Devenir cadre de santé ou le parcours d’un étudiant cadre de santé en formation

lundi 13 octobre 2008, par Jean Dominique Faucille

Il y a un an et demi, je faisais ma rentrée en Institut de Formation des Cadres de Santé. Cette décision n’était pas le fruit du hasard, j’y pensais depuis plusieurs années déjà et mon choix avait été grandement facilité grâce aux encouragements du cadre supérieur de mon service de l’époque et de la Direction des Soins.

Une démarche tutorale

J’ai eu ensuite la chance de bénéficier du système de tutorat mis en place par l’établissement et il n’est d’ailleurs pas inutile de rappeler aux aspirants étudiants cadres la façon dont cela fonctionne. Lorsque votre demande aura été acceptée par le Directeur des Soins une liste de tuteurs pour candidats cadres vous sera remise. Chaque groupe se compose de trois ou quatre personnes, cadres et cadres supérieurs du centre hospitalier. Ils sont à même de vous guider, de vous aider à préciser votre démarche tout en vous préparant au concours d’entrée à « l’Ecole des Cadres » et à tout d’abord vérifier que votre vœu le plus cher est en adéquation avec vos capacités. Ils vous proposeront ensuite de travailler sur des études de textes, en particulier sur la façon de mener à bien la rédaction de devoirs sur table. Ceux ci permettent aux correcteurs de mesurer votre capacité de réflexion, d’analyse et de synthèse, la perception et la compréhension que vous avez eu de l’article. Il peut émaner de revues de soins, de sujets proposés à un concours précédent et avoir été rédigé par des sociologues, des médecins, des cadres supérieurs …. Il s’agit alors d’apprendre à soigner tout particulièrement l’introduction, le développement et la conclusion de votre écrit. Cette aide est très précieuse car les professionnels qui composent ces groupes connaissent bien le parcours pour l’avoir expérimenté avant vous.

Affiner ses motivations

Cet apport allié à ma préformation en IFCS ainsi qu’à la mission de faisant fonction cadre qui m’avait été confiée se révéla très formateur, présentant l’avantage d’allier la pratique à la théorie. Cela m’a vraiment permis de moins appréhender ensuite la prise de fonction et la rencontre avec la future équipe car j’avais déjà une expérience du terrain. Passer du rôle de collègue à celui de supérieur hiérarchique n’est en effet pas simple et nécessite un temps d’adaptation, plus ou moins important selon la personnalité de chacun. J’ai ainsi pu comprendre et définir plus précisément mes motivations, cerner davantage à quoi correspondait vraiment mon envie d’être cadre de santé. J’allais par la même occasion pouvoir réfléchir à quel type de « manager » je pensais devenir.

Même si c’est une vérité de la pâlisse, reprendre des études est un vrai challenge, surtout lorsque comme moi, on a quitté le circuit scolaire depuis longtemps et j’avais été mis en garde par rapport à l’investissement non négligeable que cela représentait, à la parenthèse qu’il allait falloir accepter d’ouvrir dans ma vie de famille. Cela étant posé, j’ai eu la chance de faire partie d’un groupe d’étudiants de tous âges venant d’horizons divers, allant des manipulateurs radios en passant par les infirmiers D.E, psys ou encore les puér (entendez puéricultrices) pour n’en citer que quelques uns. Il s’agissait réellement d’une chance car ce groupe avait une particularité des plus appréciable, celui de posséder l’esprit d’équipe, le sens de l’entraide, de savoir rechercher le consensus pour atteindre un objectif commun. Force fut de constater que nous n’étions pas en compétition mais bel et bien prêts à nous unir et à ne laisser personne sur le bord du chemin.
En y réfléchissant à posteriori, cela correspond assez bien me semble t-il à ce qui permet à chacun des professionnels que nous sommes de faire partie d’un collectif de travail où la dynamique de groupe n’est pas un vain mot.

La formation

Et puis surtout, je ne suis pas prêt d’oublier le premier jour de rentrée et l’accueil qui nous fut réservé par la Directrice. Elle nous félicita d’avoir réussi le concours d’entrée tout en insistant particulièrement sur les capacités de chacun d’entre nous à mener notre projet à terme et cela se révéla très aidant, en particulier lorsqu’il arrivait parfois que nous soyons découragés par l’ampleur de la tâche, découragement qui ne durait fort heureusement que très peu de temps.

Chacun des modules abordés ensuite, alliés à des travaux en sous groupes nous ont réellement permis de développer nos compétences et d’en acquérir de nouvelles, nous ont entraîné à devenir des décideurs. La concentration, l’attention se sont retrouvés amplifiés grâce à des intervenants qui la plupart du temps pariaient sur l’inter activité plutôt que sur les cours magistraux. Le maître mot était « favoriser la participation de tous », l’apprenant étant acteur de sa formation.

Il n’est pas si évident d’y parvenir en fait, ce que je pus vérifier lors d’une intervention que je devais réaliser en IFSI durant le module Fonction de Formation auprès de 300 étudiants de première année. Un challenge de 2h consistant à préparer le support de l’intervention et à tout mettre en œuvre pour que ma présentation soit attractive, que l’ensemble ne soit pas soporifique tout en tentant de démystifier par la même occasion certaines idées reçues sur la psychiatrie. Autant dire que l’on ne regarde plus jamais ensuite un intervenant de la même façon. Mon but premier était de donner envie aux futurs diplômés de grossir les rangs de ceux qui s’engagent dans cette noble entreprise. La meilleure récompense fut pour moi de pouvoir également répondre à l’issue du « cours » à ceux qui restèrent durant la pause pour me demander des conseils, des idées d’ouvrages à lire …

Les thèmes traités à l’IFCS furent divers et variés : Ethique, Législation, Gestion hospitalière, Communication et Management, Expression voix … sans oublier les terrains de stages, à démarcher soi même, les exposés oraux, les rapports de stages écrits et surtout, la recherche du Directeur de Mémoire, celui qui saura nous guider, nous aider à trouver la bonne méthodologie pour rédiger les soixante pages tant convoitées.

C’est ainsi que j’ai pu vérifier jour après jour que parier sur la valeur et la capacité de chacun, même des personnes avec qui à priori je croyais ne pas pouvoir m’entendre permettait d’engendrer la confiance, non seulement en soi mais aussi envers le collectif de travail.

Un individu, des valeurs, une équipe

Je suis persuadé que l’être humain est unique, donc singulier, original et qu’il ne faut pas perdre de vue cet aspect. En terme de management il est donc impensable de pratiquer la pensée unique pour gérer les ressources humaines. La finalité essentielle de l’encadrement d’équipe consiste à résoudre des problèmes de coopération nés de l’obligation d’atteindre des objectifs qui doivent impérativement être compréhensibles et réalisables par tous. Sans un minimum de capacités relationnelles, le cadre ne pourra pas espérer résoudre des problèmes dans un contexte plus ou moins conflictuel.

Tout cela, je le pensais déjà plus ou moins confusément avant de débuter cette formation, tout est devenu très clair depuis que j’ai pu le formaliser, l’écrire. J’ai d’ailleurs toujours en tête cette phrase de Kant qui représente pour moi la référence ultime. Il ne faut jamais se considérer soi même et autrui comme un moyen mais bel et bien comme une fin [1].

Cela ne commence t-il pas par un partage de valeurs communes, le respect de l’autre, une soif d’éthique ? Cela est primordial pour atteindre le double but de satisfaire à la demande croissante des patients de bénéficier de soins de plus grande qualité, de permettre d’améliorer les conditions de travail des salariés et d’exercer une profession qui a du sens.

Mais, me direz vous, comment assurer une certaine cohésion dans une société individualiste ? L’affirmation de l’individu peut aussi être considérée comme un moyen de mettre en valeur les talents individuels pour construire une organisation collective viable.
Opposer individualisme et collectivité est donc une erreur. Car, comme l’a si bien dît Carl Rogers : « Tout individu est unique et en évolution ».

Finalement, il n’est pas si facile de décrire en quelque mots la richesse de cette année, le mieux étant encore de la vivre par soi même. Alors, permettez moi d’avoir une pensée émue pour ceux qui ont fait leur rentrée en IFCS et qui découvrent à leur tour ce qui fut mon quotidien il n’y a pas si longtemps.


[1Kant E. (1985), « Pour la paix perpétuelle », Presses Universitaires de Lyon,
(1986), « La philosophie de l’histoire », Denoël.


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