Sur la route du mémoire de cadre...

lundi 18 septembre 2006, par Pascale Mancheron


L'article que je vous propose de parcourir est avant tout le témoignage imagé d'une expérience : la réalisation de mon mémoire de cadre de santé. Il n'a pas la prétention de révolutionner les pratiques de l'initiation à la recherche ; il se veut surtout le reflet fidèle de ma perception émotionnelle de l'exercice. « Quand on voyage vers un objectif, il est très important de prêter attention au chemin. C'est toujours le chemin qui nous enseigne la meilleure façon d'y parvenir, et il nous enrichit à mesure que nous le parcourons ». Cette phrase de Paulo COELHO constitue un préambule essentiel à ma démarche. En effet, j'ai vécu l'élaboration de mon mémoire comme un périple initiatique à plus d'un titre : - cheminement vers l'inconnu, - confrontation au doute et à la peur, - déstabilisation, mesure de mes limites tant physiques que cognitives, - distanciation, - découverte de potentiels insoupçonnés, - richesses des rencontres, - processus de changement identitaire, - fierté d'avoir accompli ce périple. Je me propose de vous guider dans cette rétrospection. Etes vous prêts (es) ? Alors allons y. Suivez moi ...

Avec ton directeur de mémoire tu chemineras

Le directeur de mémoire a constitué sans doute l'une des figures emblématiques de mon périple. J'ai eu la chance de rencontrer une directrice de mémoire que Carl R.ROGERS aurait pu qualifier de véritable passeur ou de médiateur d'apprentissage. Elle a d'emblée instauré un climat de sécurité et de confiance. Elle a fait preuve d'une authentique sollicitude et a eu fondamentalement foi en moi. « Si j'ai foi dans la capacité de l'homme de développer ses propres potentialités, alors, je puis lui permettre de choisir sa propre voie et de se diriger lui-même dans sa formation » [1]. Elle m'a mis au défi de m'inventer moi-même. Elle a su, d'une part, s'éclipser et me conférer cet espace de liberté qui m'a permis de cheminer, de me confronter aux affres de la recherche ; et, d'autre part, elle m'a toujours guidée à la croisée des chemins ou lorsque le balisage du périple s'avérait plus hasardeux. Elle ne répondait pas à mes interrogations : elle m'aidait à poser les « bonnes » questions. Nous étions au diapason... Le voyage pouvait débuter.

A la problématique tu te confronteras

La problématique ? Premier gué à franchir ... La traversée s'annonçait périlleuse. A l'heure où j'écris ces mots, je ne suis pas sûre d'avoir mis à jour la substantifique moelle de la problématique. Je ne mesure pas encore vraiment les errements qui ont été les miens. En fait, trouver le thème de mon mémoire ne constituait pas en soi une difficulté : mon parcours professionnel était jalonné d'expériences ou de sujets qui méritaient réflexion.
Cependant, il convenait d'éviter deux écueils : - le sujet de mémoire n'était pas un sujet d'étude en ce sens où il s'inscrivait dans un processus de professionnalisation et non pas dans un processus de professionnalisme. - l'émergence d'une question de recherche - le fil conducteur du travail- était incompatible avec une recherche de solution à un problème donné (le comment faire ?). En fait, elle devait s'intégrer dans une démarche de compréhension (le pourquoi ?). En outre, la question de recherche « n'a de sens que dans le cadre d'un problème posé, sachant que ce problème n'est bien posé et n'a de sens que s'il est lui-même relié à une problématique » [2]. Voilà, voilà ...Je sens que vous percevez le terrain mouvant ... L'égarement vous guette ... Dans l'élaboration de ma problématique, je me suis enlisée trois fois. Trois fois j'ai réécrit, affiné, modifié cette problématique. Mais j'ai réussi à regagner la terre ferme. Comment ? Ma directrice de mémoire m'a tendu la main, a balisé et éclairé le guet. Pour le reste ...

Le cadre conceptuel tu constitueras

Le cadre conceptuel s'est davantage apparenté à un chemin buissonnier avec un côté grisant et un aspect butinage. Je m'explique. J'ai parcouru de nombreux ouvrages, enquêtes et articles. Tout m'intéressait, me passionnait. Je voulais en savoir plus. J'ai pris les chemins de travers ; j'ai glané des informations çà et là. J'ai emprunté des sentiers en ignorant leur destination. Qu'importait : le voyage était agréable. Jusqu'au moment où je me suis aperçue que je m'étais égarée ... J'avais certes une multitude d'informations mais qu'allais-je en faire ? J'avais perdu de vue le chemin tracé par ma question de recherche ... Ne pas paniquer ... Réfléchir... Se poser les bonnes questions... Il me fallait coûte que coûte retrouver le cap. A l'aide des quatre concepts majeurs qui constituaient ma question initiale, j'ai fabriqué minutieusement une boussole. L'aiguille indiquait résolument le nord. La trame était devant moi. Je l'ai suivie. Les concepts se sont alors agencés comme par magie. Tant est si bien qu'à l'issue du cadre conceptuel, une hypothèse de recherche s'est clairement dégagée.

Pour une méthodologie tu opteras

Je me trouvais désormais à la croisée de plusieurs chemins. Quel mode de recueil de données choisir pour mettre à l'épreuve mon hypothèse ? Nul doute : je devais consulter une carte en l'occurrence le « QUIVY » [3] afin d'apprécier non seulement les atouts et les limites de chaque outil de recueil, mais également la pertinence du choix au regard de la problématique et de la méthode de recherche envisagée. Il convenait d'être vigilante dans la lecture de la carte et l'appréciation des différents paramètres car, une fois engagée sur le chemin, il n'y avait plus de retour possible sous peine de perdre un temps considérable et de mettre en péril la restitution du mémoire dans les délais. Se poser les bonnes questions ... Encore et toujours... Savoir perdre du temps pour en gagner par la suite... Les entretiens semi directifs me paraissaient être les outils les plus opportuns. Qu'à cela ne tienne, lançons nous ... « Minute minute, me dit ma directrice de mémoire. Le chemin te semble aisé mais il est plus sinueux et périlleux qu'il n'y parait. Prends le temps de le baliser, de réaliser un road book et de choisir les personnes qui t'accompagneront ». Un road book ? Quelle idée !!! Mais après tout peut-être avait-elle raison ? Quel pouvait être l'intérêt de baliser les entretiens semi directifs ? Mais oui, bien sûr ... Les questions inspirées du cadre conceptuel allaient constituer les axes d'analyse ! Négliger cette étape, c'eut été me condamner à errer sans fin dans les méandres de l'analyse. Le premier obstacle avait été évité. Qu'en était il du second : le choix de mes compagnons de voyage ?... Autrement dit : quels professionnels solliciter pour les entretiens ? J'aurais dû me méfier de mes a priori. J'ai, à ce niveau, manqué de discernement. J'ai opté pour des personnes issues du même milieu ; en fait, j'aurais dû, au contraire, privilégier la variété des origines. Certes le voyage s'est avéré agréable, mais, la diversité des populations aurait sans doute enrichi les échanges.

Les professionnels tu rencontreras

J'étais sur le terrain. Le road book (guide d'entretien) me sécurisait. J'avais les yeux rivés dessus : impossible de me détacher de lui. Il me semblait que tout se passait à merveille. Mes compagnons se montraient bienveillants et réceptifs. Mais, au fur et à mesure du parcours, je me suis aperçue que j'avais vu de jolis paysages mais que certains étaient restés cachés parce que je n'avais pas pris le risque de regarder par-dessus les murs ou les haies. J'avais pourtant effectué une petite reconnaissance du parcours, mais c'était insuffisant. Pourquoi n'ai-je pas pris le risque d'explorer les silences, de reformuler certains propos ? Sans doute ne me suis-je pas autorisée à « oser »... Je ne remercierai jamais assez ces compagnons de voyage qui ont su si justement évoquer leur métier, leurs aspirations, leurs ressources et leurs doutes. J'aurais aimé être un interlocuteur plus pertinent et plus attentif ... Une autre fois peut être... A un autre voyage...

Le fil de l'analyse tu tireras

Je me trouvais soudain plongée dans un véritable dédale. A chaque fois que je tournais la tête, je découvrais un autre chemin. Les sentiers semblaient se multiplier à l'infini. Tout se brouillait... Que faire de toutes les données recueillies ? Comment les articuler avec le cadre conceptuel ? Je ressentais le besoin de me poser afin d'y voir plus clair. Cela ne servait à rien de s'épuiser à tenter tous les itinéraires ... Réfléchir.... Se poser les bonnes questions ... Prendre du recul... Rester calme ... « Suis le fil d'Ariane » : ma directrice de mémoire n'a jamais été loin dans les moments de doute... Le fil d'Ariane ? Le fil d'Ariane ? Le fil conducteur .... Ma question de recherche !!! Ca y est : j'avais trouvé le fil ... Il était ténu, fragile ... Je l'ai saisi avec précaution. Cerner les axes d'analyse : le fil s'est fait plus solide. Eclairer les données recueillies sur le terrain par le cadre conceptuel : le fil me collait à la main. Je me suis laissée guider. Peut-être y avait-il un chemin plus direct ou plus pertinent. Certainement. J'imagine que les personnes plus expérimentées auraient sans doute opté pour une autre alternative. Mais, vous n'imaginez pas combien ce fil a eu de l'importance pour moi. Il a constitué un vecteur délicat et précieux de compréhension d'une problématique. Tout le chemin parcouru depuis des mois semblait à présent prendre sens.

Le doute tu vivras

Je m'imaginais déjà avoir clos le mémoire. J'étais à la fin du périple. Il ne me restait que quelques kilomètres à effectuer. Et soudain, je me trouvais dans la position de ces marathoniens qui butaient au trentième kilomètre. Je n'avançais plus. Allez, il ne me restait plus « que » la conclusion et l'introduction à rédiger. Ce n'étaient pas les jambes qui flanchaient : c'était mon mental qui s'effritait. Le doute s'insinuait ...Et si tout ce parcours n'avait été qu'une erreur ? Et si je m'étais fourvoyée en chemin ? La peur s'installait. Il fallait se ressaisir. Mais l'environnement ne s'y prêtait guère. Tous les étudiants de l'IFCS semblaient englués dans cette même période de doute. La panique était contagieuse. La rumeur (échec, difficultés, mauvais choix...) effectuait son travail de sape. La ligne d'arrivée si proche semblait soudain inatteignable. J'ai alors senti que quelqu'un me tapait dans le dos et m'encourageait : « continue ! Nul ne peut se substituer à toi sur ce chemin de l'apprentissage. Le travail ne sera pas parfait ; qu'importe ! L'important, c'est le chemin. Il t'appartient. Sois fière de ce que tu as fait. » Ma directrice de mémoire, vous l'aviez deviné... Un déclic s'est alors opéré dans ma tête... La ligne d'arrivée ... J'y arrivais, j'étais au bout...

En anglais tu termineras

Allez encore ces fameux derniers 195 m du marathon ... L'arrivée était prévue en côte. Je me suis battue comme un beau diable avec les liens hypertextes, les normes AFNOR, la table des matières active, les sauts de page justifiés, les fautes d'orthographe à recenser. J'ai sprinté. J'ai jeté toutes mes forces dans les dernières foulées : la quatrième de couverture franco anglaise ... Dix lignes de résumé à traduire dans la langue de Shakespeare ... La tâche se révélait ardue car le mémoire regorgeait de termes très spécifiques ou appartenant à des champs précis. Je n'allais pas baisser les bras si près du but ... Et cette montée qui n'en finissait pas... Une pointe de côté me bloquait la respiration. Soudain, une personne ressource m'est apparue. Elle m'a suggéré de me caler dans sa foulée et d'adopter son rythme. L'air rentrait à nouveau dans mes poumons. C'était gagné !!! J'ai levé les bras au ciel en franchissant la ligne d'arrivée .Je ne connaissais pas mon temps de course et je ne voulais pas le savoir. J'avais réussi : j'étais allée au bout ... C'était la seule chose qui comptait. J'avais relevé le défi, mon défi... Je reprenais mon souffle. Autour de moi, des camarades de promotion récupéraient. D'autres étaient encore sur la route et peinaient. Je suis descendue à leur rencontre et les ai encouragés : pour que ma satisfaction soit totale, il fallait que tous franchissent la ligne d'arrivée dans les délais. Une autre course nous attendait : la soutenance du mémoire. Mais, là était une autre histoire... Voilà, c'est fini... La fin d'un parcours augure de nouvelles perspectives, de nouveaux horizons. L'histoire que je vous ai comptée est singulière, mais certains se sont peut-être reconnus dans ces turpitudes. D'autres imaginent déjà leur périple. Je leur souhaite de belles rencontres et un parcours riche en découvertes, en émotions et en enseignements. Par Pascale MANCHERON, étudiante cadre à l'IFCS de RENNES.

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Sur la route du mémoire cadre...

[1ROGERS C. -R. Liberté pour apprendre ? Dunod, 1969.

[2PATIN B. Guide mémoire. IFCS du GREFOPS, promotion 2005/2006.

[3QUIVY R., VAN CAMPENHOUT L. Manuel de recherche en sciences sociales. Dunod, 1998.


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