Apprendre à faire un calcul de dosage

vendredi 2 janvier 2004, par Frédéric Rufin

Savoir calculer un dosage est une compétence nécessaire et vitale à tout infirmier en exercice dans le cadre de son rôle sur prescription.

Le calcul de dosage est une opération mentale préalable à toute administration de médicament, qu’il nécessite ou non une dilution. Il permet l’administration de médicaments en voie entérale, parentérale, ou même parfois être nécessaire avant l’administration de médicaments per os, en solution ou encore en comprimés, dans certains cas.
Les conséquences d’une erreur peuvent être dramatiques pour la santé du malade.

Cette problématique s’est présentée à moi pour construire une séquence d’enseignement lorsque j’ai pris un poste de faisant fonction de cadre formateur en IFSI.
Manquant d’expérience en enseignement et de compétences en pédagogie, dans un premier temps comme beaucoup de nouveau formateur je crois, je me suis dit que chaque étudiant est capable de faire une règle de 3. Le recrutement des étudiants infirmiers s’effectuant à un niveau Bac ou titre équivalent, je pensais que cette notion était acquise et qu’il suffisait de mobiliser cette notion, de la réexpliquer, de faire quelques exercices, et le tour était joué.
Erreur Grave ! En fait, très peu d’étudiant entrant en IFSI sont au clair avec cette notion et celles qui sont nécessaires pour mener un calcul de dosage.

Je me suis très vite rendu compte qu’en réalité l’apprentissage du calcul de dosage est une difficulté majeure à laquelle sont confrontés les formateurs, dans le cursus de formation d’infirmière et d’infirmier durant les 3 années d’études.
J’en ai maintenant longuement parlé avec mes collègues de différents IFSI. Ils m’ont tous dit être comme moi, en grande difficulté avec l’organisation de cette séquence pour faciliter les acquisitions.

La méthode que j’explique ici, est le fruit de tâtonnements, de lectures d’ouvrages spécialisés et de recherches sur ce thème, d’essais/erreurs, d’entretiens avec mes collègues et avec les étudiants au cours d’entretiens de suivi pédagogique individuel et collectif.

Ces recherches m’ont permis de comprendre que contrairement à ce que je croyais, le calcul de dosage qui pour moi était d’une évidence naturelle, ne l’est pas pour la plupart des jeunes qui entrent en formation. C’est une opération complexe qui met en jeu de nombreuses notions toutes aussi complexes, et nécessaires pour arriver au résultat juste et administrer correctement le médicament.

Partant de ce principe, j’ai cherché à identifier les compétences, déclinées ici en capacités, entrant en jeu dans ce processus intellectuel complexe.

J’en ai déterminé 4, ensuite décomposées en 3 ou 4 objectifs intermédiaires centrés sur l’étudiant :

- Objectif N°1 : Maîtrise des unités et conversions
1/ Je suis capable d’énoncer les différentes unités (masse, volume, capacité, masse volumique, débit de perfusion, débit SA P)
2/ Je suis capable d’énoncer les correspondances des principales unités internationales
3/ Je sais représenter un tableau de conversion pour les différentes unités (volume, capacité, masse)
4/ Je sais convertir facilement en gramme, litre, milimètre cube (mm3), heure et minutes.

- Objectif N°2 : Maîtrise du calcul
1/ Je suis capable d’énoncer les règles de calcul
2/ Je suis capable de faire la totalité des opérations sans calculatrice (multiplications, additions, divisions avec virgules)
3/ Je sais calculer les pourcentages

- Objectif N°3 : Comprendre la proportionnalité et règle de trois
1/ Je suis capable d’exploiter l’ensemble des données d’un exercice (jamais d’erreur de lecture ou d’exploitation des données)
2/ Je sais expliquer mon raisonnement pour calculer la concentration d’un produit
3/ Je suis capable de calculer le résultat (4ème nombre)

- Objectif N°4 : Dilutions et débits
1/ Je sais calculer un nombre d’ampoule d’électrolytes
2/ Je sais calculer un débit de perfusion complexe et la planifier
3/ Je sais préparer une SAP (seringue auto pulsée) et expliquer mon raisonnement

M’appuyant sur les courants modernes en pédagogie, pédagogie différenciée et pédagogie cognitive mais aussi sur des courants plus traditionnels, je suis parti du postulat que chaque étudiant pour progresser, doit situer son niveau de compétences et ses besoins d’apprentissage. Il doit être acteur de ses apprentissages.
A partir de ce postulat, j’ai construit un test permettant à chaque étudiant d’interroger rapidement (2 heures) ces différentes compétences :

- Objectifs du test :
1/ Evaluer le degré des connaissances acquises nécessaires à l’administration des médicaments.
2/ Evaluer les capacités de l’étudiant à utiliser ces connaissances.
3/ Evaluer le niveau de compréhension

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Test d’auto ?valuation


Une fois ce test effectué, je distribue un corrigé des exercices proposés. Nous discutons alors les solutions proposées. L’étudiant remplit simultanément une grille d’autoévaluation, reposant sur 3 critères. Pour chacune de ses compétences, il dit si elle est :
• Maîtrisée
• En cours d’acquisition
• Non acquise

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Corrig ? du test d’auto ?valuation

A partir de cette feuille d’évaluation, l’étudiant identifie ses besoins et construit ses objectifs d’apprentissage individuel. (1h00)

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Bilan de comp ?tences

Les stratégies de formation reposeront sur des stratégies collectives et individuelles :
• A partir de ses besoins, l’étudiant entre dans un processus d’autoformation, individuel et en groupe.
C’est ainsi que j’ai pu constater des petits groupes en bibliothèque, se questionnant les uns les autres, à partir des livres disponibles.
En salle NTIC, les étudiants utilisent les ordinateurs avec des logiciels d’EAO, individuellement ou à deux, à partir de situations problèmes.
• Afin de répondre au mieux aux besoins des étudiants, je ramasse les tests et les grilles que je compare, pour vérifier la pertinence de l’autoévaluation.
Une synthèse des feuilles permet d’avoir une vison globale du groupe, mais surtout d’identifier les labos ciblés sur une compétence et une seule, qui seront à proposer.

Quelques exemples de labos qu’il est possible de proposer :

LABO 1 : Unités et conversions (2h00)
Exercices autour des tableaux de conversion

LABO 2 : Travail sur les capacités, volumes, poids, masse. (1h00 - 1h30)
Travail sur les représentations. (surtout en 1ère année)
Montrer ce qu’est, une seringue de 5, 10, 20, 50cc, une ampoule d’électrolytes, de 10 ml, 20ml, un flacon, les poches à perfusion 100cc, 250cc, 500cc, 1000cc
Faire toucher, manipuler...

LABO 3 : Calculs (2h00)
Exercices de calculs, divisions, multiplications…
Savoir calculer étant un pré requis, à tout calcul de dose, en cas de grosses difficultés, un travail avec une aide extérieure peut être nécessaire. Cela dépasse à mon avis le rôle du formateur. Il n’est pas possible dans le cadre de l’IFSI, de rattraper des lacunes aussi anciennes. Nous atteignons ici la limite de la méthode...

LABO 4 : Lecture de l’énoncé et exploitation des données (1h00 - 1h30)
Exercices d’interprétation et d’analyse des données d’énoncés

LABO 5 : Règle de trois et proportionnalité (2h00 x 2)
Identifier les différentes façons de raisonner
Identifier sa propre façon de raisonner et celle qui me convient le mieux.
Façons règle de trois (mathématiques modernes X,Y), passage par l’unité, opérateurs logiques, proportionnalité.

LABO 6 : Ajouts d’électrolytes / Perfusions (dans la même demi journée)
Phase théorique : Exercices de calculs et ajouts d’ions dans les perfusions.(1h00 - 1h30)
Travaux pratiques portant sur la pose simple de perfusion, et le réglage de débit.
Travaux pratiques portant sur l’ajout d’ions dans les poches à perfusion.(2h00)

LABO 7 : Seringue auto-pulsée (SAP) (dans la même demi journée)
Phase théorique : Exercices de calculs de seringues électriques (1h00 - 1h30)
Travaux pratiques avec manipulation et préparation de SAP

(Liste non exhaustive, temps justes indicatifs, en fonction des besoins)

La feuille d’autoévaluation et le test sont rendus à l’étudiant.
L’étudiant s’inscrit librement aux labos qu’il pense lui être nécessaire.
Un point sur sa progression est fait en suivi pédagogique individuel, lors d’un retour de stage, par exemple.

Dès le début de cette séquence, il est précisé à l’étudiant que des calculs de dosage seront posés à chaque évaluation de module. Toute erreur de raisonnement ou de résultat entraînera une note éliminatoire au module. Un rattrapage sera proposé.
La compétence calcul de dosage simple a été fixée par l’équipe pédagogique de l’IFSI, comme devant être maîtrisée dès la fin de la première année.

Le test ou un similaire peut être réutilisé au cours du cursus des 3 années pour un point d’étape.

Cette méthode ne constitue pas « LA » solution. Si elle existait, depuis le temps ça se saurait. C’est celle que j’utilise. Elle est sans doute discutable.
J’attends vos commentaires sur le forum ou par mail, avec beaucoup d’impatience et d’intérêt.
Il est sûrement possible d’améliorer cette méthode, alors faites moi donc profiter de votre expérience…

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Apprendre ? faire un calcul de dosage

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