Cadres de santé

Métiers paramédicaux : des perspectives à la hausse

mercredi 29 avril 2015, par Bruno Benque

Le Rapport que la Direction des Activités, de la Recherche, des Études et des Statistiques (DARES) vient de remettre au Ministre du Travail sur le thème des métiers en 2022 évoque une forte croissance des besoins en métiers paramédicaux. Mais cette prospective est basée sur un scénario de sortie de crise économique, ce qui n’est pas gagné.

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Le groupe Prospective des métiers et qualifications (PMQ), au cours des années 2008-2014, s’est attaché à examiner les perspectives d’évolution des ressources en main-d’oeuvre et de l’emploi par métier à l’horizon 2022. Le rapport réalisé par France Stratégie et la DARES sur ce thème devrait favoriser les travaux de programmation des formations, permettre une meilleure anticipation afin d’améliorer la fluidité du marché du travail.

Trois scénarios liés à l’évolution de la situation économique

Cet exercice de prospective des métiers est décliné selon un scénario central correspondant à une sortie de crise progressive, un scénario « de crise » envisageant une dégradation tendancielle de la compétitivité, et un scénario « cible » de rebond de l’économie française. Parmi les nombreuses filières décrites dans ce document, les métiers de la santé et de l’action sociale, culturelle et sportive bénéficient de perspectives d’emplois très favorables. Employant près de 2,6 millions de personnes en 2010-2012, ces métiers gagneraient 303 000 emplois sur la période 2012-2022 selon le scénario central, soit une hausse annuelle moyenne de 1,1 %, plus élevée que dans l’ensemble des métiers, à l’exception des médecins, pour lesquels le remplacement des départs en retraite n’est pas assuré à cet horizon. Au total, selon le scénario central, plus de 850 000 postes seraient à pourvoir dans les métiers de la santé et de l’action sociale, culturelle et sportive, tous métiers confondus. Cette proportion devrait culminer chez les aides-soignants et les infirmiers, soulevant la question de l’attractivité de certains services ou établissements.

Plus de 300 000 emplois créés dans la santé et l’action sociale, culturelle et sportive

Malgré de fortes contraintes pesant sur les dépenses et sur l’emploi publics, pouvant conduire à une stabilisation des effectifs de la fonction publique hospitalière, la demande de professionnels de la santé, de l’action sociale, culturelle et sportive, soutenue par l’augmentation et le vieillissement de la population ou le développement des soins à domicile. Selon le scénario central, plus de 300 000 emplois seraient créés entre 2012 et 2022 dans ces secteurs, soit une hausse annuelle moyenne de 1,1 % par an. Le nombre d’infirmiers augmenterait ainsi de 1,6 % par an au cours de cette période, le ratio infirmiers / médecins, relativement faible en France, tendant à augmenter, se rapprochant des taux observés dans une majorité de pays de l’OCDE. De la même façon, les aides-soignants et assimilés devraient connaître une forte croissance de leurs effectifs à l’horizon 2022 et devraient bénéficier des besoins croissants en matière de soins et d’accompagnement de la dépendance et d’une évolution de l’organisation des soins en faveur de la médecine ambulatoire et des services de soins à domicile. Les aides-soignants pourraient aussi être davantage impliqués dans certaines actions, notamment d’hygiène et de prévention, en premier lieu dans le secteur médico-social ou l’intervention à domicile.

Croissance et revalorisation des métiers paramédicaux

Au total, après une hausse de 350 000 emplois au cours des deux dernières décennies, les familles professionnelles d’infirmiers et d’aides-soignants gagneraient 195 000 emplois au cours des dix prochaines années, rassemblant plus de 1,320 million de personnes à l’horizon 2022. Malgré la forte croissance des effectifs, la proportion de débutants dans le métier d’aide-soignant resterait modérée (7 %), alors qu’elle est nettement plus élevée chez les infirmiers (12 %) et les professionnels paramédicaux (14 %). Au regard de la réduction prévisible du nombre de médecins à l’horizon 2022, la répartition des tâches entre professionnels, soignants et aides-soignants, pourrait aussi être amenée à se redessiner. Cette redéfinition des tâches pourrait contribuer à enrichir et valoriser certains métiers comme celui d’aide-soignant, métier connaissant certaines difficultés de recrutement qui pourraient s’accroître à l’avenir, notamment dans certains services comme la gérontologie. La construction de parcours professionnels et la mise en place de passerelles devraient faciliter les conversions et améliorer l’attractivité du métier, qui est faible en raison de conditions de travail difficiles.

Ces perspectives, dans un contexte de sortie de crise économique progressive, voir de rebond de l’économie française, restent tout à fait envisageables, en termes de financement des formations nécessaires aux différentes modifications des compétences prévues pour les uns et les autres, ainsi que sur le plan des niveaux budgétaires n"cessaires pour que les employeurs puissent augmenter leurs effectifs. Mais, si d’aventure le troisième scénario envisagé par les auteurs de ce rapport, à savoir la dégradation tendancielle de la compétitivité française, devient réalité, il ne faudra rien attendre de bon à l’horizon 2022, malgré les tendances encourageantes que ce document comporte.

Bruno Benque
Rédacteur en chef www.cadredesante.com
bruno.benque@cadredesante.com


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