Taylorisme et fordisme

jeudi 20 février 2003, par Marc Catanas

La sociologie du travail a pour objet l’étude des phénomènes sociaux qui naissent dans le travail en s’attachant à y chercher l’explication dans la réalité sociale elle-même. La réflexion sur le travail et l’organisation du travail est contemporaine de l’essor du capitalisme industriel [1]. C’est cette genèse de la sociologie du travail que nous allons aborder dans cet article avec l’étude du taylorisme et du fordisme.

Origines du taylorisme

F.W Taylor débute sa carrière en 1878 comme ouvrier puis est nommé chef d’équipe de tourneur dans une usine métallurgique. En tant que contremaître, il se retrouve confronté à ce qu’il appelle la « flânerie systématique » de ses subordonnés, pratique qui consiste à travailler lentement pour s’épargner d’accomplir une journée de travail « normale » [2]. Cette flânerie n’est pas selon lui la conséquence de la psychologie individuelle de l’ouvrier mais résulte de l’inefficacité des méthodes de conception et d’organisation du travail. A noter qu’à cette époque, il n’existait pas de système de protection sociale, aussi, toute maladie ou accident entraînait pour l’ouvrier la perte de son revenu. D’où une lutte par ce biais contre l’usure au travail. Pour Taylor, l’organisation classique du travail ne permet pas à la direction de maîtriser véritablement le processus de production. Il propose alors d’enlever la compétence à l’atelier et de le concentrer dans « le bureau d’organisation et méthodes » afin de soumettre dans le détail l’organisation du travail à une logique rationnelle.

Organisation scientifique du travail

C’est sur cette base que Taylor pose les principes de l’organisation scientifique du travail qui sont au nombre de quatre :
- séparation de la conception de l’exécution où les phases du processus de production sont préparées et mises en œuvre de façon centralisées,
- analyse de chaque opération où l’on précise les tâches à accomplir, la façon de les accomplir et le temps nécessaire pour les accomplir,
- formation et sélection des travailleurs,
- supervision de l’exécution des tâches des ouvriers avec une rémunération liée à la conformité de l’exécution du travail enseigné.

Pour Taylor, la mise en application de ces principes permet d’optimiser les résultats tant pour les ouvriers que la direction de telle sorte que les sources de conflit sont éliminées. Aussi, le taylorisme fait son apparition aux Etats-Unis dès la fin du XIXème siècle et permet une entrée importante de travailleurs non qualifiés dans la production. D’autant plus qu’à cette période, le pays a assisté à un flux migratoire européen important. Alors qu’en France, le taylorisme s’installe plutôt durant les années 1930 et en 1936, l’OS (ouvrier spécialisé) apparaît alors dans les conventions collectives.

Le Fordisme

C’est à partir de 1913 et surtout durant l’entre deux guerres qu’H. Ford [3] afficha sa volonté de vendre à ses propres ouvriers les voitures qu’ils produisaient par une politique de doublement du salaire moyen (« Five dollars a day [4] »). Son objectif était de stabiliser sa main d’œuvre et de réduire les coûts de « turn-over », c’est-à-dire les frais associés aux flux permanents d’entrée et de départ des salariés.
Le fordisme désigne aussi la rationalisation du mode d’organisation du travail taylorien avec la création des chaînes de montage, qui sont notamment à l’origine de la standardisation et de la production en série. Aussi, la célèbre « Ford T » pouvait selon son concepteur, être livrée dans n’importe qu’elle teinte, pourvu qu’elle soit noire. H Ford affirmait que l’intérêt du montage à la chaîne était d’apporter le travail à l’ouvrier et non l’inverse. Celui-ci ne devait pas avoir plus de deux pas à faire, ni se lever ou se baisser. Ainsi, avec cette méthode de rationalisation de l’organisation du travail, le temps de construction d’une automobile a été divisé par 12 dans les années 1920.


[1M Beaud « Histoire du capitalisme de 1500 à nos jours » Ed Points Seuil, 1987

[2M Poujot « Taylor et taylorisme » Collection Que Sais-je ? Editions PUF, 1998

[3Collectif d’auteurs « Sciences sociales » Editions Sirey 3ème édition 2002

[4Cinq dollars par jour


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