés de qualités que l’on pourrait qualifier d’innées comme l’estime de soi, la sociabilité, le don d’éveiller la sympathie ou le sens de l’humour.

Mettre en valeur les aspects positifs pour contre-balancer les symptômes

Mais cette évolution est possible également par un changement de regard de la société vis à vis de ces sujets enfermés jusqu’ici « dans leur sentiment d’incapacité, d’impuissance, d’absence d’influence sur leur destin ». Michel Manciaux interpelle les professionnels et les services sollicités pour leur porter assistance de « rechercher systématiquement les aspects positifs, les capacités, leurs ressources » dans le but de contre-balancer les problèmes et les symptômes, « par les qualités et les possibilités, même limitées, même latentes, des personnes en grande difficulté ». Il parle ainsi de l’interaction entre facteurs de risque et facteurs de protection, sachant que quelquefois "le même facteur peut constituer un risque ou une protection, selon le contexte ou le sujet lui-même.

Le projet de Loi Climat et résilience
En écho à la proposition des membres de la Convention citoyenne pour le climat de rehausser à l’article 1er de notre Constitution le principe de la préservation de l’environnement, le Gouvernement a présenté le projet de loi ordinaire portant lutte contre le dérèglement climatique et renforcement de la résilience face à ses effets, plus connu sous le terme "Climat et résilience". Ce texte initial comporte 6 titres : consommer, produire et travailler, se déplacer, se loger, se nourrir, renforcer la protection juridique de l’environnement. Il a été adopté en première lecture par le Sénat le 29 juin 2021, par 193 voix pour et 100 voix contre.

Une notion à développer par les managers de Santé

Dans la période trouble que nous vivons, ces observations font écho dans la pratique managériale. Les membres de nos équipes sont, à des degrés divers, stressés par l’incertitude relative à l’évolution de l’épidémie ou touchés dans leur chair par la perte ou la souffrance d’un proche, infecté par le virus. Le rôle du manager est alors de détecter, « au delà des symptômes et des comportements », les ressources des personnes, de l’équipe, de la communauté et de les mobiliser afin de reconstruire un avenir individuel ou commun. L’auteur évoque alors la nécessité d’une remise en question de certaines « attitudes personnelles, corporatistes, culturelles, institutionnelles ».

Une tâche difficile mais passionnante

Mais ce rôle est d’autant difficile à jouer que le manager de Santé a de nombreuses autres tâches à satisfaire, d’une part, et qu’il doit posséder un sens aigu de l’observation d’autre part. Car en effet, le premier écueil pour susciter la résilience de ses collaborateurs est, nous dit Michel Manciaux, « un manque de rigueur dans l’interprétation des faits observés, amenant à voir la résilience là où il y a seulement déni d’un traumatisme ». Un autre piège consisterait à considérer que les sujets sont capables de se débrouiller par leurs propres moyens et qu’ils n’ont nul besoin d’aide. On touche là à l’habituelle recherche d’équilibre entre une assistance excessive et la promotion de l’autonomie. Mais c’est ce qui rend la fonction de manager des plus passionnantes...

Lire l’article de Manciaux Michel, « La résilience. Un regard qui fait vivre », Études, 2001/10 (Tome 395), p. 321-330. DOI : 10.3917/etu.954.0321.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com
@bbenk34


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