Les courants pédagogiques

lundi 27 septembre 2004, par Frédéric Rufin

Quels sont les courants pédagogiques dans notre pratique quotidienne de formateur ? Quelques repères théoriques, mots clefs et auteurs de références...

Définitions

Courants pédagogiques
Regroupement d’éléments objectifs et subjectifs issus de l’expérience, de la recherche, de différentes personnes pendant une période donnée et qui fournit un cadre explicatif de l’apprentissage.

Méthode pédagogique
Relève d’un cadre explicatif de l’apprentissage. Une méthode se caractérise par des principes, une démarche, des techniques, des outils.

Enseignement ≠ apprentissage

On ne fait que solliciter de l’apprentissage. On apprend qu’à partir de ce que l’on sait.

Axe : Abstraction --------------> Concrétisation

Vise la cohérence entre , courants, principes, démarche, techniques, outils.

Un courant pédagogique n’existe qu’à travers une méthode pédagogique et son application.Un courant pédagogique peut comporter une ou plusieurs méthodes pédagogiques.

Un courant pédagogique ne s’interrompt pas totalement pour laisser la place à un autre courant pédagogique. Il existe dans une même période, plusieurs courants pédagogiques, dont souvent un dominant.

6 courants pédagogiques, selon DE VECCHI, Gérard

1/ Apprentissage par transmission de connaissances
2/ Apprentissage par imitation
3/ Apprentissage passant par la recherche et l’expérience
4/ Apprentissage par actions téléguidées
5/ Apprentissage constructiviste
6/ Apprentissage cognitiviste

1/ Apprentissage par transmission de connaissances

C’est le courant le plus ancien.
Il repose sur La transmission :
- Répétition
- Mémorisation

Cadre explicatif :
- Il faut exposer l’apprenant à une source d’informations pour qu’il apprenne. C’est une pédagogie de la répétition.

Limites :
- Aucun souci de l’application. Pas pour faire, pas pour la pratique.
- Charge émotionnelle.
- Non critique : Pédagogie centré sur l’enseignant. Nécessite une confiance de l’enseignant.
- Structure la réflexion.
- Rapidité : Gain de temps...mais l’intégration reste aléatoire
- Sélectionne ceux qui n’ont pas besoin de pédagogie.

2/ Apprentissage par imitation (ou compagnonnage)

Efficace pour atteindre le modèle (pas le dépasser)
Basé sur la répétition,... répète tant que la performance n’est pas atteinte.
Souffrance de l’apprenant, abus = maltraitance
C’est la pédagogie de l’ordre établi (selon BOURDIEU)

3/ Apprentissage passant par la recherche et l’expérience

Méthodes actives centrées sur l’apprenant, sur ses besoins. Il faut qu’il construise son savoir. Beaucoup de temps est nécessaire. Souvent très motivant pour l’apprenant comme pour le formateur.

Depuis longtemps, des penseurs, en opposition avec la pédagogie classique ont préconisé une pédagogie fondée sur une meilleure connaissance de l’élève et souligné l’importance de la relation éducative. Les pédagogues•du XX siècle ont regroupé ces principes dans l’Ecole nouvelle où ils ont mis en pratique les méthodes actives.
Les courants actuels fécondés par le développement des recherches en psychologie, en sont issus.

3 courants sont issus de l’école nouvelle :
- La Pédagogie du projet
- La Pédagogie différenciée
- L’Educabilité cognitive

Les précurseurs de l’école nouvelle :

Cousinet (1881-1973) : (1920)
Il fut instituteur puis inspecteur primaire. Il fut, entre autres, le promoteur du travail de groupe. Selon la formule de Roger Cousinet, les méthodes actives sont des instruments non d’enseignement mais d’apprentissage : Ces instruments doivent être mis exclusivement dans les mains des élèves. Cousinet montra l’intérêt des configurations spéciales de la salle de cours, repris par Carl Rogers.

Comenius (1592-1671) :
Philosophe, théologien et pédagogue tchèque, Jean Amos Komesky voulait transformer l’école en « atelier d’humanité ». Dans la grande didactique ou l’art universel d’enseigner à tous (1632), il recommande de laisser l’enfant découvrir, discuter et faire lui-même.
Surnommé le « Galilée de l’éducation », Comésius est l’un des précurseurs de la psychologie constructiviste et le fondateur d’une forme de pédagogie différenciée en fonction du développement de l’élève.

Précurseur de :
- La Psychologie constructiviste
- La Pédagogie différenciée ou fonction du développement de l’élève

Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) :
L’Emile ou de l’Education (1712) est souvent considéré comme un ouvrage fondateur de la pensée éducative.
Rousseau, qui soutient que c’est la vie en société qui pervertit la bonté originelle de l’homme, prend le contre-pied des usages de son temps en affirmant :
- La spécificité de l’enfant : « petit d’homme » et non pas « petit homme », l’enfant n’est pas un adulte en réduction et l’on doit respecter les étapes de son développement.
- Une pédagogie du bonheur et de la liberté qui vise le contentement et la libre expression. La première étape de l’éducation doit préserver du vice et de l’erreur, pour apporter des savoirs, et des savoir-faire.

Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827) :
Ce pédagogue suisse a tenté de mettre en pratique les idées de Rousseau.
C’est Yverdon (1805-1825) qui expérimente sa méthode. Avec ses collaborateurs, il ouvre directement ou indirectement toutes les voies de la recherche pédagogique : Apprentissage de la lecture et de l’écriture, pédagogie des mathématiques, gymnastique élémentaire, et même approche des handicaps...

Ovide Decroly (1871-1932) :
Ses grands thèmes sont l’importance de la vie en plein air, l’organisation de l’enseignement en grands centres d’intérêts. Il est le théoricien de la « méthode globale » de lecture.
Il illustre une démarche que l’on retrouve chez beaucoup de théoriciens de l’école nouvelle :
La pédagogie est considérée comme un lieu d’expérimentation destiné à fonder la psychologie de l’enfant.

John Dewey (1859-1952) :
Dans son « école laboratoire » du Massachusetts (USA), on enseigne à partir des besoins des enfants, et les activités manuelles sont le support des activités intellectuelles. J.Dewey est considéré comme le fondateur de la pédagogie du projet.

Le plan Dalton (1917) :
En 1917, dans une école du Massachusetts, les élèves peuvent travailler à leur rythme et répartir leurs tâches comme ils l’entendent, à partir de « contrats » passés dans chaque discipline. L’enseignant vient en aide et contrôle le travail, qui est individualisé.

Maria Montessori (1870-1952) :
Dans son école de Rome, elle élabore sa méthode avec des enfants autistes. Elle met au point un matériel éducatif (cubes, cylindres, lettres découpées...) qui, utilisés librement, permet d’accéder à des compétences intellectuelles. C’est la grande inspiratrice de l’école maternelle française.

Célestin Freinet (1896 - 1966) :
Pédagogie qui vise deux axes :
- Recherche
- Emancipation
Précurseur de l’APP (l’apprentissage par problème)
C’est une pédagogie centrée sur l’apprenant.
Célestin Freinet est considéré en France comme le véritable fondateur des méthodes actives pour les enfants des milieux populaires et des classes rurales où il enseigne. Sa psychologie s’appuie sur le dynamisme naturel de l’enfant (« élan vital ») et le « tâtonnement expérimental » qui lui permet de développer (l’erreur est réhabilitée comme moyen d’accès à la connaissance).
Freinet restera surtout comme le génial inventeur de techniques pédagogiques originales :
L’imprimerie, la coopérative scolaire, les fiches de travail individualisées, le texte libre qui permet d’introduire la « méthode naturelle » de lecture et d’écriture.

La pédagogie différenciée :
L’hétérogénéité des élèves incite à leur proposer des stratégies d’apprentissage différentes. La pédagogie différenciée varie les démarches didactiques, les formes de travail, les supports utilisés et, en respectant la singularité de chacun, permet une forme d’individualisation des parcours des élèves dans leur cursus scolaire.

La pédagogie du projet :
Le projet permet de clarifier les objectifs que l’on se fixe pour l’atteindre, tout en donnant du sens aux activités que l’on met en oeuvre. Mais le projet de l’apprenant et celui du formateur, celui de l’institution doivent s’articuler. (Voir article PIF, PAF, POF, articulation des projets)

L’éducabilité cognitive :
Partant du principe que les conduites intelligentes peuvent s’apprendre, l’éducabilité cognitive regroupe toutes les méthodes qui visent au développement du potentiel intellectuel, grâce à des exercices de logique. Les méthodes d’éducabilité les plus connues sont la méthode de gestion mentale d’Antoine de La Garanderie, les Ateliers de raisonnement logique (ARL), les Cubes de Mialet, et le PEI (Programme d’enrichissement instrumental) de Reuven Feuerstein.
Ces méthodes ont pour but de doter le sujet de démarches cognitives performantes : Analyser l’environnement et acquérir des stratégies de résolution de problèmes. La médiation de l’éducateur a une importance déterminante.

4/Apprentissage par actions téléguidées

Comportementalisme ou béhaviorisme.
Pédagogie basée sur :
- Les objectifs
- La contractualisation

Les apprentissages sont liés aux conditions externes qui favorisent l’apprentissage Rétro information.

Cadre explicatif :
On apprend si on est mis en condition + Rétroaction :
- En indiquant le but, les objectifs pour augmenter la performance
- Fragmentation du contenu : enseignement par modules
- Renforcement positif
- La récompense : La note
- Cheminement seul autonome.

Permet de dresser un parcours d’apprentissage :
- Mémorisation
- Interprétation
- Résolution de problèmes
- Création
en termes de : Savoir, savoir faire, savoir être...taxonomie de Bloom

La méthode de B.F Skinner (1904-1990) :
Cette méthode s’appuie sur la psychologie béhavioriste. Une bonne réponse appelle une récompense (renforcement positif) ; une mauvaise, une punition (renforcement négatif) On propose à l’élève des tâches de complexité croissante en renforçant les comportements que l’on désire développer.

La pédagogie par objectifs (PPO) : (très utilisé dans les années 1970)
C’est Benjamin Bloom et la pédagogie par objectifs ou « pédagogie de maîtrise » : Il propose une Taxonomie (liste de comportements cognitifs et affectifs) reprise par Guilbert dans « Guide pédagogique des personnels de santé » selon l’OMS.

Les objectifs pédagogiques permettent de définir une activité précise de l’apprenant (être capable d’accorder le participe passé...) et de préciser les critères qui serviront à l’évaluation. Son intérêt est d’être centrée sur l’apprenant et, en remettant en cause les formes traditionnelles d’évaluation, d’être entièrement orientée vers la réussite.

5/ Apprentissage constructiviste : PIAGET

Tentative d’expliquer les processus mentaux selon les stades de développement de l’enfant. L’apprentissage n’est plus une absorption mais une construction : Connaissances cumulées qui a du sens liée à l’histoire...en opposition avec ce qui me constitue. Il y a un filtre permanent des informations nouvelles par l’expérience.
On apprend qu’à partir de ce que l’on sait. Faire expliciter
Les pratiques de la pédagogie active ont été nourries par les apports de la psychologie constructiviste selon laquelle les apprentissages ne se faisaient pas par conditionnement mais par construction des activités mentales, en interaction avec l’environnement.

A permis à Jérôme BRUNNER, la Complexification enrichie : La Planification en spirale

VYGOTSKI (même époque que Piaget)

Ce sont les zones proximales. L’enseignant est fondamental.

L’enfant ne peut apprendre que si on définit :
- L’objectif à atteindre en fonction de là où il est : Notion de calibrage

6/Apprentissage cognitiviste

C’est le Pluralisme.

Le courant cognitiviste repose sur 3 phases :

- Contextualisation : connaissances antérieures, potentialités, besoins, objectifs, se mettre en projet

- Décontextualisation : se confronter à des problèmes similaires, confronter les expertises, extraire les règles, raisonner, se confronter à des problèmes variés, transférer les règles et principes abstraits

- Recontextualisation : Transférer à d’autres contextes, analyser ses stratégies d’apprentissage

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Références bibliographiques :
- Courants de la pédagogie de Jean Beauté Erasme. Chronique sociale. 5ème édition 2004
- Quinze pédagogues textes choisis. Formation des enseignants sous la Direction de Jean Houssaye Armand Colin, Paris, 1995.1999
- Les courants pédagogiques, Eduquer et Former Sciences Humaines Avril 1998
- Les Théories de l’apprentissage Quel usage pour les cadres de santé, Donnadieu B, Genthon M, Vial M InterEditions Masson 1998
- Professeur Remy Gagnayre, Département de Pédagogie des sciences de la santé, Université de Paris 13.


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