Le projet de Soi (2/3) Projet de soi, projet de soins.

jeudi 18 décembre 2003, par Charlaine Durand

Projet de Soi, Projet de soins.

Puisque l’estime que l’on se porte va déterminer le soin que l’on va s’offrir ou non (à son corps mais aussi à son esprit) [1], l’estime de soi est un facteur essentiel à prendre en compte dans une démarche de soin.

Notre système de soins français conçoit la séparation des soins du corps, de ceux de l’esprit. Cette organisation dichotomique est très prégnante dans l’attitude collective, sociétale, et l’histoire culturelle envers les maladies mentales enclin à privilégier les soins du corps. Souffrir d’une pathologie cardiaque et diabétique peut amener la compassion des proches, présenter une maladie mentale, amène plutôt de la suspicion.

Cette prévalence des soins pour le corps est aussi à mettre en relation avec les valeurs que véhicule la société en quête incessante de « santé », témoin d’une jeunesse sans âge (sveltesse, sportivité, valorisation par le développement d’attributs féminins ou masculin...).
Les handicaps quels qu’ils soient, la dépendance, la vieillesse, la maladie et encore la mort sont des tabous sociaux rebelles.

Nous sommes donc tous invités à naître en bonne santé et sans handicap visible, à demeurer jeunes, à vieillir sans rides et sans dépendance à un tiers, à ne pas coûter trop cher à la société, tout en réussissant à « vivre bien » malgré les pathologies chroniques qui ne manquent pas de se cumuler avec l’âge. La qualité de vie passé un certain âge, n’est plus une priorité. Nous devons avant tout, tous participer à l’allongement de l’espérance de vie, comme une fuite en avant devant la mort.

Compte tenu de cela, nous allons donc traiter séparément le projet de soin de santé physique, de celui de la santé mentale. Le recours aux soins pour le corps et celui fait pour le corpus psychique sont souvent deux démarches bien distinctes, plus encore nous le verrons, pour les personnes en situation de précarité.

L’état de santé

La santé d’un individu est un état d’homéostasie physique et mentale qui est en constante évolution. Elle peut être dégradée par des facteurs exogènes (qualité de l’eau bue, de l’air respiré, de l’habitat, des accidents corporels, les habitudes de vie...) et/ou des facteurs endogènes (hérédités...).

Intégrer des attitudes préventives

On distingue d’ordinaire 3 niveaux de prévention.

- La prévention primaire : mise en place dans le but de limiter l’incidence d’une pathologie dans le paysage sanitaire d’une population, elle vise les habitudes de vie, la qualité de l’habitat, de l’air, de l’eau, de la nourriture... afin de lutter contre les facteurs exogènes responsables de leur apparition. Elle imprime une idée de normes dans les comportements et de responsabilité individuelle quant à sa santé.

- La prévention secondaire : mise en place dans le temps de crise de la maladie, elle vise à limiter les complications et les séquelles de celle-ci. Le dépistage est une action de prévention secondaire. Généralement menée par les professionnels de la santé, la personne malade accepte de se soumettre aux prescriptions, dans le but de recouvrer un état de santé compatible avec les activités de sa vie d’avant la maladie, le plus rapidement possible (motivations financières à l’appui le plus souvent.).

- La prévention tertiaire : elle lutte contre les récidives, les rechutes et tend à pallier les handicaps pour ne pas créer une nouvelle crise de l’état de santé. Plus ou moins bien comprise par le malade qui sort d’une crise sanitaire, elle nécessite que la personne ait une juste vision de sa réalité  [2] . Les divers régimes alimentaires prescrits relèvent de la prévention tertiaire.

LA SANTE PHYSIQUE

Le recours aux soins (fig. III)

En cas d’atteinte physique, le corps émet un ou plusieurs signaux d’alarme (hyperthermie, douleur, impotence, déformation...). Le recours aux soins nécessite en premier lieu la connaissance de ces signes comme un appel au secours du corps, et de les reconnaître afin de d’agir pour maintenir son intégrité physique. Ceci demande que la personne se porte un minimum d’attention, qu’elle se considère aussi digne d’un minimum d’intérêt et de soins.
Elle doit se penser « secourable », réaliser son corps comme un potentiel nécessaire à ses démarches parce qu’elle s’est inscrite dans un projet d’avenir.

Lorsqu’il y a reconnaissance des premiers signes (a), l’estime de soi pousse à se porter secours (autrement appelé instinct de survie, qui n’est pas si instinctif que cela...) en allant consulter, puis en suivant assidûment le protocole de soins (b) demandé par le professionnel (prescriptions).

Lorsqu’il n’y a pas reconnaissance de l’état pathologique ou insuffisance de l’estime de soi pour prendre soin de soi dès les premiers signes, l’aggravation (c) peut aller jusqu’au seuil où c’est un tiers (d) qui va prendre la décision de lui porter secours.
Ces soins tardifs présentent un risque d’invalidité qui grèvera d’autant le potentiel d’avenir, un possible projet, voire un risque létal (e).

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Etat de sant ? physique, soins et mesures de pr ?vention (fig. III)

Pour prévenir toute récidive (f), mais aussi pour éviter toute atteinte par une nouvelle maladie (g) (et l’on rapprochera ici la prévention contre le SIDA par exemple), l’éducation doit pouvoir pré-venir l’exposition aux risques.
La prévention demande souvent des changements de comportement pour permettre de prendre soin de son avenir... Cela implique donc d’avoir un avenir et de savoir, de pouvoir s’y projeter. La difficulté du commun des mortels est aussi de se vivre comme s’il était immortel.

Pour les personnes sans projet d’avenir, la prévention (f et g) a si peu de sens qu’elle est beaucoup plus vécue comme une entrave au présent (ne plus fumer, ne plus boire d’alcool à volonté, plus de tourisme sexuel...) que comme la protection d’un patrimoine personnel, ou la promesse d’une vieillesse sereine... Il est aussi reconnu que la longévité dans cette population en situation de précarité est inférieure à la moyenne nationale... Parler de futur lorsque le présent est une préoccupation douloureuse de tous les instants est une vanité.

Ces mesures préventives conseillées pour protéger un avenir qui ne leur appartient pas parce qu’il leur échappe, sont synonyme de tentative de main mise, de dictat sur leur vie quotidienne, pour ces personnes dans l’incapacité de se construire un avenir.

Sans précautions préventives, les rechutes sont inévitables et peuvent s’inscrirent dans une sorte de fatalité pour évoluer vers une « maladie destin »[2].

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Le projet de soi (2/3)

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