Directeur d’Ehpad, un métier « très porteur de sens »...

mercredi 2 juillet 2014, par Valérie Hedef-Capelle

Le directeur d’Ehpad est le responsable légal de ces lieux de vie qui accueillent des personnes âgées aujourd’hui de plus en plus dépendantes. S’il existe un socle commun de missions, l’exercice de la fonction peut sensiblement varier selon la taille de la structure et son rattachement ou non à une association, collectivité publique ou groupe privé. Retour sur ce métier où la dimension stratégique et managériale tend à se renforcer au détriment des missions de coordination et opérationnelles, mais où parallèlement la relation humaine demeure prépondérante.

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Le métier de directeur d’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad) n’a plus grand chose à voir avec ce qu’il était encore au début des années 2000 : « En l’espace de deux décennies à peine, il a subi une métamorphose totale, passant du statut de « gérant d’hôtel ou de pension de famille » à directeur d’Ehpad avec un niveau d’étude supérieur exigé – de niveau 1 ou 2 suivant la taille de l’établissement – par les autorités de tarification et de contrôle », explique Richard Capmartin, directeur associé de Rc Human Recruitment cabinet de conseil et de recrutement des professionnels de santé. En effet, les impacts de plusieurs lois majeures [1], l’exigence accrue d’information à l’égard des personnes accueillies et de leurs familles, l’exigence aussi d’une meilleure conciliation entre projet d’établissement et projets de vie des résidents en tenant compte d’une démarche d’individualisation croissante, mais aussi le mouvement de regroupement entre établissements [2] – qui devrait se traduire par une hausse du nombre d’adjoints permettant la constitution d’équipes de direction – ou bien encore le contexte législatif et réglementaire évolutif et de plus en plus complexe… sont autant d’éléments qui ont fortement fait évoluer les attributions dévolues au métier.

Stratégie, coordination et responsabilité opérationnelle au cœur de ses activités

Les activités de directeur d’Ehpad se répartissent entre stratégie, coordination et responsabilité opérationnelle. Mais celles-ci peuvent varier en fonction de la taille de l’établissement et de son statut (indépendant ou filiale de groupe). Parmi ses missions principales, Richard Capmartin évoque « la gestion du personnel (feuilles de paie, embauches, entretiens annuels d’évaluation…), la gestion des relations avec les autorités de tutelle (ARS, conseil général, siège…), la gestion des relations avec les résidents et leurs familles, la gestion des risques (incendie, hygiène, accident, sorties à l’insu de l’établissement…), la gestion des fournisseurs, de l’entretien et de la mise aux normes des locaux, la gestion financière et comptable (fonctionnement, investissement, personnel…), ainsi que la commercialisation de l’établissement pour maintenir un taux d’occupation le plus élevé possible et ainsi rentabiliser l’activité ». Et ce dernier d’ajouter que « le directeur d’Ehpad est garant de l’absence de maltraitance dans son établissement car c’est l’atteinte la plus grave à la dignité des personnes accueillies ». Outre ces missions, il y a aussi « la rencontre régulière des résidents, de leurs proches et des équipes (…), la gestion de la communication (presse, animations...), la gestion de la qualité avec des audits internes trimestriels concernant chaque secteur » complète Peggy Bozzetti, directrice sur un Ehpad privé de 104 lits.

Conditions d’accès et qualifications

On ne s’improvise pas directeur d’Ehpad. « Les outils pour faire fonctionner un établissement du point de vue comptable et financier sont certainement accessibles et compréhensibles. En revanche, la question spécifique du « management » de la personne âgée dépendante, et donc du personnel qui l’accompagne, nécessite une formation ciblée. Le directeur doit être à même de comprendre ce que sont les soins relationnels prodigués aux personnes âgées dans ce type de structures et quel espace il convient de laisser aux résidents. Connaissant cet enjeu, ce dernier peut alors mieux décrypter les compétences du personnel, même lorsque les soins sont au final peu visibles, […] et ainsi mettre en place une politique qualitative adéquate et, dans le même temps, mieux gérer ses équipes en les connaissant mieux », souligne Richard Capmartin. « Un directeur a aussi besoin de connaissances techniques, sur le réglementaire et le législatif notamment... » poursuit-il.

Le décret n°2007-221 du 19 février 2007 pris en application du II de l’article L.312-1 du code de l’action sociale et des familles relatif aux modalités de délégation et au niveau de qualification des professionnels chargés de la direction d’un ou plusieurs établissements ou services sociaux ou médico-sociaux précise les conditions d’accès au métier.

À ce décret, d’autres conditions spécifiques sont parfois exigées selon le type d’employeur. Ainsi, pour exercer dans :

  • le secteur public hospitalier, les directeurs de maisons de retraite publiques – qui appartiennent à la fonction publique hospitalière (FPH) et font partie du corps des directeurs d’établissements sanitaires, sociaux, et médico-sociaux - doivent passer un concours. Une fois admis, les candidats, nommés stagiaires, suivent une formation de 24 mois assurée par l’École des hautes études en santé publique (EHESP) afin de préparer le Certificat d’aptitude à la fonction de directeur d’établissement ou de service d’intervention sociale (Cafdes) ;
  • le secteur public territorial, il est possible de passer par le biais du concours de rédacteur ou d’attaché territorial secteur médico-social. Un passage par la filière sociale en possédant un diplôme d’assistant social ou de conseiller socio-éducatif ou par la filière sanitaire en ayant un diplôme d’infirmier est aussi possible. L’exercice de la fonction est aussi envisageable en obtenant le Cafdes via la formation continue [3] ou encore, en se faisant recruter comme contractuel ;
  • le secteur associatif et commercial, aucun pré-requis n’est exigé.

Profils les plus demandés

Les titulaires d’un diplôme du secteur sanitaire (infirmiers entre autres...) complété par un diplôme universitaire (de type masters), le Cafdes... restent les profils les plus demandés. C’est le cas par exemple de Peggy Bozzetti qui, après avoir exercé de nombreuses années d’abord comme infirmière (en psychiatrie, bloc opératoire, gérontopsychiatrie), puis comme cadre de santé (en psychiatrie, pédiatrie, en Ifsi et gériatrie), a passé un master 2 Management des organisations du secteur sanitaire et social (MOSS). Désormais directrice d’Ehpad depuis 2012, elle en « est à son 3e établissement au sein du même groupe ». Toutefois, la tendance évolue. Depuis quelques années, les candidats issus de formation supérieure en gestion/management/commercial, ayant une ou plusieurs formations et/ou expériences dans le secteur social ou médico-social sont de plus en plus recherchés, notamment dans le secteur privé lucratif.

Reste qu’une expérience professionnelle de 5 à 10 ans (comme chef de service, directeur adjoint ou cadre de santé), de préférence dans le secteur sanitaire ou médico-social, est la plupart du temps exigée pour occuper ce poste.

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« Le recrutement de collaborateurs motivés et persévérant dans la fonction peut s’avérer difficile » avertit Richard Capmartin, directeur associé de Rc Human Recruitment.

Compétences et rémunération

Le directeur d’Ehpad doit être à même de justifier d’un certain nombre de compétences clés : capacité à diriger des équipes multidisciplinaires, à négocier des conventions, des budgets, des achats, et à piloter des projets (d’établissement, de vie), capacités relationnelles (sens du contact, écoute, discrétion), intérêt pour la personne âgée, capacité à travailler en équipe et à motiver le personnel, sens des responsabilités, grande disponibilité avec les résidents et les équipes, résistance au stress, forte réactivité, rigueur (dans l’application des réglementations de sécurité, des instructions sanitaires, des procédures qualité…)… « Il faut être équitable, savoir prendre du recul, aimer la relation à l’autre, faire preuve d’empathie, mais aussi de leadership, ne pas confondre rigueur et rigidité, savoir gérer les conflits, faire preuve d’adaptabilité et de réactivité… », ajoute Peggy Bozzetti. Quant à la rémunération, celle-ci peut varier fortement selon l’ancienneté, le degré de délégation et de responsabilité, le statut de l’institution, des conventions collectives en vigueur mais aussi selon la taille de l’établissement, ou le type de personnes accueillies. Néanmoins, elle oscille en moyenne « entre 42 et 70 K€ » indique Richard Capmartin.

Eldorado pour l’emploi ?

Les opportunités d’emplois sont aujourd’hui plus nombreuses et devraient l’être encore à l’avenir du fait du vieillissement de la population qui induit notamment la création de nouveaux établissements. « Cependant, attention, bon nombre de postulants « atterrissent » en Ehpad car le secteur se développe et donc recrute énormément. Mais le recrutement de collaborateurs motivés et persévérant dans la fonction peut s’avérer difficile », avertit le responsable de Rc Human Recruitment. Exigeant de fortes responsabilités, des astreintes fréquentes, une gestion des imprévus quasi quotidienne, le métier de directeur d’Ehpad n’est pas un long fleuve tranquille loin s’en faut. C’est pourquoi il ne doit surtout pas être un choix par défaut au risque sinon d’échouer dans cette fonction où l’humain et le sens donné à ses actions prévalent.

Valérie HEDEF
Article réalisé en partenariat avec RC Human Recruitment, Richard Capmartin, directeur associé.

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Les autres articles citant Richard Capmartin :

Entretien avec Pascal Champvert, président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA)

Cadredesante.com : Comment évolue la fonction de directeur d’Ehpad ? Quels sont les profils, les principales compétences requises ?

Pascal Champvert : Le directeur est d’abord une femme (le métier s’est largement féminisé et aujourd’hui les femmes sont un peu plus représentées que la gent masculine) de dialogue, d’écoute, de communication envers les personnes âgées, les familles, les salariés, les intervenants externes… On ne peut travailler en établissement (Ehpad ou Ehpa) que si on s’intéresse réellement à la personne âgée. Le rôle du directeur est de considérer que la parole du vieux a de la valeur, si ce n’est plus que celle des plus jeunes […], un défi dans une société où l’âgisme [discriminations liées à l’âge – NDLR] est mal repéré.

Cadredesante.com : De plus en plus de cadres issus d’autres secteurs d’activité envisagent une reconversion vers cette fonction ? Comment l’expliquez-vous ?

P.C. : Il s’agit d’un métier très porteur de sens et de préoccupations fondamentales comme la relation au vieillissement qui nous interroge tous, la relation à la mort, ou bien encore la relation d’aide aux plus fragiles. Ainsi, il n’est pas rare de voir venir en 2e partie de carrière un certain nombre de cadres, de managers chercher du sens en réinterrogeant leurs propres valeurs d’engagement. Cette appétence et cet intérêt pour la fonction nécessitent cependant une formation (diplômes de niveau 1) qu’ils doivent compléter leurs diplômes étant parfois dans des secteurs assez éloignés. Reste que le manque de moyens dans le secteur domicile-établissement est criant.

Cadredesante.com : Les opportunités d’emplois sont-elles aujourd’hui plus nombreuses ? Et quels secteurs offrent le plus de débouchés ?

P.C. : Le nombre de postes de directeurs d’Ehpad va t-il s’accroître ces prochaines années ? On ne peut l’affirmer. Aujourd’hui, la tendance est clairement à la concentration, à une stratégie de rachat et d’alliance entre groupes commerciaux. À l’avenir, les secteur public et associatif devraient connaître la même évolution. Les structures du type résidences-services devraient augmenter sur des bases de logiques du domicile. À l’heure actuelle, les créations de postes se font surtout dans le secteur commercial. Toutefois, les pouvoirs publics qui ont favorisé cela en reviennent un peu. Il devrait y avoir dans les années à venir plus de débouchés avec un double phénomène de créations de structures et de concentrations-regroupements.

Cadredesante.com : La variété de missions selon le type d’employeur est telle que l’on dit que changer d’employeur c’est parfois changer de métier. Qu’en pensez-vous ?

P.C.  : Ce qui rapproche les directeurs, c’est plus l’objectif de leur travail que la spécificité du lieu d’exercice. Au sein de l’AD-PA, qui rassemble tous types de directeurs, il y a plus de choses qui nous rapprochent que de différences. Ainsi, il n’est pas rare qu’un directeur passe d’un secteur à l’autre. Là où il peut y avoir des différences notables, c’est surtout sur le fait que l’employeur soit un groupe ou bien que la structure soit indépendante. Dans ce dernier cas, le directeur est alors seul aux commandes et, dans un secteur normalisé à l’excès, plus exposé aux risques (d’épuisement professionnel, psycho-sociaux…) et indiscutablement mis parfois en situation fragilisante par certaines autorités de tarification.

Propos recueillis par Valérie HEDEF


[1Principalement, lois sur la décentralisation, loi n°2002-2 du 2 janvier 2002 rénovant l’action sociale et médico-sociale qui oblige notamment les établissement et services à apporter une offre de qualité, et à affirmer et promouvoir les droits fondamentaux des bénéficiaires et de leur entourage, réforme de la tarification des Ehpad, loi n°2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, loi n°2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires (HPST).

[2Fin 2011, on recensait 10 481 établissements pour personnes âgées, dont 7 752 Ehpad, soit 82% des places. Entre 2007 et 2011, le nombre d’Ehpad, créés par la réforme de la tarification, n’a cessé de croître. (Source : Études et Résultats, fév. 2014 ; 877).

[3En formation continue, le Cafdes se prépare sur 24 à 30 mois dans 26 centres agréés par l’EHESP.


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