Cadre de santé : une profession en plein essor

mercredi 24 octobre 2012, par la Rédaction Cadredesante.com

Le statut de cadre de santé s’est aujourd’hui profondément remodelé au point de prendre une place décisive dans les structures de soin. Des ses racines paramédicales à ses branches de spécialités, retour sur une profession en plein essor avec un éclairage de Richard Capmartin, directeur associé de Rc Human recruitment.

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Pour la petite histoire, le statut de cadre date du siècle dernier, de la fin des années 30 précisément, et de la période sombre qui a accompagné la crise de 29. Ces nouveaux postes servaient à ’’faire tampon’’ entre bourgeois et prolétaires, véritable interface pour atténuer les confrontations radicalisées de la lutte des classes... Si le cadre est aujourd’hui censé gérer une équipe et l’encadrer... rapidement, la fonction se perd dans les multiples strates de la hiérarchie. Ainsi le statut de cadre peut être rattaché à des postes qui ne gèrent pas d’équipes alors que d’autre chefs d’équipes ne sont pas considérés comme cadre... Comprenne qui pourra !

 

Les cadres de santé en France

Pour Richard Capmartin, directeur associé de Rc Human Recruitment http://www.rc-humanrecruitment.com, cabinet de conseil et de recrutement des professionnels de santé : « profil aux contours flous, le cadre de santé prend une part de plus en plus importante dans l’organisation des structures de soins, compte tenu de la nouvelle gouvernance (les réformes, la nouvelle culture des approches de la santé, la tarification de l’acte...) observée dans les hôpitaux et des politiques de gestion menées dans les établissements de soins privés. De plus, les convictions du cadre de santé ont évoluées, au cœur du triangle médical/soignant/administratif, il est l’interface entre la hiérarchie et le personnel. Ses tâches se diversifient de plus en plus. Il agit maintenant, à son tour, par délégation et responsabilisation de son équipe. Sa position est véritablement celle d’un manager. De fait, les cadres de santé peuvent occuper aujourd’hui de multiples postes et mettre en valeur des compétences variées en fonction de leur terrain d’exercice. »

Ce statut de cadre de santé attire car il permet de s’ouvrir à de nombreuses fonctions. Il offre en effet une évolution de carrière tout en laissant de l’amplitude à chaque professionnel pour choisir les paramètres de son poste. Aujourd’hui les cadres de santé sont donc plus autonomes et ont plus de responsabilités. Pour faire face à ces nouveaux enjeux, la formation même des cadres de santé vit une mutation. Le cursus est donc modifié en fonction des nouvelles attentes. Ainsi sont mis en avant une plus grande autonomie ainsi qu’un approfondissement des savoirs dans la gestion des ressources humaines. La période de changement des hôpitaux rejoint celle en effet du cursus d’étude qui intègre les IFSI et IFCS dans le parcours universitaire LMD (licence/master/doctorat). Ainsi les IFCS proposeront un cursus de deux ans pour correspondre à un Master (qui se fait également en deux ans). Un nouveau programme de formation devrait être démarrer en septembre 2013.
 

« Manager, organiser, planifier, gérer, argumenter, animer, dynamiser, tempérer... le tout au service de la qualité des soins, voici parmi les missions principales du cadre de santé. Si l’on ajoute un marché de l’emploi accueillant, exercer cette fonction - ou s’y préparer - est source de belles perspectives pour les infirmiers. »

 

Cadre de santé : un profil polymorphe

Pour Richard Capmartin, il est clair qu’une des dimensions importantes à prendre en compte est celle de la nature des structures de soin dans lesquelles travaillent les cadres de santé. « En effet, explique-t-il, les structures publiques auront une définition plus précise du poste alloué alors que dans les circuits privés, comme les cliniques, les spécialités et les expériences du cadre de santé sont davantage recherchées. A ce titre, le poste de cadre pourra prendre des définitions très différentes en fonction des besoins de la structure mais aussi en fonction de ce que le professionnel est capable d’apporter. De ce point de vue, le fait d’être cadre de santé permet de s’affranchir de certaines restrictions conventionnelles contenues dans l’organisation hiérarchique traditionnelle. »

Rappelons en effet que les cadres de santé correspondent à un tronc commun de professionnels du paramédical dont les racines sont les suivantes :

  • professionnels de la filière infirmière : infirmiers, infirmiers de bloc opératoire, infirmiers anesthésiste, puéricultrices ;
  • professionnels de la filière rééducation : pédicures-podologues, masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens, orthophonistes, orthoptistes, diététiciens ;
  • professionnels de la filière médico-technique : préparateurs en pharmacie, techniciens de laboratoires, manipulateurs d’électroradiologie médicale.

Après le tronc commun de la formation de cadre de santé, celui-ci se scinde en branches, ou spécialités, qui vont correspondre à des strates successives de postes allant de l’administratif (incluant des postes de direction) au travail de terrain, ouvrant ainsi le cadre de santé à un éventail de postes diversifiés.
 

FilièreEffectif physique de cadresEffectif physique totalTaux d’encadrementProportion sur l’ensemble des cadres
Administrative 9 356 92 295 10 % 21 %
Soignante et de rééducation [1]24 515 562 544 4 % 55 %
Socio-éducative 419 11 187 4 % 1 %
Médico-technique 2 766 39 002 7 % 6 %
Technique et ouvrière 7 656 90 636 8 % 17 %
Ensembre 44 712 795 664 6 % 100 %

 
Dans le tableau ci-dessus issu du rapport de Singly (Rapport de la Mission Cadres Hospitaliers, 2009), les cadres des filières soignantes et de rééducation et médico-techniques s’associent pour donner les cadres de santé. Ainsi, les cadres de santé représentent 61 % des cadres hospitaliers, auxquels s’ajoutent les cadres administratifs, les cadres techniques et enfin les cadres socio-éducatifs. Ajoutons à cela que sur les 27 300 cadres de santé, 85 % sont des cadres infirmiers et que ces derniers sont en plein essor, avec une croissance de 5 % par an (selon les données ADELI de 2009).

Cette période d’engouement associé aux refontes tant au niveau universitaire qu’au niveau hospitalier que privé renvoie le statut de cadre de santé à une redéfinition de ses rôles. Ainsi, la ligne de carrière initiale des cadres de santé va elle aussi être modifiée pour laisser place à de nouvelles perspectives. « Budgets, résultats attendus, le cadre de santé doit aujourd’hui appréhender le soin en termes de produit en y associant une démarche qualité. Responsable de la gestion des Ressources humaines mais aussi financières et logistiques, il doit se positionner en responsable d’entreprise et doit donc rendre des comptes en termes de résultats et de coûts » souligne Richard Capmartin.

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Source : Organisation actuelle de carrière des cadres de santé.

Cette organisation s’ouvre à une autre forme de spécialisation qui pourrait se résumer en trois points :
 

  • La fonction de cadre formateur

    Les formateurs se sont adaptés à l’évolution du système d’enseignement en faisant évoluer leur posture et les protocoles de guidance employés. Parce que les étudiants cadre de santé devront intégrer une plus grande propension à l’autonomie dans leur pratique professionnelle. Se situant dans le suivi et l’accompagnement, l’évolution des démarches pédagogiques s’inscrivent davantage sur le terrain, mettant ainsi en avant la transmission des savoirs sur ses versants les plus pragmatiques.
    Comme Richard Capmartin l’explicite : « transmettre ses savoirs et ses compétences est souvent vécu comme un second souffle : il s’agit pour soi-même de faire le point sur son expérience et son parcours mais il s’agit surtout de pouvoir partager ses connaissances pour que l’expérience d’une personne serve directement et profondément à d’autres. Dans une certaine mesure il existe peu de différences entre le fait d’enseigner dans un IFSI et participer à la mise en place ou à l’organisation d’un service : il est question d’initier des projets structurants qui construisent un ensemble cohérent à partir d’intentions initiales souvent assez floues. Partager son expérience c’est mettre du concret dans la théorie. »
     

  • La fonction de cadre paramédical de pôle

    Avec la création des pôles hospitaliers une nouvelle spécialité de cadres a vu le jour, les cadres paramédicaux de pôles, CPP. Les fonctions des CPP recouvrent largement celles des cadres supérieurs de santé, dont ils sont issus. Pour ces derniers, la perte d’autonomie est certaine. On peut même clairement se poser la question de l’avenir de cette profession devenue superflue face à l’émergence des cadres paramédicaux de pôle.
    Les CPP tiennent ainsi une position plus administrative que les cadres de santé de proximité. Leurs champs de compétences se centrent autour des problématiques de gestion, de projets de service, de management... les éloignant encore un peu plus de leur cœur de métier : le soin.
    Richard Capmartin l’observe au quotidien : « les CPP mais aussi les cadres supérieurs de santé sont les plus à même de faire évoluer leur poste vers la direction d’EHPAD, de cliniques de soins de suite et réadaptation ou de MCO (médecine, chirurgie, obstétrique), voire le conseil. Devenir consultant signifie pouvoir partager avec d’autres structures le fruit de son expérience, et la complexité des rôles de cadres de santé donne une assise suffisante pour occuper un poste de directeur d’EHPAD. Et plus généralement, avec les techniques de soin, le management, les projets de service, la gestion administrative, l’optimisation des budgets, les cadres gèrent toutes sortes de problématiques et peuvent donc envisager toute forme de postes. »
     

  • La fonction de cadre de santé de proximité

    Une multitude de fonctions à intégrer en un seul poste, le cadre de santé de proximité est tout autant dans la prise en charge du patient que dans le tissage administratif/médical/technique. Sa position stratégique au sein de l’organisation hospitalière lui confère un rôle central dans la gestion des équipe et dans la rencontre avec les patients. Transmission, explication et adaptation des règles rendent les cadre de santé de proximité incontournables de toute évolution de pratiques professionnelles.

Pour conclure

Depuis quelques années, le métier de cadre de santé évolue en profondeur pour devenir un ressort, véritable « dynamiseur » de carrière. Les propositions de postes observées ici et là témoignent d’une recrudescence des postes transversaux et des postes de directeurs d’EHPAD. Pour Richard Capmartin, « face à un marché très ouvert, le cadre de santé, quelle que soit sa formation initiale, devrait pouvoir trouver le poste qui répond le mieux à ses objectifs personnels. Parions que, dans les années à venir, le métier de cadre de santé évoluera encore, y compris en extra-hospitalier, où de belles perspectives semblent d’ores et déjà se dessiner. »

 

 
Cyril JOANNES
Rédacteur cadredesante.com
cyril.joannes@izeos.com 


[1La filière soignante et de rééducation comprend les cadres de santé infirmiers, de rééducation et les cadres de santé sages-femmes. Source : SPE 2004 redressée avec SAE 2007. Champ : personnels titulaires et non titulaires sur les emplois permanents des établissements publics de santé de la France entière (hors champ militaire).


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