La carte mentale : enjeux d’une pratique réflexive auprès des documentalistes

vendredi 23 mai 2014, par Brigitte Bourgeois

Les documentalistes en institut de formation en soins infirmiers peuvent être amenés à établir des guidances individuelles auprès de l’étudiant, afin de l’accompagner dans son cheminement réflexif lors de l’analyse de situation. A sa disposition, il existe des outils tels que la carte mentale et la carte conceptuelle pour faciliter la hiérarchisation de ses idées et favoriser l’émergence de concepts. Les exemples proposés permettront de nous éclairer sur ces points d’une manière concrète.

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Les documentalistes en institut de formation paramédicale ont diverses missions, notamment la gestion de la documentation et la valorisation des collections, l’administration de la bibliothèque, la formation et l’information. Ils sont également amenés à s’investir de plus en plus dans l’accompagnement des étudiants et l’andragogie dès le premier semestre. Il s’agit de leur donner des pistes pour accéder en toute autonomie à la littérature professionnelle et scientifique, en fonction de leurs besoins. Cependant, la contribution des documentalistes ne se limite pas à l’apprentissage des modes d’interrogation des outils documentaires, de la présentation des références bibliographiques ou encore de l’analyse et de l’évaluation de la fiabilité des sources. Ils interviennent dans les guidances individuelles où la pratique réflexive est au rendez-vous. Pour la rendre plus visible, il est possible de mettre en avant la construction de cartes mentales et de cartes conceptuelles avec l’étudiant au cours de son projet de recherche documentaire.

La carte mentale, un outil structurant

La formation professionnalisante paramédicale suscite chez l’étudiant un engagement dans un processus réflexif. La réflexivité se définit, « soit comme un outil de médiation de l’action, comme une expérience de reconstruction et de réorganisation des savoirs. […] Cette activité s’apparente alors à une activité d’explicitation qui peut être mise en valeur par la carte mentale. Cette carte est alors un outil qui favorise l’émergence plutôt que la seule transcription de la pensée. La carte mentale présente donc un potentiel intéressant pour soutenir la pratique réflexive […] » (Bessette & Duquette, 2003, p. 41). Or, dans le cadre de la recherche documentaire, l’étudiant est amené à mobiliser ses connaissances pour cerner le sujet de recherche et à structurer sa pensée au travers de mots clés. Dans ce contexte, la construction d’une carte mentale par l’étudiant a aussi toute sa place.

La carte mentale (mind mapping), ou carte heuristique, ou carte des idées, est, selon Buzan & Buzan (1999, p. 84), le concepteur de cet outil, « une technique de représentation graphique qui suit le fonctionnement naturel de l’esprit et permet de libérer le potentiel du cerveau. En effet, le schéma heuristique réunit l’ensemble des facultés corticales- mots, image, couleur, logique, conscience spatiale, en une seule technique. » La carte mentale part alors d’une idée centrale qui rayonne vers d’autres notions ou mots clés, formant une arborescence, non hiérarchisée.

Sur ce point, elle est différente de la carte conceptuelle, ou carte sémantique, ou carte des connaissances. Comparant les deux concepts, la carte conceptuelle est « une représentation en réseau de plusieurs concepts suivant des règles strictes et formelles, un sens de lecture du haut vers le bas, des relations sémantiques explicites alors que la carte mentale est le reflet d’une pensée personnelle, où les relations entre les idées ne sont pas spécifiées, où la lecture s’établit du centre vers l’extérieur [...] » (Robineau, 2007)

La carte mentale nous aide à mieux contrôler un sujet, puisqu’elle suit le rythme de pensée de son auteur. En procédant par association libre, les idées mobilisées sont progressivement mémorisées, d’une manière différente d’une personne à l’autre. « En travaillant en mode irradiant plutôt qu’en mode linéaire, la personne parvient à procéder à une catégorisation et à une mise en relation spontanée de l’ensemble des données, illustrant sa hiérarchisation personnelle des informations […] » (Bessette, 2003, p.40)

Recherche documentaire et usage des cartes mentales

La carte mentale est particulièrement intéressant dans le programme de formation des personnels paramédicaux. Elle permet, d’emblée, un travail préliminaire et spontané d’analyse d’une situation ou d’une thématique. Elle facilite aussi la réflexion, en mobilisant de nouvelles idées et en sélectionnant celles qui sont essentielles au travers de mots clés. L’étudiant est alors obligé de réaliser une première synthèse de sa pensée et de faire un effort de concentration pour la construire, l’enrichir ou la modifier.

Dans le cadre de l’unité d’enseignement UE 6.1 Méthodes de travail et d’un prolongement au projet de formation transversal établi par les formateurs du semestre 1 & 2, des Travaux Dirigés (TD) ont été organisés au sein du centre de ressources documentaires et pédagogiques de l’IFSI de Meaux (77). Afin de permettre aux étudiants de travailler dans cette transversalité, tout en développant leurs compétences à la recherche documentaire, il s’agissait, tout d’abord d’établir une carte heuristique, ou carte mentale pour cerner le sujet sur le Handicap, puis de connaître et utiliser des dictionnaires spécialisés en format papier ou numérique. L’étape suivante consistait à « s’approprier et utiliser le thésaurus » (SIDOC, 2014) en ligne de la base de données en santé publique (EHESP, 2007) pour la recherche de termes clés dans un langage documentaire approprié, à partager la réflexion collectivement, et enfin à trouver des documents sur le handicap.

Les cartes mentales, comme facteur de développement des capacités d’analyse

Les TD étaient inscrits dans la continuité d’un cours sur la carte mentale et d’un ouvrage sur la thématique du handicap (Grand corps malade, 2012). Dans une première étape, en binôme, les étudiants ont pu mobiliser leurs savoirs et enrichir la réflexion sur le handicap, par l’utilisation de dictionnaires des concepts (Paillard, 2012), d’un dictionnaire lexical en ligne et d’un ouvrage sur le concept du handicap. Dans un deuxième temps, pour traduire dans un langage documentaire les idées émises lors de leur questionnement QQQOC(P), ils ont utilisé le thésaurus de la BDSP. Afin d’organiser leurs idées, les étudiants ont ensuite élaboré des cartes mentales autour du handicap, puis des soins auprès de la personne handicapée. Comme le souligne Berthou (2010, p.36), si les cartes mentales sont majoritairement utilisées pour organiser et résumer des idées, elles favorisent aussi le développement des capacités d’analyse des étudiants, ainsi que la créativité par l’usage de couleurs, d’images et de symboles. Enfin, dans un troisième temps, un échange collectif a permis le partage des cartes élaborées et de construire une carte mentale commune autour du sujet et retranscrite ensuite à l’aide du logiciel Cmap.

Guidance individuelle et cheminement de l’étudiant

La carte conceptuelle est, nous l’avons vu, un prolongement possible de la carte mentale. Dans le cadre de l’unité d’enseignement 3.4 Initiation à la démarche de recherche et du référentiel de formation 2009, les étudiants du semestre 4 sont invités à organiser leur réflexion en analysant une situation choisie pour leur mémoire, à partir d’une carte mentale. Celle-ci leur permet de cerner la recherche documentaire autour d’éléments théoriques pertinents et ciblés sur le sujet. Construite sur le questionnement des acteurs en présence, des différentes dimensions du sujet (sociologique, psychologique, ethnographique) et des facteurs d’influence, la carte mentale clarifie les champs d’exploration et d’investigation. De même, elle facilite la formalisation par écrit de la situation étudiée et contribue à une meilleur compréhension de leur sujet d’étude. Dans ce contexte, la documentaliste peut alors accompagner l’étudiant pour qu’il puisse décomposer la situation et identifier les points fondamentaux. Elle engage le dialogue avec celui-ci pour le guider vers une posture réflexive et l’aider à reformuler les idées essentielles en langage documentaire et à les hiérarchiser dans une carte mentale. L’étudiant interroge alors le fonds documentaire du centre de ressources d’une manière plus pertinente et oriente rapidement ses choix de consultation en direction des bases de données spécialisées ou généralistes, pour une recherche plus sélective. C’est un processus de réflexion supplémentaire, qui semble porter ses fruits et convenir aux étudiants qui l’on expérimenté depuis 2011, au regard de leurs propos informels et de la qualité des travaux rendus. Parallèlement à cette carte, l’étudiant est amené à expliciter et argumenter par écrit la sélection de documents, en cohérence avec la situation choisie, et à établir un résumé d’un article extrait d’une revue professionnelle ou d’une revue de recherche.

Identifier les liens entre les concepts pour enrichir la carte mentale

L’étape d’élaboration de la carte mentale peut se prolonger ensuite en semestre 5 par la construction d’une carte conceptuelle. En effet, la carte mentale, élaborée en semestre 4, fait apparaître des points clés que l’étudiant peut cibler pour son mémoire de fin d’études. Il s’agit alors, pour la documentaliste, de l’accompagner individuellement, afin de reprendre les points clés identifiés sur la carte mentale et « de remobiliser ses connaissances sur les concepts en favorisant le conflit socio cognitif dans des échanges successifs […] » (Berthou, 2010, p 32). L’étudiant est amené à modifier sa carte mentale initiale, à l’enrichir par l’introduction des concepts et à la compléter pour l’approfondir par recherche de liens. En effet, la carte conceptuelle, est « une représentation écrite organisée et hiérarchisée d’un ensemble de concepts et des relations de sens qui les relient ». A partir de cette carte, l’étudiant cible alors la recherche documentaire sur chaque concept bien identifié, afin d’approfondir les données déjà recueillies, ou d’établir de nouvelles pistes et identifier d’autres concepts. La carte conceptuelle permet, quant à elle, d’établir des niveaux de hiérarchisation dans les concepts visés et contribue à l’organisation de la rédaction du cadre de référence de son mémoire. Le cadre de référence correspond à « l’ensemble de connaissances, concepts, théories, références législatives et réglementaires en relation avec l’objet de recherche. […] » (Coilot, 2011, p.111 )

Trois phases de questionnement pour la carte conceptuelle

Dans le cadre de la note de recherche à établir au semestre 5, elle encourage l’étudiant à une recherche progressive concept par concept, pour identifier les manques dans les ressources déjà recueillies en semestre 4. Or, comme le souligne BOISSART (2013, p. 18), l’élaboration d’une carte conceptuelle est d’autant plus performante si trois phases de questionnement coexistent : Avant, pendant et après. Avant, l’étudiant mobilise ses connaissances sur le thème, le questionne. Pendant, l’étudiant répertorie ses idées par un remue-méninge, trie les principales et celles qui sont secondaires. Avant de se lancer dans l’élaboration de la carte conceptuelle, l’étudiant se questionne autour des critères Quintilien QQOQC(P) pour élaborer une carte mentale ou carte heuristique ou mind mapping. D’où l’intérêt d’accompagner l’ étudiant dans l’élaboration d’une carte mentale en Semestre 4, pour poursuivre la démarche dans le processus de recherche en semestre 5 et avoir un outil à disposition afin de l’aider à construire la note de recherche de son mémoire de fin d’études.

Conclusion

Les documentalistes des Instituts de Formations Paramédicales tiennent donc une place importante dans le processus de construction des savoirs et dans la pratique réflexive de l’étudiant. Cette expérience met en évidence l’importance d’une synergie entre formateur et documentaliste, dans l’accompagnement de l’étudiant et le développement de ses compétences relatives à l’analyse des pratiques professionnelles. La recherche documentaire à l’étudiant de devenir un professionnel autonome, capable de sélectionner des informations professionnelles actualisées et fiables, de les analyser, d’en établir une synthèse et de la diffuser, au-delà du contexte de rédaction du mémoire de fin d’études.

Brigitte Bourgeois
et Groupe des documentalistes de l’ IFSI de Meaux

Bibliographie

  • BERTHOU, B. (2010) Les cartes cognitives : quelles utilisations en soins infirmiers ? Recherche en soins infirmiers, (101), pp. 29-41.
  • BESSETTE, S. ; DUQUETTE, H. (2003). Découvrir ses savoirs d’actions et enrichir sa pratique grâce aux cartes mentales [en ligne]. Scherbrooke (Quebec) : Collège de Sherbrooke. Centre de documentation collégial. [Consulté le 10/2013].
  • BUZAN, T. & BUZAN B. (1999) Dessine-moi l’intelligence. Paris : Les éditions d’organisation.
  • BOISSART, M. (coord.) (2013) Réussir son parcours de mémoire de fin d’études. Noisy le grand : Setes.
  • Ecole des hautes études en santé publique (2007). Thésaurus [en ligne]. 4e version. Rennes : EHESP. [Consulté le 08/02/2014].
  • COILOT M.M. et al. (2011) Initiation à la démarche de recherche. Paris : Deboeck.
  • FORMARIER, M., JOVIC L. & ARSI. (2012) Les concepts en soins infirmiers. 2e éd. Lyon : Mallet Conseil.
  • GRAND CORPS MALADE. (2012) Patients. Paris : Don quichotte éd.
  • MEYER, Pascale. La carte conceptuelle. SIDIEF, séance parallèle, congrès mondial de genève, 21 mai 2012. [Cité par BOISSART, Marielle (coord.). Réussir son parcours de mémoire de fin d’études. Noisy le grand : Setes, 2013, p. 15].
  • PAILLARD, Christine (2013). Dictionnaire humaniste infirmiers. Noisy le grand : Setes.
  • ROBINEAU, R. et al. (2007) Les cartes cognitives : mind ou concept maps ? [en ligne]. Lille : Université lille3. Département des sciences de l’information et de la documentation (IDIST). [Consulté le 08/02/2014].

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