Les représentations des personnes âgées par les étudiants en soins infirmiers

mercredi 5 juillet 2006, par Valérie Cron

Mots clés : Etudiants en soins infirmiers-Personnes âgées-Représentations sociales -Stage


Méthodologie

Cette étude tend à vérifier l’hypothèse suivante : la réalisation d’un stage en gériatrie agirait sur la construction des représentations des personnes âgées par les étudiantes infirmières.

Le terrain de l’étude : L’étude s’est déroulée à l’institut de formation en soins infirmier du centre hospitalier universitaire de la région Bretagne, qui dispose d’un projet pédagogique. Les étudiants sont 150 par promotion et par année d’étude. Le directeur des soins de l’institut et un cadre formateur ont été sollicités pour la mise en œuvre de la recherche.
La population ciblée : L’étude a été menée auprès de neuf étudiants en soins infirmiers de troisième année. Ces derniers ont effectué un stage en gériatrie de 5 semaines et n’ont pas travaillé auprès des personnes âgées avant leur formation.

L’entretien semi-directif : Les entretiens ont été organisés en fonction de la disponibilité des étudiants et regroupés sur deux journées : les 9 et 10 mars 2006. Ils ont duré trente minutes et ont été enregistrés de façon anonyme. Ils ont été effectués à l’aide d’un guide d’entretien, centré sur l’hypothèse avec 5 questions visant à : recueillir le vécu d’un stage en gériatrie, définir comment il est préparé, déterminer les apports, déceler les attentes, repérer son intérêt pour la formation et le projet professionnel.

L’analyse des entretiens : Tous les entretiens ont été retranscrits dans leur intégralité. L’étude du contenu a été faite pour l’ensemble des étudiants par question et a fait l’objet d’une analyse quantitative et qualitative.

De plus en plus, nous serons amenés à prendre soin de personnes âgées quelque soit le service ou la structure dans laquelle nous travaillons. En tant que future cadre de santé, cette évolution questionne notre prise en charge de la personne âgée, nos comportements envers cette population et des soignants qui travaillent auprès d’eux. Les nouveaux professionnels infirmiers ont peu envie d’exercer dans un secteur empreint d’image négative. Il me parait nécessaire de nous interroger sur la formation qu’ils ont eu et comment les professionnels les ont accompagnés pendant leur stage.

Cet article est extrait d’un mémoire cadre de santé dont la question de recherche est : pendant la formation, quelles représentations ont les jeunes professionnelles infirmières de la personne âgée et des soins qui lui sont donnés ?

Des entretiens menés auprès d’étudiants en soins infirmiers de troisième année qui ont effectué un stage en gériatrie de 5 semaines ont montré que même si leur but premier est d’acquérir de l’organisation et de l’autonomie, celui-ci leur a permis de construire de nouvelles représentations de la personne âgée et de son approche.

Les résultats de l’enquête

Les représentations sont à la fois riches et variées car elles renvoient à des expériences diverses. Pour AA Abdelmalek [1] « Les représentations sociales sont donc des modalités de pensée pratique orientées vers la communication, la compréhension et la maitrise de l’environnement social. »

Les étudiants ont une représentation de la personne âgée qui varie en fonction de leur vécu, de leur entourage, de la société ou bien de la projection soignante. Ils ont pour référence l’image de la personne âgée portée par la société, celle de l’adulte rayonnant dont parle Richard Lefrancois [2] : « Dans ce mouvement de pensée on met en avant que la personne vieillissante dispose de l’influx et de l’énergie nécessaires pour exploiter pleinement toutes ses potentialités. On prend donc soin de ne pas confondre maladie et vieillissement et l’âge avancé porté aux nues n’est plus celui de la dépendance mais de l’autonomie, du développement du potentiel, de la réalisation de projet, de la créativité. »

A contrario, la personne âgée malade n’est pas très bien considérée et l’état de dépendance crée de nombreux problèmes. Richard Lefrancois [3]. parle de déclin :
« Foncièrement, le paradigme du déclin insiste sur la santé chancelante, les pertes, les deuils ou renoncements auxquels font face les personnes vieillissantes. Suivant cette conception, vieillir signifie se diriger de façon incontournable vers une fragilisation physique accrue, une diminution des capacités et une plus grande dépendance, même si certains états déficitaires sont parfois réversibles. »

Les entretiens ont mis en évidence deux représentations de la personne âgée chez les étudiants : la dépendance et la démence.

D’une part, en première année, 5 étudiants sur 7 parlent de la dépendance comme un état qui diminue la personne âgée. Le premier regard et ce qu’ils retiennent de la personne âgée est lié au corps, à ses déformations et globalement l’aspect de dépendance. Cette approche a tendance à donner une vision négative de l’être âgé dont l’étudiant a du mal à se détacher.

En troisième année, les étudiants n’ont plus d’appréhensions par rapport au corps et à la dépendance, quelque soit le nombre de stages effectués.
Selon D Jodelet [4] les représentations ont une fonction cognitive qui permet aux individus d’intégrer des idées nouvelles à leur cadre de pensée. En effet, 5 fois sur 9 les étudiants disent que le stage leur a apporté une représentation différente de la personne âgée.

D’autre part, les entretiens montrent qu’en première année, 3 fois sur 7 les étudiants ont une appréhension par rapport à la démence, alors qu’en troisième année 1 seule étudiante sur 9 n’avait plus ces appréhensions.

Les entretiens montrent également que les étudiants ont une représentation des soins liée à la théorie enseignée dans les divers modules et au regard qu’ils ont eu lors de précédents stages. Ils ont réfléchi aux soins apportés à la personne âgée avant le stage lors de la préparation.
4 étudiantes sur 9 parlent de l’aspect complémentaire du stage entre la théorie et la pratique.

« Les stages font beaucoup, pour continuer le cheminement, le module a permis de voir la théorie, mais pendant les stages c’est plus intéressant de voir en pratique. »
W Hesbeen [5] ajoute que c’est un moment important pour l’étudiant : « Le stage est l’occasion pour l’étudiant de découvrir la réalité des situations de vie. Il est le complément à l’enseignement scolaire qui, même avec les modalités pédagogiques les plus performantes, ne peut se substituer à ce contact direct avec la réalité. »

Cependant, les stages en gériatrie ne sont pas tellement convoités, le côté répétitif des soins est souvent évoqué. Les représentations que les étudiants ont des soins à la personne âgée sont des soins de fin de vie, relationnels. Pourtant 4 étudiants sur 9, disent avoir eu des apports au niveau de la prise en charge, la globalité, les soins personnalisés, l’humanité dans les services ont été appréciés. « Ce que j’aimais bien, c’est que les soins étaient vraiment adaptés à la personne, à ces habitudes. On se mettait à son rythme. »

Enfin 7 étudiants sur 9 insistent sur l’aspect relationnel, le fait de voir les personnes jour après jour qui permet de créer une relation.

De même, les étudiants ont une représentation du travail infirmier en gériatrie lié au regard qu’ils ont eu lors de précédents stages. Ils y ont réfléchi lors de la journée de préparation. 5 étudiants sur 9 parlent du travail de l’infirmière, certains considérants qu’elle peut facilement trouver sa place dans l’équipe, alors que d’autres pensent qu’elle n’est pas toujours intégrée. 1 étudiant insiste sur le rôle propre. 1 étudiante qui a fait son premier stage en gériatrie en troisième année exprime l’importance de l’encadrement infirmier dans la relation de confiance. « Les infirmières qui sont sur place sont très bonnes au niveau de la formation étudiante. Je pense que je n’étais pas la première personne qui n’était jamais allée en stage en gériatrie. Elles ont su m’encadrer comme il le fallait. J’ai été rassurée et puis au niveau de mon vécu j’ai évolué dans ce stage et j’ai beaucoup appris. »

La formation en soins infirmiers se fait en alternance, pour moitié en enseignement théorique et pratique et pour moitié en stage. Selon N Barbier et BA Nkoum[2] :« L’alternance pédagogique contribue, par la variété qu’elle introduit à plusieurs niveaux, à questionner, nuancer, enrichir les relations humaines et leurs effets, ceux des contenus et lieux de formation. Ces transformations modifiant l’apprenant en tant que personne mais aussi ses façons d’apprendre, ses rapports à un nouveau contexte socioprofessionnel. »

En effet 4 étudiants sur 9 parlent de leurs progrès en termes d’organisation et 3 sur 9 de l’autonomie qu’ils ont acquise pendant le stage. Ils ont appréciés l’organisation des soins personnalisés sur la journée et la gestion d’une unité complète. 6 étudiants sur 9 expriment le fait qu’avoir fait un stage en gériatrie va leur servir tout au long de leur formation et de leur parcours professionnel. Enfin, 5 étudiants sur 9 aimeraient travailler en gériatrie ou auprès des personnes âgées pour le côté relationnel et enrichissant des personnes et des soins. Ceux qui ne souhaitent pas y travailler, précisent par contre qu’ils peuvent prendre en charge les personnes âgées.

Après leur stage, les étudiants ont globalement des représentations positives de la personne âgée, comme étant attachante, agréable à soigner et d’une grande richesse. Le stage apporte un sens pratique, la réalité du terrain, un complément à la théorie, des souvenirs auxquels les étudiants peuvent se référer. Il permet de nouvelles représentations de la personne âgée et de son approche. C’est un lieu de formation comme l’institut de formation en soins infirmier.

Le stage passe alors d’un lieu peu attractif pour bon nombre d’étudiants à un lieu privilégié pour acquérir de l’organisation et de l’autonomie.
Il me paraît important, de développer le partenariat entre les lieux de stage et l’institut de formation en soins infirmiers.Un travail de réflexion sur le rôle de référent et de l’équipe qui reçoit un étudiant infirmier pourra être proposé où le cadre sera le lien entre les soignants de l’équipe et les formateurs afin d’analyser les apports, les besoins, les attentes de chacun en fonction des étudiants et de leur année d’étude.

Il est du rôle du cadre de santé de sensibiliser les soignants à leur rôle de transmission de leurs pratiques et à la possibilité de réfléchir sur la façon de le faire pour limiter le risque d’épuisement professionnel.

CRON VALERIE- Etudiante Cadre de Santé- I.F.C.S. du GREFOPS-Promotion 2005-2006

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[1ABDELMALEK.A.A, GERARD.J.L. Sciences humaines et soins. Manuel à l’usage des professions de santé, 2ème édition, Masson, 2001, Paris, 387 p

[2LEFRANÇOIS R. Les nouvelles frontières de l’âge, les presses de l’université de Montréal canada, aout 2004, 352 p, pp196-198.

[3LEFRANÇOIS R. Les nouvelles frontières de l’âge, les presses de l’université de Montréal canada, aout 2004, 352 p, pp196-198

[4JODELET D. Les Représentations sociales. Sociologie d’aujourd’hui, Editions PUF, 1999, 125 p.

[5HESBEEN W. Prendre soin à l’hôpital, Inscrire le soin infirmier dans une perspective soignante, Paris, Editions Masson, 1997,191p.


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