La théorie des représentations sociales

mardi 25 avril 2006, par Michèle Jouet Le Pors

La représentation sociale [2] est un mode spécifique de connaissance. Dans un groupe social donné, la représentation d’un objet correspond à un ensemble d’informations, d’opinions, et de croyances relatives à cet objet. La représentation va fournir des notions prêtes à l’emploi, et un système de relations entre ces notions permettant aussi, l’interprétation, l’explication, et la prédiction. Travailler sur une représentation, c’est : « observer comment cet ensemble de valeurs, de normes sociales, et de modèles culturels, est pensé et vécu par des individus de notre société ; étudier comment s’élabore, se structure logiquement, et psychologiquement, l’image de ces objets sociaux ». Herzlich (1969).

Qu’est que la représentation sociale ?

« La représentation sociale est le produit et le processus d’une activité mentale par laquelle un individu où un groupe, reconstitue le réel auquel il est confronté et lui attribue une signification spécifique » (Abric 1987), « Les représentations sociales sont des systèmes d’interprétation régissant notre relation au monde et aux autres qui, orientent et organisent les conduites et les communications sociales. Les représentations sociales sont des phénomènes cognitifs engageant l’appartenance sociale des individus par l’intériorisation de pratiques et d’expériences, de modèles de conduites et de pensée » (Jodelet 1989)

C’est à un sociologue Français que l’on doit l’invention du concept de représentation : Durkeim (1898). Il abandonne la notion de représentation collective pour s’intéresser aux représentations sociales, il essaye de voir en quoi la production intellectuelle des groupes sociaux, joue un rôle dans la pratique sociale. Il propose la notion de représentation collective pour expliquer divers problèmes d’ordre sociologique. Selon Durkeim la société forme un tout, une entité originale, différente de la simple somme des individus qui la compose. En parlant de représentation collective, Durkeim fait apparaître une idée de contrainte sur l’individu : la représentation impose à l’individu des manières de penser et d’agir, et se matérialise dans les institutions sociales
au moyen de règles sociales, morales, juridiques. On retiendra de Durkeim, l’idée d’une supériorité des éléments sociaux : conscience collective, et représentation collective, sur les éléments individuels.

C’est à Moscovici (1961), que l’on doit reprise et renouveau des acquis Durkeimiens. Selon lui « les représentations sont des formes de savoir naïf, destinées à organiser, les conduites et orienter les communications ». Ces savoirs naturels constituants les spécificités des groupes sociaux qu’ils les ont produit.

Les constituants de la représentation sociale

Dans la plupart des définitions psycho-sociales des représentations, on retrouve trois aspects caractéristiques et interdépendants, la communication, la reconstruction du réel, et la maîtrise de l’environnement :

La communication : puisque les représentations sociales offrent aux personnes « un code pour leurs échanges et un code pour nommer et classer de manière univoque les parties de leur monde et de leur histoire individuelle ou collective ». Moscovici (1961)

La reconstruction du réel : « les représentations nous guident dans la façon de nommer et de définir ensemble les différents aspects de notre réalité de tous les jours ; dans la façon de les interpréter, de statuer sur eux et le cas échéant de prendre une position à leurs égards et de la défendre ». Jodelet (1992)

La maîtrise de l’environnement par le sujet : l’ensemble de ces représentations ou de ces connaissances pratiques permet à l’être humain, de se situer dans son environnement et de le maîtriser. Il s’agit là d’une dimension plus concrète que les précédentes, parce que la maîtrise de l’environnement, nous renvoie en partie, à l’utilité sociale de la notion de représentation. Ces différentes fonctions sont :

- La fonction de code commun : les représentations dotent les acteurs sociaux, d’un savoir qui est commun, donc partagé, ce qui facilite la communication. Cette fonction de communication va permettre de comprendre et d’expliquer la réalité.

- la fonction d’orientation des conduites : elles guident les comportement et les pratiques.
- La fonction de justification : elles permettent à posteriori, de justifier les prises de position et les attitudes.

- La fonction identitaire : elles permettent de définir l’identité d’un groupe professionnel ou social.

La théorie du noyau central

Cette théorie s’articule autour d’une hypothèse « toute représentation est organisé autour du noyau central » Abric (1988). Ce noyau est constitué d’éléments objectivés, agencés en un schéma simplifié de l’objet. Selon Moscovici le noyau figuratif constituant une base stable autour de laquelle pourrait se construire la représentation. L’idée fondamentale de la théorie du noyau est que dans l’ensemble des cognitions se rapportant à un objet de représentation, certains éléments jouent un rôle différent des autres. Ces éléments appelés éléments centraux se regroupent en une structure qu’ Abric (1987,1994 ) nomme « noyau central » ou « noyau structurant » . Le noyau central ou noyau structurant d’une représentation assure deux fonctions essentielles :

- Une fonction génératrice de sens : Il est l’élément par lequel se crée ou se transforme, la signification des autres éléments constitutifs de la représentation. Il est ce par quoi les éléments prennent un sens, une valence.

- Une fonction organisatrice : C’est autour du noyau central que s’agencent les autres cognitions de la représentation. C’est le noyau central qui détermine la nature des liens qui unissent entre eux les éléments de la représentation. Il est en ce sens l’élément unificateur et stabilisateur de la représentation.

Le noyau structure à son tour les cognitions se rapportant à l’objet de la représentation. Ces cognitions placées sous la dépendance du noyau sont appelées les éléments périphériques. Si le noyau structurant peut se comprendre comme la partie abstraite de la représentation, le système périphérique doit être entendu comme la partie concrète et opérationnelle.

Le noyau central et les éléments périphériques fonctionnent bien comme une entité où chaque partie a un rôle spécifique mais complémentaire de l’autre. Leur organisation, comme leur fonctionnement est régie par un double système :

Le système central structurant les cognitions relatives à l’objet, fruit des déterminismes historiques et sociaux auxquels est soumis le groupe social. Le système central, constitué par le noyau central de la représentation est directement lié et déterminé par les conditions historiques, sociologiques, et idéologiques. Il est marqué par la mémoire collective du groupe et aussi par le système de normes auquel il se réfère. Le système central constitue la base commune collectivement partagée des représentations sociales. Sa fonction est consensuelle c’est par lui que se réalise et se définit l’homogénéité d’un groupe social. Le système central est stable, cohérent, il résiste au changement assurant ainsi une deuxième fonction celle de la continuité et de la permanence de la représentation. Ce système est relativement indépendant du contexte social et matériel dans lequel la représentation est mise en évidence.

Le système périphérique en prise avec les contingences quotidiennes permet dans certaines mesures l’adaptation de la représentation à des contextes sociaux variés. Ce système est fonctionnel, c’est grâce à lui que la représentation peut s’inscrire dans la réalité du moment. Contrairement au système central, il est plus sensible et déterminé par les caractéristiques du contexte immédiat. Il constitue l’interface entre la réalité concrète et le système central, régulation et d’adaptation du système central aux contraintes et aux caractéristiques de la situation concrète à laquelle le groupe est confronté, qui permet une certaine modulation individuelle de la représentation. est parce qu’elle est constituée de ce double système, un système stable, un système flexible, que la représentation peut répondre à l’une de ces fonctions essentielles : l’adaptation socio-cognitive.

A partir du facteur « pratique sociale », trois types de transformation peuvent théoriquement avoir lieu :

- Une transformation brutale : on peut observer ce type de transformation, lorsque les nouvelles pratiques mettent en cause directement la signification centrale de la représentation, sans recours possible aux mécanismes défensifs mis en oeuvre dans le système périphérique. Le changement est alors massif et immédiat.

- Une transformation résistante : qui peut se produire quand les pratiques sont en contradiction avec la représentation, mais ici cette contradiction peut être géré dans la périphérie. Lors de la transformation résistante la représentation est caractérisée dans le système périphérique par l’apparition de « schèmes étranges » découverts et définis par Flament (1987). Ces schèmes sont composés de la manière suivante :
o le rappel du normal
o la désignation de l’élément étranger
o l’affirmation d’une contradiction entre les deux termes
o la proposition d’une rationalisation permettant de supporter la contradiction.

- Une transformation progressive : lorsqu’il existe des pratiques anciennes mais rares qui ne se sont jamais trouvées en contradiction avec la représentation, la transformation va s’effectuer sans rupture, c’est à dire sans éclatement du noyau central. Les schèmes activés par les pratiques nouvelles vont progressivement s’intégrer à ceux du noyau central, et fusionner pour constituer, un nouveau noyau et donc une nouvelle représentation.

En conclusion

Les différents chercheurs en sciences sociales, proposent une théorie des représentations sociales qui s’oriente vers quelques idées centrales. Flament (1987) :

• une représentation comporte des schèmes périphériques structurellement organisés par un noyau central qui est l’identité même de la représentation ;

• des désaccords entre réalité et représentation modifient d’abord les schèmes périphériques puis éventuellement le noyau central c’est à dire la représentation elle-même .

• si il y a contradiction entre réalité et représentation on voit apparaître des schèmes étranges puis une désintégration de la représentation.
• Si la réalité entraîne simplement une modification de l’activité des schèmes périphériques, il peut s’ensuivre une transformation progressive mais néanmoins structurale du noyau central.

• si il y a contradiction entre réalité et représentation on voit apparaître des schèmes étranges puis une désintégration de la représentation.

• Si la réalité entraîne simplement une modification de l’activité des schèmes périphériques, il peut s’ensuivre une transformation progressive mais néanmoins structurale du noyau central.

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[1L’intégralité du mémoire de Mme Jouet Lepors dont est extrait cet article est publié en ligne sur le site du CEFIEC

[2le comité de rédaction de cadredesante.com signale au lecteur un article de Marc Catanas dont la lecture complète celle du présent article http://www.cadredesante.com/spip/ar...


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