Construire une problématique en stage

lundi 10 septembre 2007, par Charlaine Durand

Problématique : le mot est largement employé ces derniers temps dans le langage chez les professionnels paramédicaux, mais c’est très souvent pour désigner un problème.

Pourtant ce mot polysémique pose, lui, bien des problèmes aux formateurs et aux étudiants lors de son explication et de sa mise en application.

Nous allons tenter par cet article d’apporter notre petite pierre à l’édifice pour que la compréhension de cet outil ne devienne pas le but du travail de recherche (travail écrit de fin d’études), mais reste bien une étape dans la recherche [1].

Problématique : la difficulté de ce mot est que son sens est quelque peu nuancé selon le lieu de pensée où il est mis en œuvre.

Ainsi, pour un philosophe, une problématique est un jugement exprimant une simple probabilité (Kant).
En didactique, c’est un ensemble de problèmes concernant un sujet.
Dans le sens commun, problématique s’apparente à douteux « ce résultat est problématique ». Est problématique ce qui nous échappe.

Cette étape qu’est la problématique dans la démarche de recherche professionnelle, telle qu’on l’enseigne dans les IFSI et les IFCS, est autre chose.
Une problématique, ça se construit et nous allons voir comment.

La Problématique.

Problématiser, c’est faire entrer un sujet, un thème dans une problématique en construisant un problème.

Cette construction comprend au moins trois phases :
- L’émergence du thème.
- Une contextualisation du thème
- La problématisation du thème

Nous allons prendre un exemple pour illustrer notre démonstration.
Un étudiant est invité à identifier une problématique d’une situation rencontrée en stage. Que cette problématique lui soit imposée par son lieu de stage ou qu’il la choisisse seul n’a aucune importance. L’important est que cette problématique relève du rôle d’un cadre [2].

L’émergence du thème.

Un constat objectif et détaillé de la situation qu’il se propose d’étudier favorise l’émergence du thème.
C’est une démarche praxéologique (ou inductive). Face à une situation que l’on soumet à l’étude, il convient d’abord de la décrire précisément afin d’éviter toute interprétation subjective. Pour ce faire, il y aura intérêt à utiliser la méthode QQOQCCPP [3] .

C’est aussi le moyen de vérifier que cette situation relève bien de la compétence d’un cadre (pas forcément d’un cadre « de santé » lors un stage en entreprise).

Contextualiser le thème

Il est nécessaire de contextualiser le thème retenu en étudiant les conditions admises pour son existence.
Chaque situation professionnelle est le résultat de contraintes édictées par une législation qui peut être fournie, voire contradictoire, et/ou par des procédures souvent générées par une ou plusieurs théories.

Il faut donc « planter le décor » de la situation.
Dans quel contexte se déroule l’évènement qui est l’objet de l’étude ?
Ce contexte peut être
- social (démographie de la population, pénurie des soignants...),
- économique (déficit de la sécurité sociale, perrenité de l’assurance sociale, recession économique...),
- législatif (en cours suivant le type d’établissement : industrie, PME, administration..., ou le sujet traité précisément : législation relative à la notation des agents de la fonction publique, par exemple), propre à cette industrie (un bref historique peut aider à comprendre la situation...)
Il faut que ces éléments soient nécessaires à la compréhension de la situation et amènent un éclairage sur les contraintes imposées au thème.

Pour les mots ou groupe de mots ayant la mauvaise habitude de changer de sens suivant le contexte dans lequel ils se trouvent (mots polysémiques surtout), il convient de fixer le sens que vous voulez utiliser dans un référentiel conceptuel.

Nous sommes ici en démarche inductive : de l’observation d’une situation concrète, nous passons aux concepts ; des faits, nous passons aux lois (théoriques et/ou législatives).
Cela a pour conséquence de faire entrer une situation observée dans l’abstraction.

Cette démarche inductive concoure à l’élaboration d’un cadre, appelé cadre référentiel (conceptuel + théorique + législatif). Ce cadre référentiel contiendra les postulats sur lesquels le chercheur va s’appuyer pour la poursuite de son travail.

Ces différents éléments du cadre ne doivent pas rester statiques, exposés successivement ou existant l’un à côté de l’autre. Les liens entre eux doivent être mis en évidence pour faire comprendre la complexité du thème et identifier les limites que ce cadre référentiel impose aux acteurs de la situation décrite.

Contextualiser, c’est proposer de faire émerger la réalité dans laquelle le thème se déroule.

La problématisation du thème

Problématiser est une démarche qui va construire la problématique.
Une fois ce travail de contextualisation réalisé (constat + cadre référentiel) , il est nécessaire d’avoir recours à la démarche déductive (appelée encore démarche problématique) pour pouvoir structurer son point de vue sur le thème traité.

En prenant les éléments des principes énoncés et des lois actuelles, on analyse les conséquences de ces dernières sur la situation étudiée pour déterminer quelle serait la situation attendue, normale ou « normée ».
Exemple :
- « D’après la législation (Article... de la loi...), les normes sont posées ainsi :... »,
ou
- « Selon la théorie avancée par ..., l’organisation de ... devrait être prévue plutôt de telle façon... »

Entre cette situation « normée » et le premier constat relevé en stage, va apparaître un ou plusieurs écarts. Ils constitueront les bases d’une problèmatique.

Autant de fois qu’il le sera nécessaire, le cadre référentiel s’enrichira de données utiles à la compréhension du sujet et à la démarche de recherche. De la richesse de son contenu (tant qualitatif que quantitatif) dépendra la pertinence de la problématique. Car une problématique est un processus dynamique, évolutif donc, au contraire d’un problème qui lui est statique.

La problématique va donner l’axe de recherche en identifiant un problème pertinent.
Ainsi solidement déterminée, elle pourra aussi bien permettre de résoudre une contradiction que d’élucider un paradoxe, ce que ne pourrait faire une simple résolution de problème.

En conclusion

Il est à noter deux choses qui ont pu surprendre le lecteur :
- il est utilisée une méthode de résolution de problème (QQOQCPCP) pour décrire une situation afin d’entrer dans une démarche de problématisation.
- A aucun moment, il n’est abordé la résolution d’un problème, car vous l’aurez compris, le but de la construction d’une problématique est de construire le problème qui va être l’objet de la recherche.

Dès lors, on comprend plus facilement que la situation de départ faisant l’objet de la recherche peut ne pas partir d’une situation qui pose problème.

On peut en effet mener une recherche pour savoir quels sont les éléments qui rendent possible une situation telle qu’elle est (les actions préventives et/ou correctives mises en place, qui permettent à cette situation d’être dans la « norme »).

Une problématique n’est donc ni le problème qui se posait dans la situation initiale, ni la recherche de solutions à ce problème.

Une problématique, c’est la construction d’une situation « écart » (encore appelée problème quelques fois, d’où la confusion), entre une situation constatée et une situation « normée » (reconnue normale), qui deviendra l’objet de la recherche.

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[2NDRL : Compte tenu du fait que le mot cadre peut prendre ici plusieurs sens, nous allons le mettre en italique lorsqu’il désigne le « cadre de santé » ou « une personne ayant un rôle d’encadrement d’équipe », tout au long de l’article dans un souci de clarté.


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