Cadres de santé

Quid de l’infirmière coordinatrice en Ehpad ou en Ssiad

mardi 1er avril 2014, par Valérie Hedef-Capelle

Pas toujours bien connue ni reconnue dans sa fonction, sans véritable statut officiel, l’infirmière coordinatrice exerçant en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) ou en service de soins infirmiers à domicile (Ssiad) est pourtant bel et bien un maillon indispensable au sein de ces structures. Retour sur cette fonction de management de proximité très stratégique en plein essor.

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Également appelée « infirmière référente » (Ider), l’infirmière coordinatrice (Idec) en Ehpad ou en Ssiad se situe à l’interface du sanitaire et du médico-social, dans une démarche qualité visant à optimiser le suivi et l’accompagnement au quotidien des résidents en intégrant les différentes composantes du soin. Rattachée à la direction et en collaboration avec le médecin coordonnateur, l’Idec est responsable de l’organisation, de la coordination et du contrôle des activités de soins dans leur globalité.

Dans les faits, être Idec nécessite d’incarner une posture de cadre intermédiaire. Cette fonction de management de proximité suppose de « savoir gérer le budget de soins mais aussi les conflits existant avec les familles et/ou au sein de l’équipe, tout en valorisant l’intérêt de la personne âgée », explique Richard Capmartin, directeur associé de Rc Human Recruitment, cabinet de conseil et de recrutement des professionnels de santé.

Des missions multiples et de plus en plus complexes

Aujourd’hui, la présence des infirmiers référents ou coordinateurs est devenue une condition quasi-indispensable au conventionnement des Ehpad [1]. D’ailleurs, leur nombre ne cesse de s’accroître du fait de la dynamique qui s’opère actuellement dans le secteur médico-social et notamment de la hausse d’ouvertures d’établissements [2]. Mais paradoxalement ils ne sont tenus par l’obligation d’aucune formation complémentaire et n’ont aucun référentiel métier précis [3]. En dépit de ce cadre d’exercice qui demeure donc assez flou, on peut néanmoins souligner que leurs missions sont multiples et de plus en plus complexes. Aujourd’hui, la fonction évolue en se détachant du soin et en se rapprochant d’une fonction cadre et s’articule autour de 4 axes : la connaissance du secteur gérontologique, les spécificités du vieillissement, le management des équipes de soins et la conduite de projets [4].

Les missions principales de l’Idec concernent ainsi :

  • l’accompagnement des résidents et de leurs familles. Il s’agit de sa participation à l’examen des demandes d’admission et à l’accueil des entrants (première visite notamment), de l’élaboration et de la mise en place des projets de soins et de vie individualisés, de la coordination des soins (travail avec le médecin coordonnateur et les autres intervenants, et gestion des médicaments) - et du remplacement de l’IDE parfois -, de la gestion de l’urgence (mise en place de protocoles, formation du personnel), de l’évaluation des résidents (participation au « girage » et autres codages), de la gestion de la fin de vie (directives anticipées, information de la famille), et enfin, de sa participation au conseil de la vie sociale ;
  • la gestion de la qualité. Ce champ recouvre notamment la mise en place des protocoles (d’hygiène, de nutrition) et leur évaluation, la gestion des risques (prévention des chutes, des accidents, du risque infectieux ou encore de la maltraitance), les déclarations obligatoires (maltraitance, pharmacovigilance, matériovigilance), ainsi que l’évaluation interne et externe ;
  • la gestion du personnel, de l’organisation du planning en passant par la gestion de l’absentéisme, la formation des personnels, l’accueil des nouveaux, l’évaluation des agents, la prévention et la gestion des conflits ou bien l’accueil des stagiaires ;
  • la gestion logistique qui concerne les repas (commandes, respect des régimes, gestion des réclamations), le linge (marquage, entretien, relations avec les familles), l’entretien des locaux (protocoles, traçabilité), le matériel, les produits d’incontinence (gestion, référent) ;
  • la participation à différents réseaux locaux (gériatrique, Alzheimer, hygiène, hôpitaux…).

Cette liste non exhaustive, quelque peu inventaire à la Prévert, montre combien la charge de travail est tout à la fois variée et lourde, ce qui explique que le poste s’adresse à des IDE aguerries ayant déjà un minimum d’expérience professionnelle, notamment en encadrement d’équipe.

Des profils divers… mais une expérience professionnelle et dans le management d’équipe indispensable

Le flou du cadre d’exercice fait que l’on retrouve une variété de profils d’Idec en fonction notamment de la taille et du statut (public, privé, Espic, associatif) des structures. Si le diplôme d’État d’infirmier (DEI) est requis, celui de cadre de santé, tout comme le DU de gérontologie ou le Certificat d’aptitude aux fonctions d’encadrement et de responsabilité d’unité d’intervention sociale (Caferuis) demeurent facultatifs comme indiqué ci-dessus. Reste qu’une expérience en gériatrie et/ou dans le management d’équipe est la plupart du temps exigée. « Très souvent, une évolution en interne est proposée lorsque la direction pressent chez l’une de ses infirmières une prise d’initiatives, de la polyvalence, une participation manifeste à la vie de l’institution, une connaissance du groupe et des process ou encore l’envie de prendre des responsabilités », précise Richard Capmartin. C’est le cas par exemple de Maryse Lierre, Idec sur un Ehpad privé de 60 lits : « Après avoir fait de l’encadrement en service de chirurgie – où j’avais suivi au préalable une formation en encadrement (non diplômante) – puis avoir travaillé dans un Institut de formation des aides-soignants (Ifas), je désirais avoir un poste plus centré sur l’humain et le relationnel. Je me suis donc orientée vers un Ehpad où j’ai bénéficié de la formation spécifique d’Idec du groupe dans lequel je travaille actuellement. […] J’ai depuis le statut cadre ». N. C. [veut garder l’anonymat] a un profil différent mais l’envie d’un contact relationnel fort prévaut là aussi sur ce choix de carrière. Après avoir exercé comme cadre de santé en soins palliatifs aux côtés de soignants en souffrance, celle-ci a décidé de réorienter sa carrière dans le médico-social « pour travailler auprès du grand âge » car « toujours attirée par les personnes en état de grande vulnérabilité ». Elle exerce aujourd’hui dans un Ehpad public de la région parisienne de 131 lits et encadre plus de 70 personnels en équivalents temps plein (ETP). Pour sa part, cette dernière insiste sur la nécessité de « passer par un cursus de formation » ce qui donne « de la légitimité » et « d’avoir de l’expérience dans l’encadrement » du fait, entre autres, « des risques psychosociaux permanents pour les personnels » et « du positionnement très complexe pour les soignants ».

En effet, être Idec nécessite de connaître et de maîtriser un certain nombre de notions en lien avec les évolutions du paysage gérontologique (enjeux gérontologiques actuels et à venir, conséquences sanitaires du vieillissement de la population…), l’environnement légal des Ehpad (règles du conventionnement tripartite, organisation des autorités de contrôle, outils de la loi 2002-2 du 2 janvier 2002), la législation et la réglementation (fondements en matière de droit du travail et de convention collective, règles relatives au secret professionnel, au secret partagé, notions de responsabilité civile et pénale dans cet environnement professionnel…), et bien sûr avec les fondements du management (outils, techniques, notamment la conduite de projet pour l’évaluation externe par exemple…).

Quelles compétences requises ?

Au vu de la complexité et de la multitude des missions qui lui sont dévolues, l’Idec exerçant en Ehpad ou en Ssiad doit justifier d’un certain nombre de compétences clés : « Savoir faire déjà, comme mettre en œuvre les objectifs fixés par la direction, avoir des capacités organisationnelles ainsi qu’une capacité de travail élargie à l’hébergement (et pas seulement aux soins), être pédagogue, courageuse et persévérante, à l’aise avec la traçabilité, savoir travailler en équipe et s’y positionner, s’approprier les process, les projets, avoir le sens de l’accueil, du détail, donc de l’observation, avoir un regard critique sur l’activité surtout face aux réclamations des familles, avoir la volonté de « tirer vers le haut », donc de l’exigence, mais aussi savoir être, ce qui suppose disponibilité, écoute, empathie, objectivité, équité, remise en question, simplicité, humilité, dynamisme, bonne humeur, bonne communication…, et surtout être le bras droit du directeur », souligne Richard Capmartin. « Il faut avoir des capacités d’encadrement mais je pense que cela n’est pas suffisant. Il faut de la disponibilité pour les équipes, les résidents et leur entourage. Il faut aussi aimer le relationnel, et avoir de l’empathie et de la patience », ajoute Maryse Lierre. Et sa collègue de renchérir : « Il faut des compétences managériales, des qualités humaines, être pugnace et énergique. Il faut aussi ne pas avoir peur de ne pas avoir de reconnaissance car il y a tout un pan du travail qui reste invisible ! Il faut enfin être très organisée d’autant plus que l’activité est très fragmentée ».

Question rémunération, celle-ci oscille en moyenne de 30 à 40 K€/an. Mais elle peut toutefois varier fortement selon l’ancienneté, le degré de délégation et de responsabilité, le statut de l’institution, ou des conventions collectives en vigueur.

Interlocuteur privilégié des résidents et de leurs proches, de l’équipe soignante, des intervenants extérieurs, de la direction et des autres services (administratif, animation, cuisine…) s’agissant des soins, l’Idec est donc le pivot qui, dans l’établissement, fait le lien avec et entre tous ceux qui interfèrent à des degrés divers dans la prise en charge des résidents. Un rôle passionnant, très riche sur le plan humain, qui peut à terme pour celles qui en ont envie déboucher sur une direction d’établissement, mais qui exige aussi des responsabilités élevées et une très forte capacité de travail… sans avoir toujours en retour la reconnaissance ou le salaire qui vont de pair !

Valérie Hedef-Capelle

Article réalisé en partenariat avec RC Human Recruitment, Richard Capmartin, directeur associé

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Nouveau : Un DU « Infirmier référent d’Ehpad et de Ssiad »

Depuis l’automne dernier, un diplôme universitaire (DU) d’infirmier référent exerçant en Ehpad ou en Ssiad a été initié par l’université Paris-Descartes avec la collaboration de DomusVi, 3e groupe privé d’accueil et de services aux personnes âgées qui gère notamment près de 200 Ehpad.

Cette formation diplômante, qui a accueilli sa première promotion en décembre – près de 33 inscrits –, se décline sous la forme d’une formation théorique de 112 h à raison de 8 sessions interactives de 2 journées par mois (depuis décembre dernier à juin prochain) et d’un stage pratique de 10 demi-journées en Ehpad, Ssiad, hôpital gériatrique.

Sur la base d’une culture gérontologique, les objectifs de cette formation comprennent en particulier :

  • l’acquisition de compétences managériales ;
  • l’appréhension du positionnement institutionnel de la fonction au sein de l’établissement médico-social ;
  • la maîtrise des principes et des méthodes de la démarche qualité conformément à la législation en vigueur et aux recommandations des organismes de tutelle ;
  • le développement de méthodes de travail favorisant la mise en œuvre du projet de soins.

Compétences visées : ce DU doit permettre « aux étudiants de valider et de valoriser à la fois les compétences spécifiques à cette fonction d’infirmier référent en Ehpad ou Ssiad acquises lors de cette formation, mais également les savoirs antérieurement acquis (pratiques professionnelles, formations…) et d’être immédiatement opérationnels dans leur nouvelle position de référent, en les installant officiellement au cœur des équipes professionnelles ».

Public visé : ce DU s’adresse aux infirmiers exerçant préférentiellement dans le secteur gérontologique et désirant élargir leurs champs de compétences au service d’une institution accompagnant des usagers âgés (domicile ou résidence), dans le cadre de leur projet professionnel.

Sont admis à s’inscrire les titulaires d’un DEI ayant de préférence une expérience professionnelle de 3 ans et en poste d’infirmier référent ou visant à court/moyen terme ce poste.

À noter : une partie des enseignements est coordonnée avec ceux du DU de médecin coordonnateur d’Ehpad.

Pour en savoir plus : Secrétariat pédagogique - Hôpital Broca - Élodie JARD - Sabrina Jollet ; tél. : 01 44 08 35 03/35 17, courriels : elodie.jard@brc.aphp.fr ; sabrina.jollet@brc.aphp.fr

Voir l’article précédent citant Richard Capmartin.


[1Iderco – le blog des infirmières référentes/coordinatrices en établissement gérontologique, de l’encadrement de proximité et du prendre soin en gérontologie : http://iderco.wordpress.com Contact : y.clercq@meslay.org

[2Débouchés : la France compte près de 7500 Ehpad et plus de 2100 Ssiad, soit près de 9600 postes d’infirmiers référents

[3La loi n° 75-535 du 30 juin 1975 relative aux institutions sociales et médico-sociales mentionne le rôle de l’infirmière référente en Ehpad. Et le décret du 26 avril 1999 sur le conventionnement tripartite des institutions gérontologiques incite seulement les établissements à nommer un infirmier référent par structure, cela alors même que le rôle du médecin coordonnateur est bien détaillé

[4Association nationale des infirmier(e) référent(e)s en Ehpad : http://anire.free.fr


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