Trois leviers pour améliorer le bien-être au travail

mardi 8 novembre 2016, par Bruno Benque

Le bien-être au travail est un processus relevant autant de l’environnement que des individus. Selon Laurence Saunder, dirigeante de l’Institut Français d’Action sur le Stress au (IFAS) que nous avons rencontrée, les salariés peuvent, à partir d’exercices simples, améliorer leur ressenti vis à vis de leur situation de travail. Reste que le manager de terrain tient un rôle essentiel dans l’évolution de la santé psychologique de ses collaborateurs.

Cadredesante.com : Comment l’Institut Français d’Action sur le Stress (IFAS) intervient-il auprès des entreprises ?
Laurence Saunder : L’IFAS est une structure qui évolue en tant que conseil auprès de grandes sociétés privées dans le but d’améliorer le bien-être au travail des salariés tout en maintenant un bon niveau d’efficacité collective. L’idée est d’appréhender les risques psychosociaux spécifiques à chaque entreprise et de proposer des facteurs protecteurs. Notre plus-value est de mettre en place des projets de prévention, à partir de l’identification des facteurs de stress.

Des répercussions très manager dépendantes

CDS.com : Travaillez-vous de temps en temps dans le secteur sanitaire ?
L.S. : Nous n’avons pas une connaissance significative de ce milieu mais nous mettons en place, au sein des entreprises avec lesquelles nous travaillons, des processus de mesure du stress qui pourraient être cohérents avec ce que vivent les soignants aujourd’hui. Il est évident que les réorganisations qui ont été instituées dans les hôpitaux notamment ont pu agir sur le stress des soignants. Mais je dois dire que les répercussions sur les salariés, à l’hôpital comme dans les autres secteurs, sont très manager dépendantes.

CDS.com : Quels sont les secteurs les plus touchés par ce phénomène ?
L.S. : Il n’y a pas à proprement parler de secteur plus touché qu’un autre. En fait, le stress et le bien-être sont des notions subjectives. Ce qui fait qu’un salarié se retrouve en situation de stress au travail provient de sa perception du rapport contraintes/ressources dans la durée. Si c’est ponctuel, ce n’est pas très grave en soi. Le problème survient lorsque ce débordement s’installe dans la durée. On a pu s’apercevoir, dans notre expérience, que ce phénomène n’est pas forcément lié à une profession ou à un secteur d’activité.

Un chef de service bienveillant a un impact positif certain

CDS.com : Comment l’environnement agit-il sur la santé des salariés ?
L.S. : Pour vous donner l’exemple d’une profession de santé, l’infirmière de santé au travail par exemple, on observe une difficulté à mettre de la distance par rapport aux problèmes que rencontrent les agents de l’entreprise, avec un impact émotionnel fort. Nous agissons de façon à ce que ces infirmières ne prennent pas toutes les contraintes venues de leurs patients afin qu’elles prennent du recul et appréhendent mieux leur temps de travail. D’autre part, pour avoir réalisé quelques missions dans les hôpitaux, nous avons observé comment certaines stars médicales interagissent avec les personnels soignants. Lorsque le chef de service agit avec bienveillance envers les équipes soignantes, cela a un impact positif, c’est certain.

CDS.com : L’IFAS actionne trois leviers pour améliorer le bien-être au travail. Quels sont-ils et comment vous y prenez-vous ?
L.S. : En fait, à environnement équivalent, une partie du bien-être au travail dépend de chacun d’entre nous. On a tous en nous la capacité de développer sa propre satisfaction. Cela peut paraître dérisoire mais il est essentiel de prendre quelques minutes par jour pour identifier ce qui a été positif durant la journée de travail, ce qui n’est pas si simple. Et le bien-être peut découler de cet entraînement pour une première prise de conscience. Des études scientifiques ont montré que tout être normalement constitué ressent entre 60% et 70% d’émotions positives, un taux qui tombe à 50% pour une personne anxieuse. Le problème est qu’en France on n’a pas appris à voir les choses qui vont bien, c’est culturel. Mais notre plasticité neuronale nous donne 40% de marge de manœuvre pour pouvoir progresser sur ce point.

Nous sommes des animaux sociaux et nous nourrissons du regard des autres

CDS.com : Quels sont les deux autres axes de travail permettant de prévenir les RPS ?
L.S. : Tout d’abord, il faut arriver à développer des relations positives avec son entourage professionnel, selon un processus de donner et recevoir de petites attentions au quotidien. Mais cela doit se faire avec une vraie curiosité, un vrai intérêt pour l’autre, sans toutefois rentrer dans la vie personnelle. Nous sommes des animaux sociaux qui nous nourrissons du regard des autres. Le troisième axe consiste à visualiser des satisfactions futures en se fixant des objectifs très concrets et réalistes pour développer une impression d’utilité envers la collectivité.

CDS.com : Ces initiatives individuelles sont-elles efficaces au sein de tous les environnements ?
L.S. : Il est évident qu’une posture managériale qui entretient un environnement positif est essentielle pour favoriser ces initiatives personnelles. Elle permet, dès lors, de les rendre plus efficaces dans l’accomplissement de leurs tâches. La recherche commence à le démontrer, ce n’est pas en augmentant la contrainte et la pression sur les collaborateurs que l’on obtient le meilleur d’eux-mêmes. Le problème aujourd’hui est que les managers, aujourd’hui, et particulièrement dans le domaine de la santé, est souvent coincé entre le marteau et l’enclume. Mais cela n’empêche pas, toutefois, d’entretenir une position bienveillante envers ses collaborateurs, même si c’est compliqué pour eux dans des situations où ils n’ont plus la capacité à prendre du recul sur les événements. C’est tout l’enjeu des relations futures entre les managers de terrain et leurs collaborateurs.

CDS.com : Pour finir, on peut dire que le bien-être au travail pour tout le monde est une notion utopique…
L.S. : Effectivement, et je dirai même que l’on ne peut pas obliger quelqu’un à se sentir bien dans son travail. Il ne faudrait pas entrer dans un processus normatif, une sorte de dictature du bonheur, visant à l’imposer à toutes les composantes de l’entreprise. Il s’agit juste de développer ce bien-être de manière collective afin de prévenir notamment les RPS.

Propos recueillis par Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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